Loue y es-tu ?

A la fois résurgence et affluent du Doubs, la Loue se déroule sur 130 km, d'Ouhans à Parcey. Malgré une pollution dénoncée par les associations locales, elle reste une des plus belles rivières d'Europe. / © Karine Poitrineau

Une rivière, une vallée, des combes et des sentiers buissonniers. La Loue insuffle son âme à un territoire sauvage. Rencontres printanières, de sous-bois frais en coteaux ensoleillés.

Avatar de Karine Poitrineau
- Mis à jour le
Article d'origine par

A deux pas de la Suisse, au sud-est de Besançon, le Jura franc-comtois abrite un joyau : la Loue. Pour mieux la contempler, il faut grimper. Un chemin raide, mais où l'on est caressé par l'ombre tachetée de jeunes feuillages vert tendre. Arrivé au sentier-balcon qui longe les falaises, le regard est capté par l'étendue de la vallée où serpente un ruban bleu. La Loue a largement taillé dans la pierre sa sente sinueuse. Ici, l'eau circule au sein de strates calcaires qu'elle polit, grignote et dissout. Dans ce paysage peut-être plus qu'ailleurs, les éléments liquides et solides se marient, se disputent et se réconcilient à des échelles qui défient notre imagination. Relief karstique typique, tout en combes et rondeurs.

Mystérieux labyrinthes

Glissant dans les profondeurs des roches, l'eau emprunte des itinéraires secrets. Elle creuse des gouffres et se concentre en rivières souterraines qui renaissent parfois en sources imposantes. La Loue naît ainsi, à une quinzaine de kilomètres d'Ornans. Elle doit ses origines aux eaux du Doubs qui s'infiltrent, puis ressurgissent après un périple aux détails inconnus. En haut du belvédère, l'eau se fait plus rare. Au milieu du thym serpolet et des hélianthèmes, les lézards des murailles se coursent bruyamment sous les pins à l'odeur résineuse.
Mais qu'on redescende un peu dans une combe, et c'est la fraîcheur qu'on retrouve. Des courants invisibles alimentent une abondante végétation de mousses et de fougères gourmandes d'humidité.

Triton palmé femelle / © Karine Poitrineau

Un regard, deux pépites

Laissées par la dernière averse dans les ornières du chemin, des flaques révèlent la présence d'un monde discret de fouines, blaireaux, chevreuils et chamois qui ont imprimé leur pas dans la boue. Là, au milieu d'une baignoire éphémère, deux pupilles en forme de cœur émergent et dévisagent le passant. Ces incroyables yeux dorés sont ceux du petit crapaud sonneur.
Sur le plateau, le sentier débouche sans transition dans des clairières fleuries et des prairies verdoyantes. Partout, des insectes crissent, bourdonnent, papillonnent. Etourdi par une profusion de lumière, de couleurs et de parfums, on est surpris de retrouver si vite la fraîcheur d'un ruisseau lorsque l'on redescend. La Brême, limpide rivière bordée d'arbres, court joyeusement vers la Loue.
De sveltes truitelles glissent dans son onde claire et un cincle pressé disparaît au tournant. Comme il ne reparaît pas, on se dit qu'ici, la nature tout entière est aussi surprenante et insaisissable que les chemins de l'eau.

Promenade nature loue

Orchis guerrier (Orchis militaris) / © Karine Poitrineau

Orchidées

Trésors délicats, d'une incroyable variété de couleurs et de formes, les orchidées sauvages se plaisent aux abords de la Loue. On les trouvera surtout dans les zones bien exposées : anciennes vignes et vergers, coteaux secs et ensoleillés.
Au hasard du chemin, on pourra ainsi découvrir l'orchis singe à l'allure de petit homme casqué, l'orchis bouc aux extravagantes langues torsadées, la veloutée céphalanthère blanche ou encore la discrète néottie nid d'oiseau à la robe brune, camouflée en sous-bois.
En tout, ce ne sont pas moins d'une quinzaine d'espèces que l'amoureux des plantes pourra débusquer des anciennes vignes aux profondeurs des forêts. Des merveilles à respecter et protéger : évitez de piétiner autour de leurs pieds pour les admirer de près.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

