Qui a peur du grand méchant frelon ?

Quelle posture adopter face au frelon asiatique? / © Jean Haxaire

L'invasion du frelon asiatique inquiète et suscite rumeurs et bévues. Les dégâts du prédateur d'abeilles domestiques sont bien réels, mais ne justifient pas une lutte aveugle. Invitation à garder la tête froide.

Avatar de Fleur Daugey
- Mis à jour le
Article d'origine par
Répartition du frelon asiatique en 2011

Répartition du frelon asiatique en 2011 (Données INPN/MNHN)

Le constat est sans appel : en 2011, 39 départements français sont confrontés au frelon asiatique. Alors que les premiers individus sont apparus il y a sept ans seulement ! En 2004, seules trois ou quatre reines débarquées dans le Lot-et-Garonne, dans des poteries en provenance de Shanghai, ont suffi pour lancer l'invasion de ces consommateurs d'abeilles domestiques. Le monde apicole, déjà fortement touché par la disparition des abeilles, doit affronter une nouvelle calamité.

Le frelon asiatique adulte ne consomme que des fruits et du nectar, mais capture des butineuses pour nourrir ses larves. Il les attaque à l'entrée de la ruche lorsqu'elles reviennent chargées de pollen. La proie est dépecée et le thorax réduit en bouillie pour être servi aux larves. Une fois la colonie fragilisée, le prédateur peut alors pénétrer dans la ruche et détruire le couvain. Dans certains cas, des apiculteurs du Sud-Ouest ont dû mettre la clé sous la porte à la suite de tels raids.

Que d'intox !

Face à cette menace, l'émoi est à la mesure de la désinformation. « Des idées fantaisistes sont malheureusement diffusées par la presse : on lit par exemple que le venin de frelon asiatique serait plus fort que celui de la vipère ! Absurde », s'indigne Laurent Pélozuelo, président de l'OPIE Midi-Pyrénées. Certaines communes ont même mené des campagnes de piégeage. Inutile, voire nocif : « Piéger les frelons au printemps est vain : chaque nid produit 300 reines potentiellement fondatrices de nouveaux nids. Mais à cette période, elles se font la guerre entre elles et seules une ou deux survivront et fonderont une colonie », explique Quentin Rome, chercheur au Muséum national d'Histoire Naturelle. « Tuer des reines qui vont périr naturellement est totalement superflu. De plus, on détruira d'autres insectes sans discernement », conclut le scientifique.
Les biologistes s'accordent pour affirmer que l'éradication est illusoire. L'étape suivante : apprendre à vivre avec le frelon asiatique et agir avec discernement.

Piégeage néfaste

Comment ? Les spécialistes conseillent de ne poser des pièges qu'à proximité des ruches attaquées. Avec des appâts à base de cirier — du jus de vieille cire d'abeille fermenté —, 30 à 40% des prises sont constituées de frelons asiatiques. « Mais le piège traditionnel à la bière que l'on pose dans un jardin capture 90% d'insectes non ciblés, qui ont tous leur rôle à jouer dans les écosystèmes », insiste Quentin Rome. Les détruire prive la nature de pollinisateurs, de proies pour les oiseaux et de prédateurs des parasites des cultures.

Nouvelles armes

D'autres solutions sont en vue. Les chercheurs de l'INRA de Bordeaux travaillent actuellement sur un piège utilisant des phéromones, qui n'attirera que les frelons asiatiques. Et les abeilles ? Parviendront-elles à renforcer leurs défenses ? En Asie, les locales savent contrer les assauts du frelon. Elles assaillent l’intrus en groupe, forment une boule autour de lui puis battent des ailes pour produire de la chaleur. Quand la température atteint 45°C, le frelon succombe d'hyperthermie.
Les abeilles européennes élevées en Asie pour la production de miel utilisent aussi cette stratégie, mais avec moins d'efficacité. En Europe, le nombre de gardiennes augmente à l'entrée de la ruche lors des attaques, mais aucun vrai système de défense n'a encore été mis en évidence. Trouveront-elles la parade ?

Européen ou asiatique ?

Frelon européen (Vespa crabro) photo

Frelon européen (Vespa crabro) / © Joël Héras

Vespa crabro, et l'asiatique, Vespa velutina, mesurent tous deux entre 1,7 et 3,5 cm, les reines et les mâles étant plus gros que les ouvrières. Contrairement aux préjugés, ces deux hyménoptères sont pacifiques et piquent rarement. L'asiatique est globalement plus sombre que son cousin européen, avec le thorax et les deux tiers de l'abdomen noirs. Notre frelon local présente un thorax brun et un abdomen jaune vif où l'on observe de petites taches noires ressemblant à des gouttes.
Le mode de vie des deux espèces diffère également.

Frelon asiatique (Vespa velutina) photo

Frelon asiatique (Vespa velutina) / © David Defoort

V. crabro installe son nid de papier mâché dans les granges et les cheminées : celui-ci mesure 30 cm de diamètre et ne compte pas plus de 1000 individus. V. velutina s'installe plutôt dans les frondaisons des grands arbres et confectionne un abri de 60 cm de diamètre qui accueille de 1200 à 1500 insectes. Des nids de 2000 individus mesurant 80 cm de diamètre existent, mais sont rares.

Agir pour les abeilles

Fleurissons nos vies! Pour aider concrètement les abeilles

Plus d'infos sur le frelon asiatique et l'abeille domestique

La découverte du frelon asiatique Vespa velutina, en France. C. Villemant, J.P. Haxaire, J.C. Streito, 2006. Insectes, 143 : 3-7.

Le frelon sur l'inpn, Inventaire National du Patrimoine Naturel

Association Bee my Friend

OPIE, Office pour la Protection des Insectes et leur Environnement

Couverture de La Salamandre n°204

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 204
Juin - Juillet 2011
Article N° complet

Réagir