Pétales farceurs

Article extrait du dossier Les carnivores à l'attaque!
L'entrée béante des nasses jaunes du sabot-de-Vénus attire irrémédiablement les abeilles pollinisatrices. / © Gilbert Hayoz

Chez les plantes carnivores, ce sont des feuilles qui tuent en général. Mais y a-t-il aussi des fleurs qui dévorent ?

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L’unique raison d’être d’une fleur, c’est la fécondation. Pour que cela marche, il faut que les insectes convoyeurs de pollen puissent faire correctement leur job. Pas question par conséquent de les piéger. En tout cas pas pour les manger. Car certaines fleurs séquestrent tout de même des insectes précisément dans le but d’être fécondées. En général, cela marche plutôt bien. Si parfois un visiteur périt dans l’aventure, c’est pur accident.

Fleurs carnivores ?

Large nasse jaune d’un sabot-de-Vénus / © Gilbert Hayoz

Sabot piégé

Les expertes en la matière sont les orchidées. De nombreuses espèces tropicales aux corolles sophistiquées coincent des pollinisateurs par les pattes ou les retiennent temporairement entre leurs pétales. En Europe, le sabot-de-Vénus impose aux abeilles andrènes qui le visitent un parcours compliqué pour ressortir du labelle jaune. Ces abeilles solitaires, attirées par la somptueuse orchidée, tombent à l’intérieur d’une grande nasse jaune après s’être posées sur son bord glissant et incliné vers l’intérieur. Impossible de ressortir par là ! L’insecte est alors attiré par deux taches translucides appelées fenêtres qui le canalisent dans un étroit passage. La plante le contraint d’abord à chatouiller son organe femelle puis elle lui colle une boule de pollen sur le dos avant de le laisser s’envoler.

Découvrez aussi les espiègleries des autres orchidées.

Fleurs carnivores ?

Gouet, ou arum, avec sa massue caractéristique entourée d’une unique spathe. / © Gilbert Hayoz

Prison chauffée

Et puis, évidemment, il y a le gouet ou arum, cet étrange cornet vert qui fleurit en avril dans les sous-bois. Cette fleur bizarre attire et piège des moucherons qu’elle nourrit et réchauffe durant trois jours.

Dressé au milieu de la fleur de l’arum, un axe cramoisi dégage une odeur d’urine en produisant de la chaleur. Cette tiédeur puante attire des femelles de moucherons Psychoda. Elles se posent, glissent et tombent dans une chambre où les moucherons récidivistes barbouillés de pollen vont féconder la fleur. Les pensionnaires sont nourris de nectar puis arrosés de pollen collant. Quand le cornet flétrit, ils s’envolent pour de nouvelles aventures.

Retrouvez ce mécanisme de fécondation particulier de l'arum en vidéo avec la minute nature.

Couverture de La Salamandre n°228

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 228
Juin - Juillet 2015
Article N° complet

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