La double vie du cincle

Le cincle plongeur partage sa vie entre l'eau et l'air. / © Jérôme Gremaud

L'effervescence de la rivière en surface s'oppose au silence du monde submergé. Le merle d'eau se partage entre ces deux milieux bien différents.

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Dans le calme glacial d'une rivière figée par le gel, un vol foudroyant éveille le regard. Voici le cincle plongeur, unique passereau européen adapté à la vie amphibie. Il vole, court, plonge et nage. Un athlète multiple ! Commun dans toute la Suisse et en France, à l'exception d'une frange nord-ouest, il est sédentaire et apprécie les cours d'eau à courant rapide et à lit grossier, de la plaine jusqu'à 2500 m. A cette saison, le froid provoque l'arrivée en plaine de nombreux individus qui quittent les cours d'eau gelés de montagne. Il s'installe alors le long de rivières plus calmes, voire sur les rives des lacs. C'est le moment idéal pour l'admirer.

Le cincle plongeur n'a pas froid sous la neige. / © Jérôme Gremaud

Du même brun qu'une femelle de merle noir, mais plus trapu et avec une queue courte, le cincle se repère le plus souvent à son plastron blanc. Plutôt solitaire, il est constamment sur le qui-vive et exhibe de nombreux tics nerveux. Il vole au ras de l'eau entre les flots, se pose sur une pierre émergée et fléchit à répétition ses pattes robustes, tout en baissant soudainement sa queue en éventail. Il marche par à-coups, s'arrêtant après quelques pas, puis plonge pour fuir un danger ou rechercher de la nourriture. En hiver, le froid et la glace ne le gênent pas, tant que l'accès à l'eau reste libre. Le cincle ne s'aventure pas loin de l'eau. Son territoire, d'une longueur de 500 à 1000 m en hiver, suit précisément les limites de la rivière. Ses chants et ses poursuites vertigineuses au fil de l'eau s'observent toute l'année, mais c'est surtout à partir de janvier, début de la saison de reproduction, que les disputes et les ébats s'intensifient.

« Ambiance printanière ce matin. Le cincle profite de se chauffer au soleil, tout rond. »

Comme son cousin lointain le merle noir, le cincle plongeur est essentiellement insectivore. Il plonge et se nourrit de larves d'insectes aquatiques, de petits crustacés et de mollusques. La pollution et l'acidification de certains cours d'eau sont à l'origine de la diminution de ces organismes et de la raréfaction locale des cincles.

Bergeronnette des ruisseaux / © Jérôme Gremaud

Près d'un cours d'eau, il est fréquent de rencontrer l'élégante bergeronnette des ruisseaux. Insectivore elle aussi, la danseuse jaune se nourrit des mêmes invertébrés que le cincle. Elle ne plonge pas et capture essentiellement des insectes aquatiques adultes. Le cincle évite la compétition directe pour les ressources grâce à sa double vie partagée entre milieux aquatique et terrestre. Le chevauchement des habitats n'est ainsi que partiel et ces deux espèces riveraines entretiennent des relations pacifiques.

Tenue de plongée

Le cincle plongeur imperméabilise ses plumes grâce à une glande sébacée très développée située près de la queue. La densité et la finesse de son plumage garantissent le maintien d'une fine pellicule d'air autour du corps pendant la plongée. Après une immersion, il retrouve un plumage sec très rapidement.

La paupière du cincle s'abaisse près de 60 fois par minute pour essuyer les gouttelettes d'eau. / © Jérôme Gremaud

Insolite

Le cincle possède une bonne vue, sur et sous l'eau. En immersion, le cristallin de son œil se déforme pour compenser la différence de réfraction de la lumière dans le liquide. Hors de l'eau, sa paupière supérieure s'abaisse près de 60 fois par minute. Ces clins d'œil essuient les gouttelettes d'eau et signalent un état d'inquiétude.

Pendant l'immersion, les narines s'obturent et les replis de peau bouchent les conduits auditifs. A l'inverse de la plupart des oiseaux, une partie des os du cincle sont pleins, favorisant la plongée.

Un menu de cincle

Le cincle ne s'intéresse que rarement aux poissons. Les larves de phryganes et d'éphémères constituent la majeure partie de son régime alimentaire. Ces insectes aquatiques présentent de nombreuses adaptations pour faire face au courant de la rivière.

Le passereau capture ses proies surtout sur le fond du ruisseau. Pendant la plongée, il utilise son bec pour soulever des pierres et débusquer les larves. Revenu en surface, il sépare parfois la larve du fourreau en battant l'enveloppe sur une pierre.

Restes de repas

Le merle d'eau, tout comme les goélands ou les hérons, régurgite parfois des pelotes. Il se débarrasse ainsi des brindilles de bois et des gravillons composant, par exemple, le fourreau des larves de trichoptères.

« Une pelote de cincle (~1 cm). Je l'ai vu la recracher derrière une pierre et je l'ai retrouvée. » / © Jérôme Gremaud

En pratique, voici quelques astuces pour observer le cincle plongeur.

Couverture de La Salamandre n°207

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 207
Décembre 2011 - Janvier 2012
Article N° complet

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