Des graines à l’appel

« Pas de friction chez les moineaux friquets. Comme l'espace de nourrissage est vaste, il y a peu d'agressivité entre les oiseaux. Même le rougegorge volontiers querelleur, picore les restes tranquillement. » / © Jean Chevallier

Cris, bagarres et plumes qui voltigent agitent le jardin enneigé. En cause ? Une mangeoire emplie de graines, source de vitalité et d'excitation.

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paysage enneigé

© Jean Chevallier

Mi-décembre. Après plusieurs givrées redoutables, l'air humide d'une perturbation force enfin le ciel à lâcher ses flocons. La neige adoucit les formes dans le jardin et la nature devient muette. Pour la vie sauvage, c'est un vrai défi !

Quelques pinsons peinent à trouver de la nourriture sous le noisetier. Un rougegorge au plumage gonflé picore des miettes de pain au bout de la terrasse. Deux filets de graisse à une branche de vigne, trois poignées de graines sur la mangeoire encore déserte, le nourrissage matinal est fait. Une mésange bleue est la première à repérer les boules du bonheur.

Mélange bleue sur une boule de graisse

© Jean Chevallier

Une tourterelle turque s'aventure sur le rebord de la fenêtre. La dureté des conditions météo force les oiseaux affamés à s'avancer si près des maisons. La mangeoire est irrésistible, même s'il faut s'approcher de l'homme, s'exposer aux serres des prédateurs ou côtoyer de très près d'autres becs affamés...
Les verdiers monopolisent les lieux en petites troupes. Seul le fier rougegorge leur tient tête. Les graines permettent de faire le plein d'énergie rapidement, mais les altercations avec les autres espèces sont inévitables. Chacune adopte une stratégie différente pour profiter des places de nourrissage.

Grives litornes en vol

© Jean Chevallier

Une troupe de gros oiseaux anime le paysage enneigé. Des grives litornes! Moins familières en d'autres circonstances, elles se régalent ce matin dan sle verger. Ls quelques poires oubliées à la cueillette sont devenues providentielles.

Epervier femelle à l'affût vers une mangeoire

© Jean Chevallier

La silhouette typique d'un rapace élancé se détache sur une branche du frêne du jardin : une femelle d'épervier, terreur des mésanges. Le froid l'a poussée jusqu'ici. Son regard suit une bande de moineaux friquets à terre. Vigilance impassible. Elle aussi est transie. Elle aussi a faim. La mort d'une mésange, c'est la survie d'un épervier. En tout cas, mieux vaut caler l'estomac de ce prédateur que celui du chat roux de la voisine.
A la mangeoire, le grosbec ou le pinson du Nord, aux couleurs vives, égaient le gris du ciel. Leur contemplation est la récompense du nourrisseur.

© Jean Chevallier
Mésange bleue sur une mangeoire

© Jean Chevallier

Le bal des mésanges

Les mésanges bleues et charbonnières emploient une technique singulière pour se nourrir. D'un coup d'ailes, elles se posent au bord de la mangeoire, piquent une ou deux graines de tournesol et repartent rapidement sur une branche ou dans un arbuste à proximité. On les voit alors coincer une graine sous leurs pattes, puis l’ouvrir avec le bec. Quelques dizaines de secondes plus tard, elles reviennent à la mangeoire. Peut-être que J.-S. Bach s'en est-il inspiré pour composer sa Toccata et fugue...

Verdier et moineau

© Jean Chevallier

Du bonheur dans le pré

Les graines qui tombent au sol ne sont pas perdues. Une foule de passereaux accourt soudaine­ment pour les picorer. La densité de nourriture étant inférieure à la plate­forme de la mangeoire, la compétition entre oiseaux s'atténue. On peut compter jusqu'à une dizaine d'espèces sur quelques mètres carrés de pelouse !

Grive litorne, visiteuse des mangeoires

© Jean Chevallier

Végétariennes par contrainte

Comme de nombreux autres oiseaux, la grive litorne est insectivore au printemps et en été. Elle se gave alors de lombrics, de chenilles, de criquets, de coléoptères ou d'araignées. La diminution de ces proies aux premiers froids la pousse à se nourrir de baies d'alisier blanc, de genévrier commun, de viorne, de pommes ou de kakis. Lorsque la fructification du sorbier des oiseleurs est importante, des centaines voire des milliers d'individus
se rassemblent, attirés par les fruits rouges.

Froid pas fatal

Le froid n'est pas une menace directe pour les passereaux : leurs plumes les protègent ! Mais ils ont besoin de davantage de « carburant » pour maintenir leur température interne, en particulier avant et après les longues nuits hivernales.

Aller plus loin

Retrouvez ici nos conseils pour nourrir les oiseaux en hiver.

Reconnaissez les visiteurs de la mangeoire en vous référant aux Miniguides n°42 Oiseaux des mangeoires et n°53 Survivre en hiver.

Et suivez les conseils du Miniguide n°55 La nature au jardin pour favoriser la biodibersité près de chez vous!

© Jean Chevallier
Couverture de La Salamandre n°213

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 213
Décembre 2012 - Janvier 2013
Article N° complet

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