Papillons et compagnie

La chenille du papillon petite tortue mord les piquants de l'ortie et les recrache. / © Gilbert Hayoz

Piquante pour les humains, l’ortie se fait douce à l’égard des insectes. Elle en abrite tant et plus, les nourrit, les défend. Son favori ? La petite tortue.

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Février, premiers redoux. Une petite tortue émerge de sa torpeur. Ne cherchez pas une carapace : c’est un papillon rougeâtre qui s’envole de l’avant-toit de la grange. C’est là, entre deux planches, qu’il a passé l’hiver. Tussilages et pétasites sont encore fermés. Trop tôt pour butiner. L’insecte est contraint de tremper sa trompe dans la boue pour aspirer les sels minéraux dissous dans le sol humide. Ravitaillé, il pourra trouver un partenaire, s’accoupler et pondre.

Papillons et compagnie chez l'ortie - La Salamandre

Oeuf de la petite tortue / © Albert Krebs

La petite tortue dépose 80 à 200 minuscules billes sous une feuille d’ortie, à l’abri des regards et des intempéries. Et si par hasard un prédateur les dénichait ? Souvent, mais pas toujours, la forêt de piquants aura un effet dissuasif.

Deux semaines plus tard, les œufs ont viré au gris jaune. Les coques se déchirent, croquées par les larves. Les pousses vert tendre de l’ortie sont suffisamment nourrissantes pour régaler une horde de chenilles. Le nom scientifique de la petite tortue, Aglais urticae, évoque leur régime alimentaire : des orties, rien que des orties ! A peine écloses, les larves s’acharnent, rongent feuille après feuille jusqu’au pétiole.

Papillons et compagnie chez l'ortie - La Salamandre

Chrysalide de la petite tortue / © Harald Cigler

Leur corps mou et fragile est-il insensible aux piqûres ? Produisent-elles un antidote ? Rien de tout cela. Pourvues de mandibules robustes, les chenilles mordent tout simplement les poils urticants à la base, puis les recrachent.

Les chenilles de la petite tortue se protègent sous une toile de soie. L’amas grouillant n’est pas très discret, mais protégée par le nombre de ses congénères, une chenille ne court que peu de risques de se faire engloutir.

Papillon petite tortue / © Gilbert Hayoz

Près de la grange, les orties ont colonisé le vieux tas de fumier. Une chenille se tient seule sur une tige. Son corps est secoué de convulsions. L’insecte semble avoir perdu tout contrôle. Quel parasite monstrueux va-t-il s’en échapper ? Après une multiplication de son poids par 10’000 et quatre changements de peau, la chenille victorieuse s’enveloppe tout simplement dans une chrysalide.

A l’intérieur de son fourreau protecteur, le futur papillon se dissout littéralement. Dans 2 semaines, cette bouillie vivante sortira avec une trompe, une paire d’antennes et deux ailes rouges. Durant l’été, du côté des orties, les métamorphoses de chenilles en papillons vont se succéder. En attendant de jouer leur partition au printemps prochain, les individus les plus attardés se cacheront pour l’hiver dans une cave ou une grange.

L'ortie urticante nourrit les chenilles de plusieurs papillons, tous de la même famille. Portraits.

Découvrez des métamorphoses d'insectes en vidéo avec notre article.

Retrouvez la totalité du dossier consacré à l’ortie : L’ortie, une vraie peste ?

Couverture de La Salamandre n°178

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 178
Février - Mars 2007
Article N° complet

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