Le saule, un arbre en or

Saule en fleurs / © Jérôme Gremaud

Avec ses paillettes dorées et son nectar sucré, le saule aux multiples vertus annonce le printemps. Joignons-nous à ses visiteurs en fête.

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Les dernières bourrasques de février balaient les berges du canal sans parvenir à les réveiller. L’hiver traîne dans la campagne en laissant derrière lui un désert brunâtre d’herbe rabougrie et de branches nues. Pourtant, un scintillement argenté attire le regard. Mirage ? Non, un saule couvert de chatons cotonneux tendus vers le ciel dans un élan inespéré. Comme des grelots dansant dans le vent, ces grappes de fleurs annoncent la belle saison. Les plus épanouies se sont déjà parées d’étamines jaune citron. D’où provient telle fraîcheur ?

Chaton de saule femelle / © Jérôme Gremaud

La réponse se cache derrière l’écorce. En y collant l’oreille, on pourrait presque entendre le chant de la sève qui monte. L’arbre assoiffé de printemps a senti avant tous les autres un changement de température et de luminosité. Ses racines ont recommencé à pomper l’eau aussi loin qu’elles le pouvaient. Le liquide chargé de minéraux a afflué à travers les veines de bois jusqu’aux bourgeons. Ceux-ci ont gonflé, gonflé… et éclos. Voici maintenant mille cadeaux qui pendent au nez des premiers réveillés.

Chatons de saule femelles / © Jérôme Gremaud

En rangs serrés sur leurs chatons, des mini-fleurs s’offrent dans leur plus simple appareil, sans pétales ni sépales. Ce sont juste des étamines qui confient leur pollen au vent. La poudre sera réceptionnée sur l’arbre voisin par des chatons femelles hérissés d’ovaires vert pomme. Car chez les saules, il y a des pieds femelles et des pieds mâles qui s’unissent par le vent… mais aussi par des pollinisateurs.

Chatons de saule mâles / © Jérôme Gremaud

L’arbuste bourdonne déjà, il doit sentir le sucre à plein nez. Cette floraison précoce est une aubaine pour les abeilles, bientôt rejointes par des mouches, coléoptères et papillons… Plus de cinquante espèces apprécient cette plante hôte et parfois en dépendent. Plus un saule est vieux, plus il sera riche en vie. Surtout s’il s’agit d’un arbre taillé en têtard dont les cicatrices sont une porte d’entrée pour champignons, bactéries ou insectes xylophages.

La ronde des abeilles domestiques atour des chatons de saule / © Jérôme Gremaud

Ce saule accueille des charançons qui pondent leurs œufs dans les chatons, des larves de longicornes qui minent le bois… Attendez, toutes ces fibres appétissantes n’ont pas été conçues pour être réduites en miettes. Tout à coup, une branche vibre. Un oiseau vient à la rescousse. Pouillot véloce ? Rougegorge ?

Une mésange bleue ! La visiteuse examine une première grappe. Pendue à l’extrémité d’une fine branche, elle cueille à coups de bec précis œufs, larves, pucerons et autres parasites protéinés.

Le fin rameau qui soutient cette acrobate à plumes est incroyablement flexible et robuste ! On comprend pourquoi le saule est prédestiné pour la vannerie, cette technique de tressage pratiquée depuis l’âge du bronze… à remettre absolument au goût du jour. Depuis que des sacs plastique ont remplacé les corbeilles en osier et que les haies sont devenues thuyas ou métal, les saules sont moins nombreux à border nos chemins.

Au sommet de l’arbuste apparaissent les premières feuilles. Elles annoncent une explosion imminente de verdure. Vivement la neige à venir, quand les minuscules graines se détacheront par milliers des fruits mûrs et danseront comme des flocons légers grâce à leurs longs plumets. Le vent tiède du printemps ne sera plus qu’un murmure au contact des branches souples… Comme l’évoquait l’écrivain chinois Lao She, sans le saule, comment connaître la beauté du vent ?

Bosquet de saules au bord d'une rivière: Salix viminalis au premier plan, deux Salix alba à l'arrière. / © Jérôme Gremaud

Rameau de saule / © Jérôme Gremaud

Assoiffé par nature

Un saule boit énormément, jusqu’à 800 litres par jour. Le nom scientifique Salix viendrait du celte sal , près de, et lis , eau. La plupart des espèces de saules s’épanouissent en effet sur des terrains instables et gorgés d’eau le long des fossés, rivières et alluvions.

Certaines sont même indifférentes à des inondations prolongées. Arbre pionnier par excellence, le saule produit des graines légères capables de parcourir de grandes distances grâce au vent. Mais, dépourvues de réserves nutritives, elles n’ont que deux jours pour germer sur un sol impérativement nu et humide comme un banc de gravier. Une fois installées, les pousses produisent des racines à une vitesse effrénée.

Abeille domestique récoltant le nectar et le pollen d'un chaton de saule / © Jérôme Gremaud

Miel de chatons

Le saule est une plante hautement mellifère. Dès leur première sortie de l’année, les abeilles domestiques se ruent sur lui. Elles y cueillent le pollen et se gavent de nectar parfumé produit par des glandes à la base des fleurs. Ces nectaires sont des ovaires avortés. Le saule profite aussi aux andrènes, osmies et à d’autres abeilles solitaires qui ont une période d’activité souvent limitée aux mois de mars et d’avril.

Les reines de bourdons y puisent l’énergie nécessaire à fonder leur colonie. Les pucerons se branchent quant à eux sur les canaux qui conduisent la sève à l’extrémité des pousses. Le miellat sucré qu’ils rejettent sera ensuite collecté par les fourmis et les abeilles.

Eclairés par un rayon de soleil, les chatons de saule apparaissent très duveteux. / © Jérôme Gremaud

Cauchemar d’hybrides

Le genre Salix compte 500 espèces dont une trentaine en Europe centrale. En plus d’être le genre le plus étendu parmi les ligneux, le saule a une joyeuse propension à produire des hybrides eux-mêmes fertiles. Un véritable cauchemar pour le botaniste ! Il faut plusieurs critères pour identifier avec certitude un saule : fleurs, feuilles, fruits… qui n’apparaissent jamais tous en même temps. Sans compter que les feuilles peuvent varier de forme et de pilosité au sein d’une même espèce. Conclusion : le saule joue des tours à qui veut le ranger dans une case.

Rameau de saule des vanniers (Salix viminalis) femelle : «Les chatons apparaissent en même temps que les feuilles » et son munis de « 2 stigmates ». Ici ils sont « déjà en fruits ». / © Jérôme Gremaud

Sauvage aspirine

Selon les espèces, le débourrement des feuilles survient avant, pendant ou après celui des chatons. Même fraîches, les parties vertes ont une saveur amère, celle du salicoside. Cette substance, encore plus concentrée dans l’écorce, sert de défense contre l’appétit des parasites. Précurseur de l’acide salicylique, ce principe actif est aussi l’ancêtre de l’aspirine. Ainsi, une décoction d’écorce possède les mêmes propriétés fébrifuges et antidouleur qu’un cachet synthétisé en laboratoire.

Rameau de saule des vanniers (Salix viminalis) mâle. « Les feuilles apparaissent juste après les chatons! » / © Jérôme Gremaud

En pratique, lisez nos 3 activités à faire avec un saule.

Et apprenez à construire une cabane vivante en saule!

Couverture de La Salamandre n°232

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 232
Février - Mars 2016
Article N° complet

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