Resto chez l’oiseleur

«Ambiance urbaine et calme des vacances scolaires. Une belle lumière valorise les arbres. Au milieu, un grand sorbier de quarante ans aux couleurs châtoyantes.» / © Olivier Loir

Quand le temps se rafraîchit, le sorbier se met sur son trente-et-un. Joignez-vous au banquet entre grappes et feuilles.

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Une légère brise caresse les arbres dans le parc ensoleillé. L’une après l’autre, les branches les plus souples se soulèvent puis reprennent leur place dans un ballet familier. Parmi les essences vénérables de chênes et de séquoias, une en particulier s’est apprêtée comme un jour de fête.
Au mois d’octobre, le sorbier des oiseleurs a commencé à maquiller ses feuilles de taches jaunes, brunes ou rouges. Le plus étonnant, c’est qu’elles ne changent pas d’un seul tenant. Elles se débarrassent aléatoirement de leur couleur verte et laissent apparaître d’autres pigments. Il en résulte une mosaïque de couleurs qui fait de chaque feuille une œuvre d’art et donne au sorbier l’éclat d’un feu d’artifice.

Entre ses feuilles dentelées, au bout de chaque rameau, l’arbre exhibe son trésor le plus précieux. Des baies rouge-orange, réunies en grappes appétissantes, se balancent dans le vide. Inaccessibles aux créatures terrestres, ces sorbes invitent à un festin aérien.
Déjà arrivent les premiers gourmands. Un rougegorge se pose sur les branches basses et s’empresse de saisir un fruit avant de s’envoler plus loin sous un cornouiller. Un court instant, sa gorge se fond parfaitement parmi les baies écarlates. Une autre boule de plumes s’agite un peu plus haut dans la frondaison. La mésange bleue hésite. Quel fruit semble le plus mûr ? Après une minutieuse inspection, elle commence son repas. Une reine de bourdon terrestre s’arrête un instant sur une grappe. Croyait-elle boire le nectar d’une dernière fleur avant de passer l’hiver sous terre ?

Retour au parc quelques semaines plus tard. Les jours ont raccourci, le temps se fait moins doux. Bienvenue en novembre. Les sorbes allégées par les premiers grappilleurs restent au menu de nombreux oiseaux.
C’est le merle qui préside. Il ne se gêne pas pour se produire en spectacle. En équilibre, il essaie d’atteindre les fruits pulpeux en faisant ployer le rameau. Puis, d’un coup de bec adroit, saisit une baie et s’envole sur une branche plus sûre. Il la fait alors rouler d’avant en arrière dans son bec… et hop ! Elle est gobée.
Non loin de là, une fauvette à tête noire et une grive tentent une approche. C’est risqué, car le merle ne les laissera pas faire. Les pique-assiettes sont habituellement chassés à coups de bec.
Alors que les feuilles se mettent à tomber, des mouches attirées par le sucre s’agglutinent sur les fruits mûrs. Heureusement, le sorbier des oiseleurs est un hôte généreux. Sa table restera dressée tout l’hiver.

Resto chez le sorbier des oiseleurs

© Olivier Loir

Vert la fin

Une fois l’automne venu, les arbres à feuilles caduques font disparaître leur chlorophylle. Sans ce pigment qui reflète la lumière verte, d’autres habituellement cachés apparaissent. Carotènes et anthocyanes reflètent respectivement les spectres de couleur jaune-orange et rouge. A quoi sert cet abandon ? Simplement à recycler les protéines, acides nucléiques et autres molécules utiles avant la chute des feuilles. Ce processus de récupération, appelé sénescence, est essentiel pour ces arbres qui ne peuvent maintenir la photosynthèse trop coûteuse en énergie durant la saison froide.

Resto chez le sorbier des oiseleurs

© Olivier Loir

Un sucre pour la santé

Le sorbier a donné son nom au sorbitol, un sucre présent dans ses baies. Aujourd’hui, il est synthétisé et utilisé dans certains aliments diététiques. Il a un goût moins doux et s’assimile moins bien que le sucre classique. Ce faible impact sur la glycémie le rend intéressant pour les diabétiques.

Resto chez le sorbier des oiseleurs

© Olivier Loir

Mange-moi !

Pourquoi les baies rouges sont-elles si attirantes ? Pour faciliter leur dissémination, pardi ! Une fois absorbée par les oiseaux, la pulpe est digérée mais pas les graines. Celles-ci résistent aux sucs digestifs et ressortent avec les déjections, quelques kilomètres plus loin à vol de grive ou de merle. De plus, la pulpe contient une substance qui inhibe la germination des graines dans le but de prolonger leur dormance hivernale. Mises à nu, elles n’ont plus d’obstacle à leur croissance et sont même enrobées d’un fertilisant bienvenu.

Resto chez le sorbier des oiseleurs

© Olivier Loir

Descente en ville

Sorbus aucuparia prospère en France et en Suisse entre 800 et 1500 mètres d’altitude dans les forêts humides de montagne. Dans le nord de l’Europe, il atteint le niveau de la mer. Ici comme là-bas, résistant au froid, il apprécie les mêmes conditions climatiques que le bouleau. Vous en avez croisé un en ville ? C’est possible car on le plante aussi volontiers comme arbre d’ornement.

Resto chez le sorbier des oiseleurs

© Olivier Loir

Chasseur malgré lui

En raison de leur attractivité, les sorbes étaient autrefois utilisées pour piéger les oiseaux. Les chasseurs n’avaient qu’à prélever une grappe et à la placer près d’un collet. Une grive malchanceuse se retrouvait ainsi le fer au cou pour excès de gourmandise ! Les chasseurs d’oiseaux étant autrefois appelés oiseleurs, plus de doute sur l’origine du nom de notre sorbier.

Pour aller plus loin

Vous désirez reconnaître le sorbier parmi ses sosies, cuisiner ses baies ou en planter dans votre jardin? Découvrez le détail de ces activités à faire avec le sorbier.

Couverture de La Salamandre n°236

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 236
Octobre - Novembre 2016
Article N° complet

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