Murins et rhinos intra-muros

Photomontage combinant le vol d'un murin à oreilles échancrées (à gauche) avec celui d'un murin de Natterer (au centre). / © Deschandol Sabine

Châteaux et églises sont de prestigieux refuges pour les chauves-souris. Comment concilie-t-on patrimoine culturel et naturel dans le sud-ouest de la France ?

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La nature dans les vieux murs ? Une évidence pour les passionnés de chauves-souris. Les milliers d'églises et de châteaux que compte la France abritent autant de sous-sols et de combles obscurs. Les vieux arbres, les pelouses et les petits étangs d'ornement des parcs qui les entourent sont d'excellents terrains de chasse nocturne. Pour autant, ce n'est pas tout à fait le paradis pour les reines de la nuit. Rénovation, entretien et accueil du public peuvent être de réelles menaces si l'on ne prend pas quelques précautions. Et puis, ces animaux souffrent encore de croyances et d’a priori. En région Midi-Pyrénées, le Conservatoire d'espaces naturels (CEN) se mobilise actuellement pour une cohabitation intelligente.

«Depuis 2011, une cinquantaine de monuments historiques ont été visités»

Selon Cathie Boléat, chargée de mission au CEN, «il faut d'abord faire l'inventaire des bâtiments historiques qui sont en travaux ou qui le seront sous peu.» La Direction régionale des affaires culturelles facilite ensuite l'accès des bénévoles désireux de guetter ce qu'il se passe derrière les toiles d'araignées et les reliques. Présence ou absence de chiroptères, configuration des lieux, nature des ouvertures, température et humidité… un véritable diagnostic est posé. Propriétaires ou architectes sont alors informés des aménagements possibles. « Depuis 2011, une cinquantaine de monuments historiques en travaux ont été visités » , d’après l’experte du CEN. La communication est établie entre le monde des vieilles pierres et celui des chiroptères. Patience et détermination permettent à des projets concrets de voir le jour. Petit tour de la région avec trois cas de figure différents.

De tourelles en clochers

Dans la cathédrale de Montauban dans le Tarn-et-Garonne, on n'a trouvé ni chauve-souris ni indice de leur présence passée. Les experts considèrent pourtant que les combles ont un potentiel pour des espèces menacées comme les rhinolophes. Cathie Boléat se réjouit de l’impulsion de madame Vidaillac, ingénieur des Services territoriaux de l’architecture et du patrimoine, qui a permis de créer des ouvertures adaptées dans les combles. « On attend une colonisation par les chauves-souris tout en vérifiant que les pigeons domestiques ne s’installent pas. » En effet, leur présence encombrante dérange les petits mammifères de la nuit.

Château de Castelnau-Bretenoux (Lot) / © Cathie Boléat / CEN MP

Plus au nord, dans le Lot, le château de Castelnau-Bretenoux était occupé jusqu’en 2010 par des murins à oreilles échancrées et des rhinolophes euryales. Une grille leur interdit aujourd’hui le passage. Suite au diagnostic des naturalistes, celle-ci devrait être enlevée pour permettre le retour des anciens occupants.

Dans l'Aveyron, enfin, la chartreuse de Villefranche-de-Rouergue abrite des grands rhinolophes et des murins à oreilles échancrées dans ses bâtiments en cours de réhabilitation. « Notre but principal dans ce cas, c’est le maintien de la colonie actuelle ou l’aménagement d’un autre lieu de gîte favorable » , précise la mammalogiste. Ironie de l'histoire, le petit cloître de cette chartreuse du XVe siècle arbore une chauve-souris qui ne semble pas insensible au lien étroit entre son destin et celui des hommes.

Statue de chauve-souris dans le cloître de la chartreuse de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron). / © Cathie Boléat / CEN MP
Chauves-souris habitantes des vieux murs remplis d'histoire

Petit rhinolophe / © Cathie Boléat / CEN MP

Un casanier suraigu

Le petit rhinolophe établit très souvent ses colonies de mise bas et ses gîtes estivaux en milieu bâti. Combles, greniers et vieilles églises sont très prisés par cette chauve-souris. Au contraire, l’hibernation est généralement souterraine. Cette espèce se distingue par sa toute petite taille. Ses cris d’écholocation émis à très haute fréquence par les narines lui permettent des déplacements étonnamment précis, dans le feuillage par exemple.
Le petit rhinolophe est en fort déclin dans toute l'Europe depuis le milieu du XXe siècle, au point de voir glisser sa limite de répartition de 500 km vers le sud. Il souffre de la restauration inadaptée de bâtiments, de l’urbanisation, des éclairages abusifs et de l'agriculture intensive qui empoisonne et raréfie ses proies. La région Midi-­Pyrénées porte une responsabilité nationale pour ce mammifère. On connaît par exemple une colonie de mise bas de 800 individus dans les Hautes-Pyrénées.

Stop les clichés!

On compte 34 espèces de chiroptères en France. Les chauves-souris ne sont pas des rats volants, elles ne pullent jamais , ne font qu'un seul jeune par an et ne rongent pas les matériaux Elles consomment environ 2000 insectes par nuit en période d’activité. Toutes protégées par la loi , elles ne peuvent être ni touchées ni détruites. On peut les détecter par la présence de déjections, le guano, sortes de petits grains de riz brun noir qui s’effritent facilement, et par de petits cris très aigus. En été on les trouve surtout dans les fissures, en toiture, en façade, dans les combles ou sous les volets. En hiver , certaines habitent les caves, les cheminées et autres sous-sols. En cas de découverte, contactez un spécialiste. dans votre région.

Découvrez d'autres clichés qui collent à la peau des chauves-souris traités avec humour et notre dossier complet.

Pour en savoir plus

Chauves-souris Salamandre 230

Salamandre 230 Ni chauves ni souris

Un dossier complet sur les chauves-souris dans notre Salamandre 230!

Couverture de La Salamandre n°220

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 220
Février - Mars 2014
Article N° complet

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