Le Paris du fouineur

«Deux fouines apparaissent sur le mur mitoyen.» / © Jean Chevalier

Une nuit entière dans une voiture, en pleine ville ? Vous n’y pensez pas ! Pourtant, bien préparé, l’affût urbain peut réserver des surprises. Démonstration par Jean Chevallier, au fil de son carnet de terrain.

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11 juillet, 0 h 15

Minuit passé. Attente dans une rue de banlieue. Après maintes recherches d’indices et observations dans le quartier, j’ai fini par localiser ce qui semble être la limite des territoires de plusieurs fouines. Trois mâles différents et une femelle peuvent s’y croiser. L’attente est longue sous l’éclairage urbain, le décor fixe et les ombres immobiles.

dessin nuit fouine chat

© Jean Chevalier

1 h 57

Le mâle « PGM» (patte gauche marquée) arrive sur le trottoir du n° 28. Passe près du chat installé sur la margelle, en marquant à peine une hésitation. Le regarde, renifle au sol, et saute sur le rebord du mur à quatre mètres de lui. Entre, ressort, mange à deux mètres du chat un peu du gruyère ou du chocolat que j’ai déposés, et traverse droit vers moi pour passer sous la voiture. J’entends le frottement de ses griffes et sa respiration.

© Jean Chevalier

2 h 22

Une, puis deux fouines apparaissent sur le mur mitoyen. La première est plus large, de tête surtout : sûrement le mâle « ST » (sans tache). La seconde, plus fine, aux yeux plus grands, est la femelle « claire ». Ils descendent dans le jardin du n° 24 et grimpent chacun sur un pilier de la barrière pour s’y tenir comme deux statues.

© Jean Chevalier

4 h 34

« PGM » réapparaît sur le trottoir de droite, immobile, attentif, et redisparaît comme il est venu au niveau du n° 28.

5 h 30

Il fait jour. Avant de rentrer, je ramasse la nourriture déposée en offrande : les fouines y ont à peine touché.

© Jean Chevalier

Martin dormeur

Deuxième virée nocturne, cette fois en pleine campagne, carnet de croquis dans une main et appareil photo dans l’autre. Nous sommes le 25 août, il est 21 h.

© Jean Chevalier

A la tombée de la nuit, je vais à l’étang. Un coup de lampe du haut du pont révèle soudain une forme bleue. Immobile, perché en boule à moins d’un mètre au-dessus de l’eau, un martin-pêcheur dort, tête dans les plumes. Je m’assieds, pose la lampe au sol et sors l’appareil photo et le carnet.

dessin nuit martin-pêcheur

© Jean Chevalier

Je dessine. Il montre sa tête, regarde à droite et à gauche, se toilette, s’étire et remet la tête dans son dos, côté gauche cette fois. Pendant une demi-heure, il ne bouge pas une plume. Ni mes coups de crayon, ni les sauts de quelques poissons à la surface de l’étang ne semblent le déranger.

Espérant voir l’oiseau éclairé d’un rayon de lune, je vais photographier les chauves-souris qui volent sans cesse au-dessus de l’eau, puis reviens. Hélas, il est toujours dans l’ombre. Tant pis ! Au moins, c’est une bonne soirée pour les chauves-souris. Faciles à suivre grâce à la lune. Je fais une série de photos. C’est le flash qui me révèle les espèces (voir article Dix règles d'or de l'observation nocturne).

pipistrelle chauve-souris nuit

© Jean Chevalier

Avant de partir, je jette un œil sur le pré fauché tout proche : un renard dans les andains. Encore un quart d’heure à le regarder chasser puis je décide de rentrer, presque à regret. Il est 3 h. La lune me retient juste un moment à la fenêtre de ma chambre. Puis je vais finalement me coucher…

© Jean Chevalier

Petits plaisirs nocturnes

Par les nuits sans lune, la vue cède la place aux autres sens. Cette fois, toujours du côté de l’étang, l’odorat et l’ouïe auront la part belle.

© Jean Chevalier

2 août, 20 h 30 J’aime prendre l’air du soir, me laisser bercer par le crissement incessant des sauterelles vertes. La route descend doucement. Dans le crépuscule, il vole encore des hannetons de la Saint-Jean.

dessin nuit vers luisants appareil photo

© Jean Chevalier

L’absence de lumière favorise les sens autres que la vue. Une nappe d’air tiède caresse mon visage dans la fraîcheur du marais. Je hume à plein nez l’odeur de noisette et d’humus, celle sucrée des peupliers, l’effluve du renard et tant d’autres indescriptibles mais que la mémoire retient. Toutes flattent mes narines, jusqu’au parfum inégalable du chèvrefeuille.

Une grande chauve-souris traverse le ciel, puis une petite, furtive. J’entre dans le bois, marchant sans bruit sur un tapis de feuilles mortes humides. Une fuite de campagnol, le cri d’une chouette hulotte femelle, un ver luisant, minuscule lumière dans le noir intense. Deux hérons passent droit au-dessus de moi. Leurs cris puissants matérialisent l’étendue du ciel.

dessin nuit limace léopard couple

© Jean Chevalier

Le chemin devient encore plus humide : la boue fait à chacun de mes pas un bruit de succion. Plus loin, j'entends les cailloux rouler sous mes semelles, qui découvrent enfn le bruissement de l'herbe près de l'étang. Un deuxième ver luisant. Aucune autre chauve-souris ce soir. Juste l'ombre d'un héron dérangé et le chuintement d'une effraie. Encore les voitures, le grondement d'un avion lointain. Je rentre.

© Jean Chevalier

Pour aller plus loin...

> Le livre.

La nature la nuit, V. Albouy et J. Chevallier, éd. Delachaux et Niestlé, 224 p. L’incontournable pour tous ceux qui veulent observer la nature du crépuscule à l’aube.

Reconnaître les indices du renard, du blaireau et d'autres mammifères prédateurs avec le Miniguide de La Salamandre n°76 : Pister les carnivores.

Retrouvez tous les articles du dossier : Bonjour la nuit !

Couverture de La Salamandre n°187

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 187
Août - Septembre 2008
Article N° complet

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