Quand la Louve s’apaise

La moyenne vallée de la Loue dans l'aube froide. / © Jean-Philippe Paul

Rivière de caractère, la Loue naît avec rage des entrailles calcaires du Jura. Rencontre à mi-chemin de son cours, le long de méandres assagis.

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D’abord, il y a un petit village adossé à la colline. Il s’est étrangement caché à l’ombre, face au nord-est. Ses toits givrés et ses façades cossues ne profitent guère des rayons du soleil de mars. D’ailleurs, parmi les grands arbres, les jardins épais et les parcs démesurés, les pics, mésanges, tourterelles et moineaux réclament l’équinoxe imminent.

Et puis il y a une rivière, la Loue, vivifiée par la fonte des neiges jurassiennes. Elle encercle la butte et le petit village par une boucle parfaite, vert émeraude. On a envie d’y voir un écrin serti par un solide pont de pierre.

Le champ des bouffons

Et si on grimpait sur la colline ? Il suffit de quelques virages parmi les frênes, les noisetiers et les pins. Puis c’est l’arrivée à la lumière dans une basse jungle aux mille arbustes que dominent le noble alisier et le houx garni. Ça ne gazouille pas encore à cette saison, mais en cherchant bien, c’est comme si chaque buisson abritait un oiseau.

Des travées entretenues par le bétail communal permettent de s’immerger dans un labyrinthe de bourgeons, d’épines et de fleurs blanches. A pas feutrés, approchons ce nid d’herbes jaunies par l’hiver, tapissé de feuilles mortes et matelassé d’une mousse vert dru. Plein soleil, presque midi, vent nul. C’est l’endroit idéal pour surprendre le petit varan local. Là ! Un beau mâle de lézard vert, presque fluorescent avec sa gorge d’un bleu ostentatoire.

Encore quelques pas, voici la pelouse sèche. Un tapis de fleurs précoces, survolé par les drones bourdons, rejoint début avril par un régiment entier d’orchis bouffons. Au son presque simultané des quatre clochers alentour, entamons la descente par les vignes les plus septentrionales de l’appellation des Côtes du Jura.

Au bord le castor

Nous voilà enfin sur les berges de la froide Loue, bien en aval du Pays de Courbet où elle prend sa source et où on la surnomme la Louve en raison de son sacré caractère. Prudence tout de même, ici aussi, des crues spectaculaires défient de temps à autre les barrages, les digues et les enrochements protecteurs.

C’est le moment de s’asseoir sur la rive et de guetter l’ombre ou la truite, ces poissons vedettes de la Loue qui tirent peu à peu leur révérence. Et ce n’est pas la faute du harle bièvre, comme la mauvaise foi le proclame parfois. Mais à une sérieuse pollution agricole. A propos de bièvre, saviez-vous que cela signifie castor en vieux français ? Ça tombe bien ! Regardez comme le vénérable saule juste en face a fini taillé pas plus haut qu’un cep.

Eclairage par Emmanuel Cretin

Balade au bord de la Loue - La Salamandre Emmanuel Cretin

Emmanuel Cretin

Emmanuel Cretin

Chargé de mission Natura 2000 du site «Vallées de la Loue et du Lison»

  • 1969 Naissance à Montbéliard (Doubs)
  • 1993 Diplôme DESS Espace rural et Environ- nement à l’Université de Bourgogne à Dijon
  • Depuis 2000 En poste au Syndicat Mixte de la Loue à Rurey (Doubs)

C’est près d’un étrange toboggan aquatique encombré de petits blocs et construit juste à côté d’un barrage qu’Emmanuel Cretin nous éclaire : «C’est une passe à poissons, ça permet à l’apron et aux autres poissons de remonter à nouveau la rivière, il y en a deux autres en aval.» L’apron ? Oui, le roy du Doubs - rêche en patois neuchâtelois - est en fait l’apron du Rhône, un poisson de fond rarissime et endémique du bassin du fleuve qui lui a donné son nom. Il fait l’objet de nombreux programmes de conservation.

Balade au bord de la Loue - La Salamandre Apron du Rhône poisson

Apron du Rhône dans la Loue / © Claire Poirson

La Loue, avec l’Ardèche et la Durance, est l’un des trois derniers bastions mondiaux de l’animal. «On estime à plusieurs centaines d’individus la population de la vallée de la Loue» , précise le chargé de mission Natura 2000. Il n’est présent ni en aval, ni en amont de ce petit tronçon d’à peine 25 kilomètres. Et quand on sait qu’il continue de régresser dans le Doubs suisse, son ultime autre refuge non méditerranéen, on comprend l’importance de ce petit coin de nature jurassienne.