De Combe en Belvédère

Ornans > ferme de Septfontaines > Ornans

durée: 2h30

dénivelé: 218 m en montée, 218 m en descente

  • Depuis le centre d'Ornans, remonter en direction du stade et du château.
  • Emprunter le chemin des Essarts (1).
  • Prendre la direction de la Roche des Pins (balisage jaune et bleu) (2).
  • Tourner à gauche sur le sentier-balcon (3).
  • Continuer en direction de la ferme de Septfontaines (4).
  • Après celle-ci, suivre le GR 595 direction vallée de la Brême (5). Traverser la rivière : passage sur une large poutrelle métallique. Attention, des bovins peuvent paître sur ce terrain privé (6).
  • Sur la gauche, un chemin monte vers le château et son belvédère.
La Loue dans Ornans / © Karine Poitrineau

Les vignes de Loray

Ornans > Champs Magnin > Ornans

durée: 1h30

dénivelé: 264 m en montée, 264 m en descente

  • Suivre la Loue vers l'est (7).
  • Après le barrage, tourner à gauche sur la D67 puis emprunter le chemin qui mène au belvédère de Roche Lahier (8).
  • Arrivé à l'orée de la forêt, on coupe par un des chemins forestiers pour rejoindre le chemin de l'autre côté (9).
  • Croisée des chemins : possibilité de redescendre par le même côté ou par la combe Volon.

Accès en transports publics

Depuis la France, par le train jusqu'à Besançon ou Pontarlier sncf.com puis ligne de car A doubs.fr
Possibilité d'arriver en train à L'Hôpital-du-Grosbois.
Depuis la Suisse, on peut utiliser le site cff.ch combiné à doubs.fr pour les cars.

Jumelée avec Ornans, la ville de La-Tour-de-Peilz donne des indications sur les itinéraires possibles depuis la Suisse.

Hébergement et tuyaux gourmands

Office de tourisme du pays d'Ornans-Loue-Lison. 7, rue Pierre Vernier, 25290 Ornans +33 (0)3 81 62 21 50

Le Chanet, Camping avec chalets et gîte d'étape +33 (0)3 81 62 23 44

Le Chavot, restaurant et pizzeria. Petit restaurant plein de charme, avec terrasse donnant sur la rivière. Prix raisonnables. +33 (0)3 81 62 25 23

Musée de la fromagerie, à Trépot : visite et dégustation. Ouvert tous les dimanches en juin et tous les jours en juillet-août. Organise tous les étés une fête des fromages +33 (0)3 81 86 71 06

Danse avec la Loue : tous les deux ans (prochaine manifestation en juin ou juillet 2012), l'association Four Winds organise à Ornans une rencontre avec plusieurs peuples amérindiens. Plus de renseignement

Les règles d’or

  • Attention aux tiques, fréquentes en forêt.
  • Ne pas trop s'approcher des falaises et se munir de bonnes chaussures, le chemin en forêt peut être glissant.
  • Rester sur les chemins, tenir les chiens en laisse.

Eclairage par Sébastien Roué

Promenade nature loue

Sébastien Roué

Sébastien Roué travaille en Franche-Comté pour la CPEPESC, association de défense de la nature dynamique et militante. Le biologiste y officie comme « chargé de mission chauves-souris ». Normand d'origine, il est tombé amoureux de la région et de sa biodiversité incroyable. Et avant tout des chauves-souris : « C'est un engrenage. On y glisse le doigt et bientôt c'est tout le bras qui y passe ! »

Promenade nature loue

L'église d'Ornans / © Karine Poitrineau

A) Une église bien fréquentée « L'église d'Ornans abrite une colonie de grands rhinolophes, des chauves-souris dont l'envergure atteint 35 cm. Chaque année, une centaine d'individus se reproduisent là à partir de juin. Pour les voir, il faut attendre le soir. Elles sortent par les meurtrières du clocher et s'accrochent parfois sous le porche. Pour ne pas les déranger, éviter de les éclairer. Chaque année, la CPEPESC assure des animations sur le site. »

B) ça roule sur la Voie Verte ! « D'Ornans à L'Hôpital-du-Grosbois, on peut emprunter à vélo l'ancienne voie de chemin de fer. Un beau trajet de 13 km, qui permet de rejoindre la gare du bourg. » Plus d'infos et pour le trajet complet

C) Aux origines du monde de Courbet « Le peintre Gustave Courbet, originaire de la région, a su apprécier les contrastes de ses paysages. A Ornans, un musée lui rend hommage. A compléter par la visite des lieux qu'il affectionnait. Plusieurs itinéraires permettent de découvrir les sites où il a peint. »

D) Encore faim de Loue ? « Les endroits sauvages ne manquent pas dans la région. Une de mes combes préférées est celle qui mène à la Cascade de la Tuffière, près de Vuillafans. »

Couverture de La Salamandre n°203

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 203
Avril - Mai 2011
Article N° complet

Réagir