Du bois au blé

Dans les champs, le chevreuil peut se nourrir de plantes cultivées comme le colza. / © U. Hilsmann / Sunbird Images

L’expansion récente du chevreuil l’a amené jusque dans les plaines céréalières. Révélations sur une nouvelle vie.

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14 janvier. D’un vol chaloupé, un busard Saint-Martin bat la campagne gelée en quête de campagnols. Le rapace survole un troupeau de chèvres qui broute dans les chaumes orangés… Pardon, ce sont des chevreuils ! Au milieu des cultures ? Coup de jumelles sur leurs miroirs blancs : il y a 17 femelles et 8 mâles. Plutôt étonnant pour un cervidé solitaire dont les groupes familiaux ne dépassent pas quatre à six individus.

Ces chevreuils semblent habitués à la présence du tracteur. / © Alessandro Staehli

Un tracteur passe sur le chemin agricole. Personne ne bouge. Les ongulés y sont habitués. Mais lorsqu’un promeneur et son labrador s’approchent à moins de 70 mètres, 25 chevreuils se lèvent et s’enfuient par de grands bonds. Au lieu de se réfugier dans l’unique bosquet à une centaine de mètres, la harde s’arrête dans un champ labouré. Bizarre pour un mammifère qui dépend des zones boisées ou des haies.

En Pologne et en Hongrie, le chevreuil est sorti du bois il y a plus d’un siècle. En pleine expansion, il a profité des immenses clairières que l’homme avait ouvertes dans les plaines : les champs de céréales. Pour ce faire, il a complètement adapté son comportement et son régime alimentaire. Il a appris en particulier à vivre en grands groupes comme le cerf ou le renne. Depuis quelques dizaines d’années, ce phénomène s’observe aussi dans les campagnes de Picardie et de Champagne, dans la plaine de l‘Orbe ou le Seeland. Non sans conflits. Car en consommant céréales et autres plantes cultivées, ces nouveaux chevreuils grignotent aussi la patience de certains agriculteurs.

Harde de chevreuils / © Alessandro Staehli

Œil à découvert

Dans les zones céréalières ou maraîchères, les hardes de chevreuils fuient le danger en se déplaçant d’un champ à l’autre. Ce n’est plus le couvert mais la vue dégagée qui protège.

Quand le chevreuil passe du bois au blé - La Salamandre harde

Harde de chevreuils / © Alessandro Staehli

Vigilance collective

Solitaire en forêt, le chevreuil forme des hardes dans les cultures. L’approche d’un intrus est ainsi immédiatement repérée. Ces regroupements diminuent aussi la probabilité de se faire capturer par un prédateur.

Assiette campagnarde

Le chevreuil des champs se nourrit de plantes herbacées cultivées : blé, orge, seigle, colza, maïs, betterave ou pomme de terre. Il ne mange plus d’ailleurs que quatre ou cinq fois par jour comme un cerf ou un bison, au lieu de sept à douze fois en forêt.

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Retrouvez tous les articles du dossier : Le chevreuil sort du bois.

Couverture de La Salamandre n°239

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 239
Avril - Mai 2017
Article N° complet

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