Pont d’or

Le murin de Daubenton chasse principalement au-dessus des étangs et des rivières. Il fréquente aussi les milieux forestiers. / © Dietmar Nill

Chez les animaux, dormir sous les ponts tient du privilège. Enquête auprès des chauves-souris.

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Chenilles au bec, le troglodyte a filé sous le pont qui enjambe la Seille. Des cris d’oisillons affamés fusent aussitôt, trahissant la présence d’un nid de mousse soigneusement calé entre deux moellons, à demi masqué par les fougères. L’oiseau ne s’attarde pas, car ses petits ont encore faim. Ignore-t-il que deux mètres plus haut, juste au niveau de la clé de voûte, d’autres créatures profitent aussi des lieux ?

Sous l’arche, tête en bas

Ce sont des chauves-souris, et plus précisément des murins de Daubenton, grands amateurs de ponts oubliés. Etroitement serrés entre des pierres disjointes, ils sont un peu plus d’une vingtaine à attendre la nuit pour aller chasser éphémères et phryganes au-dessus du cours d’eau. Selon Sébastien Roué, chiroptérologue franc-comtois, les vieux ponts qui jalonnent le cours de la Seille sont particulièrement favorables à l’accueil des chauves-souris : « Lors de la rénovation des ponts, la tendance actuelle est de projeter du béton dans les moindres fissures, ce qui est une catastrophe pour les colonies qui s’y réfugient. Heureusement, ceux de la vallée de la Seille ont été préservés de ce genre de travaux ! »

Chauves-souris sous les ponts de pierre - La Salamandre

© Gilbert Hayoz

Mieux qu’un nichoir

Les murins de Daubenton s’installent aussi dans les maisons et les arbres creux, mais les vieux ponts ont leur préférence car ils sont situés à deux battements d’ailes de leur terrain de chasse favori, l’eau. Les chauves-souris les utilisent autant comme gîte d’étape que pour la reproduction.

« Jusqu’au début des années 90, on plaçait encore des nichoirs à chauves-souris contre les ponts pour remédier au manque de cavités naturelles, mais on s’est rendu compte qu’ils n’offraient pas des conditions thermiques idéales. Il vaut bien mieux sauvegarder les anciennes constructions et aménager intelligemment les nouvelles », précise Sébastien Roué. Les chauves-souris de la région bénéficient d’un autre atout : les falaises et prairies de la Haute-Seille ont été classées en site Natura 2000. Ce statut de protection européen préserve les richesses naturelles, mais aussi patrimoniales.

Voisins de fortune

Les pieds dans l’eau et le tablier au sec. Chaud en amont et frais en aval. A l’ombre d’un frêne en rive gauche, en plein cagnard en rive droite. Qui dit mieux ? Côté diversité d’accueil, difficile de se mesurer et d’espérer dépasser le vieux pont de pierre !

Des dizaines d’espèces en profitent : algues et hépatiques au ras de l’eau, mousses et fougères dégoulinant des surplombs humides, lichens et escargots, mille-pattes et araignées, lierre, orpins et géraniums. Il paraît même qu’une couleuvre à collier a séjourné tout l’été dans un trou de la pile droite, juste en face d’une famille de musaraignes.

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Retrouvez tous les articles du dossier : Des murs pour la vie.

Couverture de La Salamandre n°181

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 181
Août - Septembre 2007
Article N° complet

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