L’empire de l’oiseau masqué

Article extrait du dossier Mésange mi-démon
« En Israël, j’ai observé la charbonnière en compagnie du souimanga de Palestine, qui ressemble à s’y méprendre à un colibri, et du bulbul d’Arabie, oiseau commun des plaines du Moyen-Orient. » / © Denis Clavreul

L’oiseau masqué zinzinule des îles Britanniques au Japon en passant par l’Afrique du Nord. Rencontre au Proche-Orient.

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Coincé entre Israël et la Syrie s’étend le Golan, un plateau coiffé d’herbes blondes que les deux pays se disputent. Creusée de falaises vertigineuses, cette région abrite des colonies de vautours fauves à la protection desquels je suis venue participer. Le vent d’est taquine la végétation basse et buissonnante. Le nez en l’air, j’admire le ballet tournoyant des immenses rapaces. Quand les broussailles vibrent d’un son bien connu. Titu-titu. Titu-titu. Surprise, il est là ! L’oiseau familier, perché sur la brindille d’un arbrisseau exotique. Aussi vive et décidée que chez moi : une mésange charbonnière.

«Deux mésanges charbonnières chanteurs.» / © Denis Clavreul

Le monde lui appartient

Commune pour nous, elle fait aussi partie du paysage pour un Turc, un Iranien ou une Vietnamienne. Sur toute son aire de répartition, seules les zones désertiques du sud de l’Algérie ou du désert de Gobi rebutent l’oiseau presque cosmopolite. Avec une répartition aussi vaste, la mésange charbonnière compte plus de 30 sous-espèces. L’étendue de ce royaume s’explique par la remarquable adaptabilité de l’oiseau aux milieux les plus divers. Elle fréquente les forêts de feuillus avec ou sans conifères. Très commune en plaine, elle peut vivre jusqu’à 2000 mètres d’altitude autour des implantations humaines. En ville, ce sont les parcs et les jardins qui l’accueillent. Elle n’est absente que des zones franchement bétonnées que seuls moineaux et pigeons domestiques fréquentent encore.

Habitats variés

Les différentes espèces de mésanges européennes savent se partager l’espace pour éviter d’entrer en compétition. Les mésanges noires et huppées n’apprécient que les forêts de conifères, tandis que la nonnette est adepte des vieux boisements de feuillus. La boréale choisit parfois les conifères, parfois les feuillus. Quant à la mésange bleue, elle s’aventure de bon gré dans les roselières où elle extrait des larves d’insectes des roseaux. Quand les différentes espèces vivent dans la même forêt, elles se partagent les arbres comme des immeubles, et n’habitent pas toutes au même étage.

La mésange charbonnière en contrées exotiques

Croquis de mésange / © Denis Clavreul

A tous les étages

Il est fréquent d’observer nonnettes, huppées et charbonnières au sol en hiver. Cette dernière soulève feuilles mortes et cailloux à la recherche de petits insectes bien cachés. Parfois elle découvre la carcasse d’une proie abandonnée par un renard. Elle s’empresse alors de picorer la graisse qui subsiste sous la peau. Mésanges bleues et boréales en revanche ne quittent pas volontiers les branches. Elles fouillent chaque interstice à la recherche d’œufs d’araignées et d’insectes engourdis. Enfin, la mésange noire est celle que l’on peut observer le plus haut dans les arbres. Cette spécialiste des cimes traque les invertébrés qui se dissimulent dans les bouquets d’aiguilles de conifères.

Couverture de La Salamandre n°196

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 196
Février - Mars 2010
Article N° complet

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