A vélo en suivant les hirondelles

Une hirondelle baguée le 11 avril 1965 en Afrique du Sud fut recapturée le 15 mai en Angleterre, après un trajet de 10’900 kilomètres ! / © Jérôme Gremaud

Il en a rêvé pendant des années. Il a finalement enfourché son vélo pour accompagner les oiseaux migrateurs. L’ornithologue et dessinateur Jérôme Gremaud nous propose, condensé en huit étapes, son voyage de huit mois.

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Carnet de route - Tout juste arrivés chez nous en mai, certains oiseaux migrateurs repartent déjà en août. C’est le moment qu’a choisi notre cycliste pour boucler ses bagages.

Gruyères, Suisse

22 août 2005

Rideau de pluie ce matin. Clapotis des gouttes sur le bord de la fenêtre entrouverte. Un pouillot fitis à l’abri derrière les feuilles luisantes d’un saule, le geste lent et le plumage gonflé, est arrivé à la même constatation que moi : mieux vaut repousser encore d’un jour le départ tant attendu. Voilà bientôt une semaine qu’il pleut. Les migrateurs sont cloués au sol.

© Jérôme Gremaud

Un groupe de milans noirs a profité tout à l’heure d’une brève éclaircie pour passer en vol battu au-dessus de la vallée. Une idée fixe en tête : le sud. Un dernier carton. Charger le vélo. Le silence. Demain je pars.

© Jérôme Gremaud
Première étape d'un voyage en suivant les oiseaux migrateurs - La Salamandre dessin oiseau

© Jérôme Gremaud

23 août

Premiers coups de pédale, légers. Le plus simplement du monde. Aussi simplement que d’habitude. Les premiers kilomètres euphoriques, un dernier regard et puis, là, maintenant, commence l’inconnu.

© Jérôme Gremaud

Genève, Suisse

25 août

6 h 30 au bord de la Rade. Le jour se lève sur Genève. Un long trille rythmé retentit au milieu du bourdonnement des voitures. Ce sont deux chevaliers guignettes qui passent au ras de l’eau et disparaissent sans s’arrêter. Deux silhouettes aux ailes arquées, qui troublent à peine la surface du lac, très calme ce matin. Un bécasseau variable les suit. Puis un courlis cendré en compagnie d’une barge rousse. Une vingtaine de guifettes noires, des martinets…

© Jérôme Gremaud

Un peu plus tard, alors que le soleil n’est pas encore levé, un balbuzard apparaît au-dessus des Pâquis. Le rapace pêcheur passe en battant des ailes avec force. Le long des quais, les gens vont à la boulangerie, certains ont enfourché leur vélo ou attendent le tram. Lui, le balbuzard, il migre plein sud. Vers le Sénégal ? Vers la Casamance ?

La suite du carnet de route ici.

Première étape d'un voyage en suivant les oiseaux migrateurs - La Salamandre dessin hirondelle

© Jérôme Gremaud

Les reines du ciel

L’hiver, c’est la mort ! L’hirondelle rustique fait partie des oiseaux qui n’ont pas le choix. Comme le martinet, elle ne sait manger que des insectes en plein vol. D’où son départ courant septembre pour un voyage qui la mène en une semaine sur les rives de la Méditerranée. Avec de la chance, elle peut traverser la mer sans encombre en un seul jour !

Après quelques jours d’escale au Maroc pour reprendre des forces, la boule de plumes d’à peine vingt grammes défie le Sahara. A moins de vents exceptionnellement favorables, il lui faudra cinq à dix jours pour venir à bout du plus grand désert du monde, à raison de 200 kilomètres par jour.

« Nos » hirondelles s’arrêtent généralement en Afrique de l’Ouest, où elles vagabonderont en suivant les pluies jusqu’en février. Quant à leurs cousines du nord de l’Europe, elles poussent jusqu’en Afrique australe.

Le voyage de retour, plus direct, est généralement deux fois plus rapide. Les premiers mâles arrivent chez nous à la mi-mars, juste à temps pour faire le printemps.

Couverture de La Salamandre n°182

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 182
Octobre - Novembre 2007
Article N° complet

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