Inclassable  ?

© Karlheinz Baumann

Les scientifiques nous dévoilent aujourd’hui un monde plus varié et plus surprenant que tout ce qu’on pouvait imaginer. Le myxomycète en est le plus spectaculaire exemple.

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Aussi incroyable que cela puisse paraître, les amibes géantes sont bel et bien de ce monde. Elles nous donnent même rendez-vous au jardin ou dans les bois. Mais qui, au milieu des arbres et des oiseaux, ébranle davantage nos certitudes sur le vivant ? Aucun doute : si les myxomycètes n’existaient pas, il faudrait les inventer…

Autrefois tout était simple. Il y avait d’un côté les animaux, qui se déplacent et cassent la croûte, et de l’autre les plantes, qui vivent sur place, bien enracinées, en se dorant au soleil. Tout être vivant devait forcément appartenir à l’une des deux catégories.
Les champignons, les premiers, ont secoué ce modèle. Pas de photosynthèse, donc point de plante. Aucun mouvement, donc point d’animal. Au siècle dernier, les naturalistes embarrassés ont finalement décrété pour eux l’existence d’un troisième règne.

Champignoanimaux ?

Mais où ranger les créatures que nous vous présentons ici ? Certains savants les ont appelées myxomycètes, littéralement « champignons morveux ». D’autres ont préféré le terme de mycétozoaires : les « champignons-animaux ». Cette querelle des noms reflète bien la confusion des esprits. Ces masses gluantes capables de se transformer en pseudo-champignons demeuraient complètement inclassables. Les supporters des deux règnes se sont battus pendant des décennies pour se les attribuer.
Puis les progrès de l’optique ont permis d’en savoir plus sur une multitude d’autres «bestioles » invisibles à l’œil nu. Résultat : beaucoup d’organismes vivants hésitent entre l’animal et le végétal, ou même passent à l’occasion d’un règne à l’autre. Et nos belles certitudes de s’effondrer.

Amibomycètes ?

Prenez l’euglène. Longtemps considérée comme une algue unicellulaire parce qu’elle est de couleur verte, elle exploite l’énergie solaire. Mais que dire de son flagelle, qui lui permet de nager ? De sa capacité à croquer plus petits que soi ? Parfois même, l’euglène se débarrasse de sa chlorophylle, devenant encore un peu plus animale…
En 1969, un consensus s’est dégagé sur l’existence de cinq règnes : animaux, plantes, champignons, protozoaires ou êtres unicellulaires de toutes sortes, et enfin les bactéries, encore plus petites et complètement à part.
C’est dans le grand règne des êtres unicellulaires que l’on range les amibes, et donc nos myxomycètes. Ce ne sont par conséquent ni des animaux, ni des plantes, ni des champignons, mais la manifestation exceptionnelle d’un règne aux représentants habituellement trop petits pour nos yeux.

Protozoaires

Depuis, la génétique moléculaire a encore singulièrement secoué le grand arbre du vivant. Les bactéries ont été scindées en deux ensembles complètement différents. Et surtout, le règne des protozoaires, véritable fourre-tout, a explosé. Il se compose aujourd’hui d’au moins huit grands ensembles aussi éloignés les uns des autres qu’un éléphant l’est d’un géranium. Cette extraordinaire épopée scientifique illustre à quel point la diversité du vivant dépasse nos certitudes.
Une multitude d’êtres presque extraterrestres défient nos schémas traditionnels. Plantes ou animaux ? La question est tout simplement dépassée ! Croyez-moi, si les myxomycètes ont l’avantage d’être visibles à l’œil nu, il faudrait des dizaines de « Salamandres » pour effleurer les modes de vie sidérants des trypanosomes, des ciliés ou des foraminifères. Reproduction, nutrition, survie : la nature, à travers cette multitude d’êtres minuscules, se décline à l’infini…

Grimpons à l’arbre

Voici selon les dernières recherches l’état actuel du grand arbre du vivant.
Premières surprises : sa couronne est nettement plus étendue qu’on ne le croyait. Les règnes traditionnels (animaux, plantes et champignons) n’en représentent qu’une partie étonnamment petite.
Deuxième constat : les plus proches parents des animaux sont les champignons, avec qui nous partageons de nombreuses caractéristiques. Bolets, dromadaires, humains et moisissures, nous sommes de relativement proches cousins. Tout de suite après viennent les myxomycètes qui, comme la plupart des autres amibes, font encore presque partie de notre famille. Les autres branches de l’arbre, les plantes par exemple, sont radicalement plus éloignées de nous.
Les recherches se concentrent aujourd’hui à la racine de cette arborescence, soit sur l’hypothétique ancêtre commun de tous ces organismes et leur relation avec les bactéries et les archaea. La vie est-elle apparue une ou plusieurs fois sur Terre ? A quoi ressemblaient ce ou ces organismes primordiaux ? Questions vertigineuses...

Couverture de La Salamandre n°171

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 171
Décembre 2005 - Janvier 2006
N° complet

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