Juste avant la poudreuse

Pâturage boisé du Jura dans la brume fraîche du matin / © Benoît Renevey

Plongée dans les forêts et les tourbières jurassiennes au seuil de l'hiver.

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Quand la tourbière s'endort...

Sorties de l’ombre, deux chouettes hulottes sont venues me survoler quelques instants alors que je cherchais un lieu où dérouler mon sac de couchage. Fugitives volutes silencieuses, motivées sans doute par ma présence insolite en ces lieux à la tombée de la nuit.
Un moment plus tard, confortablement étendu à la lisière du bois de pins, je contemple la vaste tourbière qui s’endort peu à peu. Au-dessus de moi, les silhouettes des pins se mêlent à celles de plusieurs bouleaux pas encore tout à fait dégarnis. Entre quelques brèves averses de bruine, il me semble presque entendre le silence.
Plus loin commence la forêt, cette immense forêt jurassienne dominée par les épicéas, les sapins blancs et les foyards, dans laquelle les bêtes de la nuit ont sans doute commencé à s’animer. Au loin, un renard glapit, et je me laisse gagner par le sommeil.

Le Jura, un royaume de forêts

La forêt : c’est peut-être bien elle qui caractérise le Jura pour la plupart d’entre nous, et qui, à première vue, peut le faire paraître monotone. La réalité est pourtant différente : vers son extrémité méridionale, on trouve des taillis de buis, de chênes pubescents et d’autres arbustes rabougris poussant sur un sol séchard. Non loin de Genève, dans les lisières du pied du Jura gessien, on admirera quelques châtaigniers monumentaux.
Certaines arêtes boisées hébergent des pins sylvestres ainsi que des ifs et des houx, parfois de grande taille. Erables sycomores, sorbiers des oiseleurs, alisiers se mêlent discrètement à la vaste futaie. Tout en haut, à l’approche des crêtes, poussent des foyards tortueux, très âgés, alors que le sommet le plus élevé de tout le Jura, le Crêt de la Neige, héberge dans ses lapiaz un beau peuplement de pins à crochets.

Un massif précieux et sauvage

Comme une mer, comme un lac, le Jura mérite qu’on lui jette souvent un coup d’œil. Brusquement éclairé par le soleil levant, il semble se réveiller d’un coup au-dessus de la plaine. Dans l’après-midi, un vent d’ouest lui apporte parfois un long rouleau de nuages blancs à fond gris qui vient cacher ses crêtes. D’autres jours, il n’est plus là, complètement effacé par les brumes. La nuit venue, il est entièrement sombre, épargné par les lumières de notre civilisation. J’aime savoir que, si près de nos régions densément peuplées, nous avons ces vastes étendues inhabitées.
Les forêts et les pâturages du Jura attirent des visiteurs toujours plus nombreux. Nous sommes les derniers arrivés. Il nous appartient donc de nous y comporter de manière respectueuse, pour que nous puissions toujours dire qu’il y a dans la nature une place pour l’homme responsable.

Le photographe Benoît Renevey nous invite à travers le très beau livre Jura sensible à explorer aux quatre saisons les immensités du Jura sauvage. Pour suivre les empreintes des chamois dans la neige, pour écouter le pic noir et le chant de la chouette. Et la magie opère au fil de 16 itinérairees décrits par la plume sensible d'Aino Adriaens et Christian Lavorel.

Couverture de La Salamandre n°213

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 213
Décembre 2012 - Janvier 2013
Article N° complet

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