Le pêcheur du crépuscule

Le héron pêche le plus souvent à l’affût ou en marchant lentement dans les eaux peu profondes. / © Jean Chevallier

Un bec harpon, des mâchoires solides et des yeux très vifs quoiqu’apparemment immobiles : le héron est taillé pour la pêche.

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Les grenouilles se sont tues subitement. Qu’ont-elles vu ? Qu’ont-elles entendu ? Ce murmure dans les roseaux était-il donc suspect ? Prudemment, une soliste redonne de la voix, bientôt suivie par 10, 100, 1000 choristes surexcitées. Ronde et pleine, la lune éclaire la scène. Un râle d’eau crie et quelques mouettes planent encore, pressées de regagner leur dortoir. Pour le héron, il n’est pas question d’aller se coucher. Ce noctambule qui se tient tout près de la terre ferme, c’est bien lui.

Râle d'eau / © Jean-Daniel Echenard

Plus rapide que son ombre

A pas calculés, il avance dans l’eau froide. Ses pieds remuent à peine la vase : il connaît l’endroit. Le héron sait que derrière la grosse souche, il y a souvent du beau monde, et appétissant de surcroît.

Le héron, pêcheur du crépuscule bec campagnol proie

Aujourd'hui au menu du héron : campagnol / © Jean-Lou Zimmermann

Il s’arrête. Il scrute les ombres, les remous et les bulles de ses yeux ronds. Rien ne lui échappe. La tanche, elle, n’a rien vu. Les yeux mi-clos, elle vaque posément à ses occupations de poisson. D’un coup d’estoc, le héron l’a étourdie, puis tirée hors de l’eau, ruisselante. Le pêcheur l’ajuste dans son bec et l’engloutit aussitôt, tête la première.

Anguille et héron / © Serge Deboffle

Le héron pêche le plus souvent à l’affût ou en marchant lentement dans les eaux peu profondes. Il lui arrive aussi d’opérer en plongeant ou en nageant, pour capturer des proies plus difficiles d’accès.

Pêche-tout-seul

Comme tout pêcheur qui se respecte, le héron a « ses » coins. De son étang, de sa rive ou de son poste de guet, il exclura ses congénères en volant lentement dans leur direction. Dans les sites très poissonneux, donc difficiles à accaparer, les irascibles oiseaux se tolèrent à contrecœur, et toujours à distance. Même au sein de son couple, le héron reste un individualiste : jamais il n’emmènera son ou sa partenaire sur ses lieux de pêche.

Le héron, pêcheur du crépuscule poussin proie

Poussin et héron / © Frédéric Tillier

Crache-pelote

Quand il ne nourrit pas ses jeunes de poissons, le héron gagne les champs pour suivre la charrue et piocher les vers de terre dans les frais labours. En hiver surtout, on le voit muloter dans les pâturages et au bord des routes comme un renard. Autant son estomac sait digérer rapidement les arêtes de poisson et les os, autant il a de peine pour les poils des rongeurs et la chitine des insectes. Le héron les recrache en pelotes serrées.

Le héron, pêcheur du crépuscule proie poisson brème

Brème et héron / © Erwan Balança

Un convive pas difficile

Contrairement à ce que prétend Jean de La Fontaine, le héron ne joue pas les fines bouches. Il se nourrit de tous les poissons, petits ou gros. Partisan du moindre effort, il jettera plutôt son dévolu sur les espèces les plus abondantes, les plus lentes et les plus accessibles.

Le héron ne dédaigne pas non plus les grenouilles, les couleuvres, les jeunes oiseaux d’eau. Les petits invertébrés, sangsues, escargots, dytiques, vers et larves aquatiques, font également partie de son menu. Il pêche aussi les écrevisses américaines dans les points d’eau qui en sont infestés, et se régale des restes de poissons abandonnés par les pêcheurs.

Grenouille et héron / © Erwan Balança

Lire aussi notre dossier sur un autre roi de la pêche, le martin-pêcheur.

Retrouvez tous les articles du dossier : Héron malgré lui.

Couverture de La Salamandre n°184

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 184
Février - Mars 2008
Article N° complet

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