Palais d’épines

Rameau de ronce / © Laurent Willenegger

Reine des haies ensauvagées, des terrains vagues et des fossés, la ronce darde ses épines partout où l'homme a oublié de « discipliner » la nature. Et si, cet automne, vous partiez explorer le roncier au fond du jardin ou dans les bois ? Quelques surprises vous attendent au cœur d'une forteresse presque imprenable.

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Mi-arbre, mi-herbe, la ronce bondit à la conquête de l'espace en projetant de longs rejets appelés sarments. Chaque année, des pousses en arcs de cercle s'élancent à l'abordage de nouvelles terres. A leur extrémité, un grappin de racines se développe pour assurer l'ancrage. Les sarments fleuriront l'année suivante, puis mourront. Ce mode de vie conquérant a permis à la ronce de coloniser une grande variété de milieux et de foisonner en une multitude de formes. Plus de 2000 espèces auraient été décrites en Europe. Un véritable casse-tête pour les botanistes !

La ronce se pare de belles couleurs une fois l'automne venu. / © Laurent Willenegger

A l'automne, la couleur des feuilles de ronce passe par toute une gamme de tons rouges et or. Cette explosion chatoyante est liée à la disparition de la chlorophylle. Redigéré par la plante, les éléments de ce moteur de la photosynthèse sont récupérés et stockés pour l'hiver. Le retrait de la composante verte laisse apparaître les teintes d'autres pigments : carotènes jaune orangé et anthocyanes rouges. Une fois sèche et brunie, la feuille pourra persister sur la plante ou se détacher.

«Couleur des feuilles de la ronce: J'aurais pensé que celles situées à l'extrémité du rameau changeraient leurs teintes en premier. En fait, c'est juste l'inverse!» / © Laurent Willenegger
La ronce, palais d'épines

Fleur de ronce séchée / © Laurent Willenegger

Parfois, les fleurs avortent sans donner de mûre. Leur cadavre desséché permet de comprendre l'origine des multiples baies qui composent les fruits sombres : chacun des pistils groupés au cœur de la corolle était destiné à se transformer en une graine enveloppée d'une enveloppe juteuse.

Au bout de ce rameau de ronce, quelques fleurs avortées et sèches. / © Laurent Willenegger

Petit rongeur agile, le muscardin apprécie le couvert épineux du roncier. Il y trouve non seulement un gîte sûr, mais aussi le couvert. Même sèches, les mûres font le régal de ce gourmet.

nid de muscardin / © Laurent Willenegger

Le nid du muscardin n'a rien à envier à celui d'un oiseau. Il est habilement tressé de tiges souples et de feuilles. En son cœur, le rongeur aménage une couchette douillette, garnie d'herbes ou de lanières d'écorces… Différents nids servent d'abri pour se reproduire ou pour passer l'hiver. Refuges tellement confortables que le muscardin peut hiberner pendant six mois.

La ronce, palais d'épines

Psylle / © Laurent Willenegger

Des insectes à l'allure de mini-cigales se dissimulent au revers des feuilles de ronces dont ils aspirent la sève. Si on les dérange, les psylles s'échappent d'un bond pour chercher refuge plus loin.

La ronce, palais d'épines

Coccinelle endormie sous une feuille de ronce / © Laurent Willenegger

Dissimulée dans une feuille morte, une coccinelle s'apprête à hiberner. Elle peut résister au froid grâce à une augmentation de la teneur en sucres dans son sang : l'homme n'a pas inventé l'antigel !

La ronce, palais d'épines

Aleurodes ou "mouches blanches" / © Laurent Willenegger

Dérangé, un aleurode s'enfuit en papillonnant. Ses ailes délicates doivent leur couleur à une fine couche cireuse. Cet insecte suceur de sève peut peupler en grand nombre le revers des feuilles. Les jardiniers le connaissent sous le nom de « mouche blanche ». Beaucoup le considèrent comme un fléau. La ronce qui l'héberge semble s'en accommoder sans grands dommages.

Plus d'infos

Insectes de France et d'Europe occidentale, M. Chinery, Flammarion

La Garance Voyageuse N° 43 La ronce

La Hulotte N° 59 Le Rat d'or (autre nom du muscardin)

En pratique, voici quelques activités et observations à faire avec une ronce.

Un plan de nichoir à muscardin

Couverture de La Salamandre n°200

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 200
Octobre - Novembre 2010
Article N° complet

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