Feuilles, fleurs

Le sentier le jeudi 12 avril. / © Gilbert Hayoz

Jeudi 12 avril, départ à 5 h 45, déjà 10 °C - Partout lampions, guirlandes et drapeaux : c’est la fête ce matin !

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Rien dans les ruelles et les rues parcourues d’un bon pas n’annonçait la révolution. Pourtant, hors du village, un premier indice va nous mettre la puce à l’oreille. La haie presque invisible dans la pénombre est décorée de mille petits luminaires. Ce sont des boutons blancs, sphériques, qui surgissent de rameaux noirs, gonflent et éclatent en corolles. La floraison de l’épine noire est un grand événement dans la marche décidée du printemps. Elle annonce la victoire prochaine de la feuille.

Cousin des renoncules, le toxique populage éclaire le printemps de ses grandes fleurs lumineuses. / © Laurent Willenegger

L’explosion

La lisière du Bois sauvage est en effervescence. Les chatons noir et blanc des bouleaux y font office de guirlandes, accompagnés d’une multitude de losanges verts encore tout chiffonnés. Un peu plus loin, ce sont les sureaux qui ouvrent leurs grappes, les saules qui déplient leurs feuilles. Chèvrefeuilles poilus, noisetiers fripés, hêtres croquants : ce matin, la forêt s’éclate ! Adieu bourgeons cloîtrés, bonjour verdure nourricière bientôt attaquée, rongée, sucée et malaxée par tous les herbivores des bois.

Le marais a complètement changé d’allure. Le cresson s’est fait rattraper et submerger par les populages aux grosses feuilles cirées que surmontent des fleurs éclatantes. Par endroits, d’autres feuilles ont surgi en touffes bleu vert. Elles annoncent l’éclosion prochaine des iris aux pétales sophistiqués.

Même sous les épicéas

La feuille nouvelle s’allume jusqu’au plus profond de la forêt. Vous connaissez ces plantations d’épicéas serrés en rangs d’oignons ? Ces usines à bois tristes à mourir qu’on qualifie abusivement de forêts ? Eh bien même là, sur un tapis d’aiguilles acides, éclosent les feuilles élégantes de l’oxalis aux clochettes veinées de rose. Nous goûtons à cette délicieuse verdure acidulée. Et les primevères ? Rassemblées au bord de la rivière, elles ont définitivement oublié la neige. Plus élevée, plus étirée que jamais, leur floraison a atteint son sommet.

Les oiseaux sont de la partie. Les pics épeiches en rut se poursuivent d’un tronc à l’autre. Le traquet pâtre mâle s’est approprié son piquet. La femelle est peut-être sur son nid, cachée entre deux touffes d’herbes. Les merlettes couvent dans la haie, un premier coucou… Et surtout, voici la fauvette à tête noire, dont le chant donne un accent extraordinairement tonique à toute la matinée : des vitamines à l’état pur !

Heureux, nous rentrons à la maison, baignés de soleil, sous le chant des alouettes.

Les clochettes de l'oxalis s’ouvrent et se ferment délicatement selon la luminosité. / © Laurent Willenegger

Clochettes acidulées

On dirait les feuilles élancées d’un trèfle qui aurait délaissé les prairies trop grasses pour la fraîcheur des sous-bois. L’oxalis, ou pain de coucou, fleurit aux alentours de Pâques, d’où son nom populaire d’alléluia. Ses clochettes s’ouvrent et se ferment délicatement selon la luminosité. On l’appelle petite oseille à cause du goût de ses feuilles, qui épicent les soupes et remplacent le jus de citron dans les salades. Usez toutefois de cette gourmandise avec modération. L’acide oxalique qu’elle contient peut, à forte dose, abîmer estomac, foie et reins.

Balade d'avril avec les feuilles et les fleurs - La Salamandre dessin merle nid

En période d'incubation, la merlette reste tapie dans son nid. / © Laurent Willenegger

Tapie dans la charmille

Chez les merlettes, la première quinzaine d’avril marque le temps de la ponte. L’incubation des œufs dure de douze à quinze jours. Longue période d’immobilité où, tapies dans leur nid, elles s’autorisent peu de sorties.

Autrefois forestiers et farouches, les merles se sont habitués au cours du XIXe siècle à nicher toujours plus près des hommes. Cette familiarité récente leur permet de prospérer dans les quartiers résidentiels et jusqu’au cœur des villes. Dans le canton de Genève, le merle est devenu l’oiseau le plus répandu après le moineau. A l’échelle de la France entière, il occupe même la cinquième place !

Conseils en vrac pour apprendre à connaître et à observer le merle noir.

Retrouvez tous les articles du dossier : Le sentier des douze matins.

Couverture de La Salamandre n°183

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 183
Décembre 2007 - Janvier 2008
Article N° complet

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