Peu farouche, ce poisson largement zébré se laisse approcher sans se faire remarquer. «Il n’est jamais pêché et était très peu connu des pêcheurs avant que son déclin le mette sous le feu des projecteurs.» D’ailleurs, les spécialistes s’équipent de lampes torches et parviennent à le dénombrer de nuit grâce à ses yeux brillants.

En mars, c’est la saison de reproduction pour l’apron. Il choisit des secteurs peu profonds avec un fond de galets et du courant. Avec la menace des crues et de la pollution agricole, l’éclosion des alevins du roy de la Loue est un peu un miracle.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

Distance: 12 km

Dénivelé: 341 m de montée

Durée: 4 h

  • (1) Départ au parking vers le camping municipal, se diriger vers le village.
  • (2) Au niveau du château d’eau, quitter la route et monter vers la forêt par le sentier balisé.
  • (3) Au sommet de la colline, un panneau informatif sur les milieux naturels. Panorama à 360° sur le relief jurassien à l’est et la grande plaine vers la Bourgogne à l’ouest.
  • (4) Faire une halte au niveau de la vigne conservatoire et des panneaux explicatifs.
  • (5) Prendre à gauche au niveau du petit verger.
  • (6) A gauche, suivre la route goudronnée sur 470 m.
  • (7) Quitter la route vers la chapelle de Lorette.
  • (8) Arrivé sur la route, prendre à gauche et suivre la voie de droite indiquée Champagne-sur-Loue.
  • (9) Prendre à gauche puis au bout de 500 m prendre à droite ; une fois au village prendre le chemin du bas.
  • (10) De retour au point (1), prolonger par un aller-retour vers la Loue via le pont.

Accès en transports publics

En cas d’arrivée en train à Arc-et-Senans, à 3 km à l’ouest du circuit, prendre la D17e puis la D274 et rejoindre l’itinéraire directement au point (4b) ; en cas d’arrivée en train à Mouchard, à 4,5 km au sud du circuit, prendre la N83 puis la D48 et rejoindre l’itinéraire au point (8).

Manger & dormir

Campings à Champagne-sur-Loue, Port-Lesney et Arc-et-Senans ; auberges et gîtes à Buffard, hôtels à Port-Lesney.

Choix de restaurants à Arc-et-Senans, Mouchard et Port-Lesney.

Adresses utiles : valdamour.com, ot-arcetsenans.fr, port-lesney.fr.

Matériel & règles d'or

  • Prévoir des vêtements pour toutes les conditions car le Jura entre février et avril, c’est parfois les quatre saisons.
  • Ne pas cueillir les fleurs sauvages.
  • Ne pas s'aventurer dans les parcelles agricoles hors des sentiers.
  • Jumelles, guides nature.
Balade au bord de la Loue - La Salamandre escapade loue carte

La Loue

Ailleurs dans la région

(A) Grottes d’Osselle Ce réseau de galeries souterraines de 8 km de long se visite depuis 1504, ce qui en fait avec Antiparos en Grèce la plus ancienne caverne touristique connue. C’est aussi la plus importante nécropole d’ours des cavernes au monde avec 2000 à 3000 squelettes recensés.

(B) Baraques du 14 Voici le dernier habitat sylvestre des bûcherons-charbonniers qui peuplaient autrefois la forêt de Chaux : quatre baraques en terre crue, dont une datant du XVIe siècle, deux fours à pain, un rucher et un puits composent ce site classé à l’inventaire des monuments historiques. Arbres remarquables : chêne à vœux et arbre d’or.

Balade au bord de la Loue - La Salamandre Reculée des Planches-près-Arbois gouffre

Reculée des Planches-près-Arbois / © Pascal Collin

(C) Reculée des Planches-près-Arbois Façonnée par l’érosion du calcaire, la reculée des Planches présente un relief caractéristique du plateau karstique jurassien. En suivant la vallée, de nombreuses cascades s’offrent en spectacle, dont la fameuse des Tufs, alimentée par les eaux de la Cuisance, fraîchement sortie de la grotte des Planches.

(D) Sources du Lison Un cirque rocheux vertigineux abrite la source du Lison, le Creux Billard et la grotte Sarrazine à Nans-sous-Sainte-Anne. Le village abrite une Taillanderie, important site de production de faux au XIXe siècle, classée monument historique. Plus haut, l’impressionnant Pont du Diable surplombe le canyon du petit Lison.

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Découvrez l'apron du Rhône en vidéo dans un beau documentaire.

Couverture de La Salamandre n°238

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 238
Février - Mars 2017
Article N° complet

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