Voyage au centre de la feuille

Article extrait du dossier Vert, c'est la vie!
Schéma d'une coupe de feuille / © Sol90 images

Un panneau solaire aussi fin que du papier et 100 % biodégradable, oui, cela existe. Visite guidée d’un organe très végétal, la feuille.

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Regardez ces feuilles de peuplier qui dansent dans le vent. Quelques mois à peine après s'être déployées, elles tomberont par terre avant d’être décomposées. Les minéraux qu'elles contiennent serviront à une nouvelle génération de feuilles. Dans la nature, rien ne s’accumule en polluant. Tout est recyclage.
Qu’est-ce qu’une feuille ? Une lame vivante ultra-fine conçue pour exposer un maximum de surface à la lumière. A partir de ce schéma de base, les variations sont presque infinies en formes, en tailles, en textures ou en ornementations. Habituellement pas plus épaisse que cette page entre vos doigts, la feuille est à la fois un panneau solaire et une usine chimique miniature. Sa couleur verte, elle la doit à la chlorophylle.

Au cœur de l'usine à sucre

Ce pigment absorbe les ondes lumineuses rouges et bleues mais renvoie à notre œil la longueur d’onde correspondant au vert.
Avec l’énergie captée par la chlorophylle, la feuille fabrique donc du glucose, autrement dit du sucre. Puis, grâce à un système circulatoire très ramifié, cette nourriture ravitaille toute la plante et particulièrement les organes dépourvus de chlorophylle : fleurs, fruits, tronc ou racines. En parallèle, depuis les racines, un deuxième réseau de conduits pompe constamment de l’eau et des sels minéraux vers le haut pour assurer le bon fonctionnement des feuilles. Pendant ce temps, des milliers de petits clapets s’ouvrent et se ferment en permanence sous chaque panneau solaire pour réguler les échanges gazeux. Qui a osé dire que les plantes sont immobiles. Sous leur capot, ça déménage !

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Stomates: La face inférieure de la feuille est constellée de petits orifices à ouverture variable. Les stomates (< ici ouvert à gauche, fermé à droite) permettent de régler échanges gazeux et transpiration.
Epiderme: En dessus comme en dessous, la peau de la feuille est faite d'une couche de cellules protectrices doublée par une cuticule imperméable cireuse.
Tissu palissadique: La partie supérieure du limbe est faite de cellules verticales, allongées et serrées les unes contre les autres. Chacune contient de très nombreux granulés verts où a lieu v la photosynthèse.
Tissu lacuneux: En dessous, un tissu lâche avec des cellules arrondies et beaucoup d’espace contient les gaz et la vapeur d’eau échangés entre la feuille et l’atmosphère.
Nervures: Le système circulatoire de la plante associe des vaisseaux qui montent eau et sels minéraux depuis les racines et d’autres qui distribuent partout les sucres produits dans la feuille.
Voyage au centre de la feuille

Galeries de la chenille mineuse du peuplier / © P. & M. Guinchard / Bios

Faim de feuille

D’abord tendre au printemps, la feuille épaissit peu à peu sa cuticule protectrice et se charge en tanins pour devenir moins digeste. Cela n’empêche pas de nombreuses larves d’insectes de se développer en creusant une galerie dans l’épaisseur du limbe. Selon la plante hôte, la géométrie du tunnel
et l’allure d’éventuels excréments, on peut reconnaître précisément l’identité de ces mineuses, futurs papillons, mouches ou guêpes.

Voyage au centre de la feuille

Tache goudronneuse de l'érable, une maladie causée par un champignon. / © Henrik Larsson / Fotolia

Fin de feuille

L’automne marque le déclin de la chlorophylle. La disparition du vert dévoile d’autres pigments rouges, orange ou jaunes. Invisibles durant la belle saison, ils ont protégé la délicate photosynthèse des rayons ultraviolets. Pendant ce changement de couleur, certains champignons commencent à dévorer la feuille avant même sa chute. Ici une attaque de tache goudronneuse fréquente sur les feuilles d’érable.

Voyage au centre de la feuille

Antilope koudou broutant un acacia / © Fabian Michelangeli

Feuille qui parle

En Afrique du Sud, quand son feuillage est brouté par une antilope koudou, l’acacia réagit en triplant la concentration de tanins en quelques minutes. Ses feuilles en deviennent mauvaises et indigérables. Encore plus fort : l’arbre dégage un gaz particulier, l’éthylène, capable de prévenir d’autres acacias des alentours. Si ceux-ci perçoivent l’alarme odorante, ils réagissent à leur tour immédiatement.

Couverture de La Salamandre n°234

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 234
Juin - Juillet 2016
Article N° complet

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