Coup de boule

Zoom sur le pique de hérisson / © Laurent Willenegger

Soupirs, reniflements… A quoi bon se montrer discret quand on peut, en un clin d’œil, se transformer en oursin ?

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Coup de boule de hérisson - La Salamandre

Les poils du hérisson mesurent de 2 à 3 cm. Ils tombent au bout d’un an et demi. / © Laurent Willenegger

Souple et légère, l’armure du hérisson est une merveille de la nature qui rendait cet animal presque invulnérable au temps béni d’avant l’automobile. Quand il vaque à ses occupations, ses épines sont comme peignées vers l’arrière. Mais à la moindre alerte, chacune se dresse en un éclair, donnant à l’animal l’aspect hirsute qu’on lui connaît.

Si le danger se précise, le hérisson abaisse d’un coup sa herse de piquants, ce qui a pour effet de couvrir et de protéger son front et ses flancs. Enfin, en cas d’attaque, le voici qui se métamorphose instantanément en une grosse châtaigne. Un renard ou un chien est capable de retourner cette boule piquante, mais au même instant le hérisson rentre encore plus la tête, enlevant toute prise au prédateur.

A moins qu’il ne soit très habile ou qu’il n’ait affaire à un jeune individu, l’attaquant a peu de chances d’atteindre le ventre mou de sa victime. Patient et prudent, un hérisson dérangé peut rester en boule plusieurs heures.

Certaines souris africaines, l’échidné australien et le célèbre porc-épic ont eux aussi le dos couvert de piquants protecteurs, mais aucun autre mammifère n’est parvenu à se protéger de cette manière aussi parfaitement.

5000 piques, tel est le nombre des piquants portés en moyenne par un hérisson. Pour arriver à ce chiffre, l’Anglais Pat Morris a compté une à une les épines de nombreux hérissons morts.

Boule de piquants / © Laurent Willenegger
Coup de boule de hérisson - La Salamandre

Le puissant muscle orbiculaire fait tout le tour des flancs du hérisson. / © Laurent Willenegger

Affaire musclée

Les épines du hérisson ne sont que la moitié visible de son dispositif de défense. Elles ne le protégeraient pas efficacement sans l’action d’un muscle épais qui fait tout le tour des flancs de l’animal et ceinture son casque épineux. La contraction du puissant muscle orbiculaire resserre l’armure du hérisson comme fait le lacet d’un capuchon et transforme l’animal en boule de piquants.

Coup de boule de hérisson - La Salamandre

Le pique du hérisson est dôté d'une grande flexibilité. / © Laurent Willenegger

Question d’armure

Armes défensives redoutées, les piques du hérisson sont à la fois légères, souples et extrêmement résistantes. Légères parce que creuses. Souples pour absorber les chocs à leur partie inférieure légèrement coudée. Résistantes grâce au renfort de cannelures sur toute leur longueur. Ces poils modifiés sont insérés dans la peau par groupes de trois et mus par de minuscules muscles qui permettent de les dresser ou de les coucher à volonté.

La couleur blanchâtre, brunâtre et noirâtre alternée de ces aiguilles effilées représente un atout supplémentaire. Elle donne au hérisson sa teinte brun terne et contribue à son camouflage. Chaque piquant dure environ un an à un an et demi. Le hérisson renouvelle son armure en continu comme nous le faisons de nos cheveux.

Flexible, le poil du hérisson est capable d’absorber les chocs. Il peut également se dresser ou se coucher grâce à de petits muscles qui actionnent sa base.

Coup de boule de hérisson - La Salamandre

Coupe d'un pique de hérisson / © Laurent Willenegger

Chaque poil est creux comme une tige de bambou. La solidité de cette structure légère est renforcée grâce à des cannelures.

Hibou grand-duc / © Christian Fosserat

Deux ennemis

Coup de boule de hérisson - La Salamandre

Blaireau / © Eric Dragesco

Deux animaux nocturnes sont réellement redoutables pour le hérisson: le blaireau et le hibou grand-duc.

Le blaireau est un expert en l’art de glisser ses longues griffes fouisseuses dans le défaut de l’armure de sa victime pour l’ouvrir comme une vulgaire boîte de conserve. Dans certaines régions d’Angleterre, l’omniprésence du beau mustélidé noir et blanc entraîne une forte raréfaction des hérissons.

Ailleurs, c’est le grand-duc au vol silencieux qui peut se spécialiser dans la chasse à cette proie qu’il semble apprécier beaucoup. Au pied des falaises qui abritent une aire de ce rapace rare, on peut paraît-il trouver de nombreuses armures d’épines vides et retroussées.

Dehors : svelte et brillante. Dedans : du fluide vital, une arme chimique et deux estomacs. Découvrez l'anatomie de la fourmi !

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Couverture de La Salamandre n°180

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 180
Juin - Juillet 2007
Article N° complet

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