Leçon N°2 : Oser la différence

Couple d'hippocampes / © George Grall / National Geographic Creative

Mâle ou femelle ? La question serait bien trop simple. Quand la nature pratique sans retenue le mélange des genres.

Avatar de Jean-Philippe Paul
- Mis à jour le
Article d'origine par

«Contre-nature» hurle-t-on parfois dans nos débats de société pour qualifier certaines préférences ou identités sexuelles. Quel déni ! La planète animale est justement un laboratoire d’une rare créativité sur la question du genre.

Tout en un

Femelle ou mâle, la différence paraît terriblement fonctionnelle et mécanique (> encadré). Si l’on creuse un poil, ce monde binaire s’effondre.

La principale brèche est ouverte par les hermaphrodites, un groupe dont l’escargot est le porte-drapeau. Pour lui, la question du genre ne se pose pas. Chacun féconde avec ses spermatozoïdes les ovules de son partenaire ou même les siens. Même double jeu pour les vers de terre. Hermaphrodites simultanés, ils sont nés mâle et femelle et le resteront jusqu’à la mort.

Il y a aussi les indécis du sexe, comme le mérou qui passe de l’un à l’autre. Après avoir été femelle, il devient mâle vers 10 à 15 ans, lorsqu’il est devenu suffisamment imposant pour défendre un territoire. Chez le poisson-clown, c’est l’inverse, on devient femelle en grossissant. Une matriarche corpulente domine sa tribu de mâles et ne se reproduit qu’avec le plus gros d’entre eux. Cette généreuse rondeur féminine permet dans ce cas une plus grande production d’ovules. Ces hermaphrodites dits séquentiels ne changent généralement de sexe qu’une fois dans leur vie. Plus rares sont les alternatifs qui varient les plaisirs plusieurs fois dans leur vie.

Si l’on exclut les insectes pour qui la règle est la séparation des sexes, 30 % des espèces animales seraient hermaphrodites. Ce mode de reproduction concerne un poisson sur dix, la plupart des vers et presque tous les gastéropodes et bryozoaires. Certains chercheurs pensent même que c’était le mode de reproduction originel, la séparation des genres étant apparue ultérieurement dans l’évolution par abandon d’un des deux sexes.

Femelle :

Qui appartient ou qui est propre au sexe produisant des cellules reproductrices peu nombreuses, de grande taille et généralement peu mobiles appelées ovules.

Mâle :

Qui appartient ou qui est propre au sexe produisant des cellules reproductrices petites, nombreuses et généralement mobiles : les spermatozoïdes.

Animal… ni femelle

Parfois, même la signification du genre est confuse. Il existe des animaux dont le sexe génétique n’est pas cohérent avec les critères physiques et fonctionnels. C’est la transsexualité, parfois accidentelle comme chez les saumons vivant dans des eaux polluées par des perturbateurs endocriniens. Les alevins programmés pour être mâles peuvent grandir en ressemblant à des femelles. Souvent, ces accidents produisent des individus stériles.

Il existe aussi une transsexualité naturelle qui s’hérite. Chez les cloportes par exemple, une bactérie infecte les cellules d’individus génétiquement mâles en leur conférant des caractères féminins. Les mâles perturbés pondent alors des œufs donnant uniquement des descendants transsexuels aux traits féminins. Cela explique l’apparente surpopulation de femelles chez ce crustacé terrestre.

Oeufs à papa

On peut aussi être mâle, fier de ses gonades et de leur contenu, tout en portant la responsabilité des embryons. Père protecteur et dévoué, le crapaud alyte porte sur son dos les œufs fécondés quasiment jusqu’à leur éclosion. L’investissement est encore plus spectaculaire chez le papa hippocampe. Même le monde bien rangé des animaux à sexe clairement défini s’autorise parfois de petites excentricités.

Reproduction animale : Leçon N° 2 : Oser la différence - La Salamandre

Couple d'hippocampes / © George Grall / National Geographic Creative

Super-papa

Très bon danseur, mari fidèle et amant élégant, le mâle hippocampe (> ci-contre) est un vrai modèle. Mais sa prouesse ultime est d’assumer lui-même la grossesse et l’accouchement après que la femelle a déposé les œufs dans sa poche ventrale. L’avantage d’un tel partage des tâches ? Madame peut aussitôt produire de nouveaux œufs sans perdre de temps pour
la gestation.

Chaud et froid

Pour les reptiles, c’est la température à un moment clé de l’incubation qui décide du sexe. La fraîcheur fabrique des mâles chez les tortues marines et la chaleur, des femelles. Quant aux œufs des crocodiles et de beaucoup de lézards, l’exposition à des températures extrêmes, élevées ou basses, donne des femelles et les mâles voient le jour sous ambiance tempérée. Sans surprise, le réchauffement climatique commence à perturber le sex-ratio des reptiles.

Tortue luth fraîchement éclose en route pour la mer. / © Meril Dare & Manon Moulis / Biosphoto

Comment devient-on Monsieur ou Madame crépidule, un gastéropode également appelé berlingot de mer ?

A - Ce mollusque est mâle à marée basse puis femelle à marée haute.

B - Les crépidules s’amoncellent les unes sur les autres. Celles qui se retrouvent dessous deviennent automatiquement femelles.

C - Les individus sont femelles durant 30 heures autour de la pleine lune. Le reste du temps, ce sont tous des mâles.

Chargement

B

Un mâle et une femelle ? Le couple traditionnel ne fait pas rêver tous les animaux. Découvrez-en plus dans notre Leçon N°3 : Aimer sans compter.

Les hippocampes ne vivent pas que dans les eaux tropicales. Apprenez-en plus sur les hippocampes méditerranéens avec notre article.

Couverture de La Salamandre n°242

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 242
Octobre - Novembre 2017
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir