Rothenthurm, marais pacifié

Les travaux de régénération du marais du Rothenthurm ont enfin démarré en 2005. / © Laurent Juillerat

Symbole de la protection des marais en Suisse, la mythique plaine de Rothenthurm s’étend au pied des montagnes schwyzoises. Son paysage porte les traces d’une longue histoire.

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Il suffit de prononcer son nom pour se projeter dans une féerie façon Grand Nord. Les bruyères craquent sous les pieds, alors que résonne dans l’immensité le cri d’un pipit farlouse. Est-ce bien à cela que ressemble Rothenthurm ? Vérification chaussures de marche aux pieds et jumelles en main…

Coussins éponges

La lumière automnale souligne le relief ondulé du marais schwyzois. Avec son sol gorgé d’eau, la plaine est mouvante. On le perçoit aux méandres de la Biber, aux coussins bombés de sphaignes ou encore aux affaissements du terrain. Voilà pour le côté estampillé « grandes plaines nordiques ».
Plus loin le paysage bascule : fossés béants, sillons rectilignes, boisements alignés. L’homme n’a pu s’empêcher de modeler les lieux. Une vieille histoire de conquête dont voici quelques épisodes.

L’armée défaite

Au XVIIe siècle et jusqu’à la fin des années 1940, les hommes ont coupé le cœur du marais pour modeler des briques de tourbe destinées au chauffage. Par endroits, le terrain a ainsi été amputé de 2 mètres de terre.

Plus tard, de nombreuses surfaces ont été drainées. Ces étendues fertiles ont été plantées de pommes de terre, de carottes, de choux ou d’orge.
Dans les années 1980, l’armée a voulu disposer de la plaine. Pour la bétonner et la transformer en place d’armes. Mais le peuple suisse a refusé le projet. Le marais avait assez souffert. Depuis l’acceptation de l’initiative fédérale de Rothenthurm, la plupart des marais suisses sont placés sous protection.

En automne, le marais se couvre de canneberges charnues. / © Christophe Bornand

Le retour de l’eau

A Rothenthurm, l’homme tente aujourd’hui de régénérer la terre blessée. Il comble et bouche les fossés de drainage pour permettre à l’eau de gorger à nouveau le sol. Chaque automne, les prés à litière sont fauchés pour éliminer les jeunes bouleaux qui tirent profit des terres asséchées. On évite ainsi que la forêt ne recouvre le marais.

Les mosaïques de prairies jaunes parsemées de bouleaux et d’étendues d’airelles ne sont certes pas aussi sauvages qu’une plaine scandinave. Mais elles témoignent magnifiquement de ce que devait être à l’époque cette étendue imposante, dont le plus grand mérite – en plus de nous avoir chauffés et nourris – est d’avoir engagé la protection de toutes les tourbières, roselières et autres prairies humides du pays.

Courlis cendré / © Gilbert Hayoz

Nids vides chez les courlis

Cela fait 9 ans qu’aucun courlis cendré n’a réussi à élever une nichée à Rothenthurm. Il y a bien eu quelques essais, mais pas d’oisillons. Selon la liste rouge, ce limicole – le plus grand d’Europe – est au bord de l’extinction en Suisse. L’oiseau installe son nid dans les marais, les prairies de fauche humides et les pâturages calmes. Il évite les arbres et les poteaux qui servent de perchoirs aux prédateurs.

Ces dernières années, quelques mâles ont encore lancé leur fameux cri « cour-li » en survolant le marais schwyzois au printemps. La plaine est suffisamment vaste pour leur permettre de nicher. Malheureusement, les oiseaux sont trop souvent dérangés pour vraiment prendre leurs aises. Fauche précoce des prés alentour et bruit des avions télécommandés forcent les adultes à abandonner leurs jeunes avant que ceux-ci ne deviennent autonomes.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

La traversée

Dritte Altmatt > Rothenthurm

Durée: 1h30

  • Depuis l’arrêt de train de Dritte Altmatt (1), emprunter le chemin qui passe à côté des bâtiments agricoles vers l'ouest. Traverser la plaine jusqu'au pont (2).
  • De l’autre côté de la route, un sentier peu visible au départ grimpe dans le champ avant d'entrer dans la forêt. Il débouche sur un chemin en U (3). Cette position offre la meilleure vue sur la portion la plus préservée du marais.
  • Emprunter ensuite le sentier de droite et redescendre jusqu’au restaurant « Steinstossstübli » (4).
  • Poursuivre par la route pendant 200 m puis bifurquer à droite.
  • Continuer tout droit jusqu’au village de Rothenthurm (6).

La Boucle

Dritte Altmatt > Erste Altmatt > Dritte Altmatt**

Durée: 2h30

  • Au point (4), suivre la route qui longe la lisière avant de bifurquer vers l’est pour rejoindre Erste Altmatt.
  • Avant d’entrer dans le village, prendre le chemin qui parcourt la plaine jusqu'à l'intersection de Bubrugg (5).
  • Emprunter la voie de droite qui mène à Dritte Altmatt A par l’itinéraire balisé « Jean Gottmann Rundweg ».

Accès en train

Dritte Altmatt et Rothenthurm sont desservis par train depuis Arth-Goldau et Biberbrug, ainsi que par bus depuis Biberbrug et Schwyz Post. Horaire.

L’idée week-end

Pays de montagnes et de lacs, la région de Schwyz vaut le séjour. Le marais de Schwäntenau, accessible à pied depuis Biberegg, mérite le détour. Profiter de grimper sur les hauteurs, par exemple lors d’une excursion dans la réserve des Mythen, les deux pics qui surplombent la ville de Schwyz.

Se loger :

Arthur et Erna Deck-Föhn proposent diverses formes d’hébergement : sur la paille, en dortoir, en appartement ou en studio. Leur ferme se situe à 30 minutes de marche de l'arrêt de bus de Burg, sur la ligne Rothenthurm-Schwyz Post. +41 (0)41 811 61 23

Hôtel/backpackers Hirschen à Schwyz, hébergement en dortoir ou en chambre. +41 (0)41 811 12 76,

Visites guidées

Biologiste responsable de la renaturation du marais de Rothenthurm, Michael Erhardt organise des sorties guidées : merhardt@bluewin.ch ou +41 (0)44 780 37 80.

Les règles d’or

  • La plaine de Rothenthurm est un site fragile et protégé. Afin de préserver la faune et la flore, restez sur les sentiers et les routes autorisés.
  • Certains chemins sont fermés entre mars et juillet, durant la période de nidification. Respecter les indications.
Couverture de La Salamandre n°194

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 194
Octobre - Novembre 2009
Article N° complet

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