La vase pleine de vie

Le courlis cendré est le plus grand échassier d’Europe. Son nom rappelle son cri : un « cour-li » puissant et aigu. / © Benoît Perrotin

Truffés de bestioles minuscules et de végétaux succulents, les vasières et les prés salés attirent en masse poissons et oiseaux. Certains y naissent, quand d’autres n’y font qu’une escale.

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Les marais du littoral et les marécages continentaux n’ont pas que leur mauvaise réputation en commun ! Tous font preuve d’une incroyable productivité végétale, souvent supérieure à celle d’un champ cultivé. L’ensoleillement, l’omniprésence de l’eau et l’abondance des éléments nutritifs apportés par les rivières dopent les plantes mieux que les engrais azotés. Cette biomasse dédaignée par les humains est à la base d’une chaîne alimentaire qui finit tôt ou tard par nous concerner. Voici pourquoi.

Nurseries

A marée haute ou basse, les algues et les plantes du marais sont gobées ou broutées par une foule de bêtes : mollusques et insectes, vers et crustacés… dont se régalent à leur tour les poissons côtiers. Beaucoup de poissons plats, comme par exemple la plie, la sole ou le flet, viennent frayer et pondre dans les baies abritées et les estuaires. Leurs larves grandissent dans ces eaux calmes et riches, véritables nurseries, puis gagnent la mer au stade de jeunes adultes.

© Christian König

Après leur voyage en haute mer, les poissons migrateurs, comme l’anguille, profitent également des marais littoraux pour s’adapter à l’eau douce. Les civelles, nom donné aux jeunes anguilles nées en rivières, se lanceront ensuite à la conquête des rivières, pour autant qu’elles échappent aux pièges des pêcheurs et des barrages hydroélectriques.

Mulets et crevettes

Le mulet est un autre habitué des lieux. Il se déplace généralement en bancs, juste sous la surface de l’eau grise. Omnivore et peu exigeant, ce poisson s’adapte assez bien à la pollution et fréquente parfois les abords des égouts. On peut le rencontrer assez loin dans les rivières, car il supporte de grandes différences de salinité. Davantage prisées par les gastronomes, les crevettes grises sont elles aussi liées aux vasières et estuaires. La nuit, elles se nourrissent de plancton, de larves d’invertébrés et de crustacés, tandis que de jour elles se cachent dans le sable.

Palmes et échasses

A marée basse, les échassiers arpentent les marais littoraux. Alors que nos pieds s’y enfoncent avec méfiance, leurs pattes et leurs becs fouillent la vase, prompts à cueillir ici un ver, là un coquillage.

En théorie, le menu de ces oiseaux semble imposé par la longueur et la forme de leur bec : généreusement outillé, le courlis cendré peut extirper des vers enfouis à 15 cm de profondeur, tandis que les bécasseaux se contentent de brasser la couche superficielle de la vase. En pratique toutefois, ces derniers tapotent de la patte pour faire sortir les proies hors de portée de bec !

En hiver, les vasières et les prés salés accueillent aussi les canards et les oies du nord de l’Europe. Fuyant le froid et la glace, ces migrateurs sont des milliers à y faire escale ou à y séjourner longuement, séduits par la profusion de nourriture. Au lever du soleil, ils se regroupent dans les vasières, puis passent leur journée à somnoler ou à se toiletter, prêts à décoller à la moindre alerte. La nuit, ils partent se nourrir dans les marais et les plaines des alentours, confiants dans la pénombre qu’offre un croissant de lune…

La vase pleine de vie - La Salamandre

© Gerhard Schulz / Sutter

La plie

Piégée en eau peu profonde, la plie compte sur son mimétisme pour passer inaperçue. Les larves de ce poisson plat restent en pleine eau jusqu’à l’âge de 2 mois. Elles se métamorphosent ensuite pour aller vivre sur le fond, où elles demeurent à moitié enfouies, à l’affût des vers et des coquillages.

© Christian König

Tadorne de belon

A mi-chemin entre l’oie et le canard, le tadorne possède un plumage très contrasté, reconnaissable de loin. La femelle ne se distingue du mâle que par l’absence d’une protubérance sur le bec. Pour dissimuler ses couleurs vives, elle couve ses œufs au fond d’un terrier.

© Erwan Balança

Coques et tellines

Il n’y a pas que les oiseaux pour apprécier les coquillages ! De nombreux pêcheurs amateurs partent en quête des tellines, des coques ou des palourdes qui peuplent les vasières. Hélas, la pollution organique qui affecte leur habitat rend de plus en plus souvent ces mollusques impropres à la consommation.

La vase pleine de vie - La Salamandre

© Aino Adriaens

Algues vertes

Dans certaines régions de France, en Bretagne par exemple, les rivières rejettent dans les estuaires leur trop-plein d’azote et de phosphates d’origine porcine ou agricole. Conséquence : les algues vertes se développent à outrance, asphyxiant peu à peu le sable et les vasières de leurs paquets malodorants.

© Christophe Courteau

Aigrette garzette

Petit héron blanc, l’aigrette garzette déambule avec grâce dans la vase des marais littoraux. Pour pêcher, elle se fige à l’affût et projette son bec comme un poignard sur le poisson convoité. En vol, elle se distingue de la grande aigrette par les pattes jaunes qui prolongent ses longues échasses noires.

Découvrez les habitudes d'un pêcheur du crépuscule, le héron cendré.

Retrouvez la totalité du dossier consacré à la mer : Vacances à la mer

Couverture de La Salamandre n°175

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 175
Août - Septembre 2006
Article N° complet

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