Un sonar pour voir

L’oreillard roux, reconnaissable à ses grandes oreilles, est capable de réaliser du vol stationnaire. / © Eric Médard (photomontage Jean-Luc Wisard)

Grâce à un système de sonar, elles se repèrent avec une efficacité remarquable dans la nuit profonde. Au royaume des aveugles, les chauves-souris seraient reines. Retour sur une découverte.

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Juillet 1794, sous les voûtes des fortifications de la ville de Genève. Chirurgien, ornithologue et entomologiste, Louis Jurine obture les oreilles d'une chauve-souris avec de l'amidon. Relâché, l'oreillard roux perd tout sens de l'orientation et entre en collision avec le moindre obstacle. Oui, l'expérience de l'évêque italien Spallanzani réalisée un an plus tôt est confirmée. Les chauves-souris voient avec leurs oreilles ! Mais il faudra attendre les années 1950 pour que l'on comprenne que ces animaux écoutent et interprètent l'écho de leur propre voix pour se localiser. Hé oh ! Hé oh ! Qui n'a jamais crié devant une montagne ou une falaise pour entendre le retour de son appel ? Qui n'a jamais ressenti la présence résonnante des murs dans une cathédrale ou un tunnel ? C'est cette sensation que l'ensemble des chauves-souris de nos régions ont développée à l'extrême. Comme un sonar.
L'émetteur du cri ultrasonique n'est autre que la gueule. Les narines aussi chez les oreillards, et même exclusivement chez les rhinolophes. Le récepteur, c'est la paire d'oreilles très sensibles et démesurément grandes. Elles représentent deux cinquièmes de la longueur du corps chez un murin et même la moitié chez le bien nommé oreillard. L'efficacité de l'oreille est vitale pour la chauve-souris. C'est elle qui lit précisément la fréquence, la direction et l'intensité des sons. Elle les amplifie ou les atténue parfois. Au final, le cerveau interprétera l'information pour construire une véritable échographie auditive.

Du silence pour entendre

Cet oreillard roux ne peut pas crier et entendre en même temps. Il doit donc profiter des silences entre ses cris pour écouter et interpréter les échos. Quand il se rapproche d'une proie ou d'un obstacle, il émet des sons de plus en plus courts pour multiplier les fenêtres d'écoute.

Cet oreillard roux ne peut pas crier et entendre en même temps. Il doit profiter des silences entre ses cris pour écouter et interpréter les échos. Quand il se rapproche d'une prise ou d'un obstacle, il émet des sons de plus en plus courtes pour multiplier les fenêtres d'écoute. / © photomontage Jean-Luc Wisard/ photo Eric Médard  

A chacun son oreille

La géométrie du pavillon et de la protubérance appelée
tragus est finement adaptée aux contraintes acoustiques de chaque mode de chasse, type de proie et habitat.

Oreilles des chauves-souris / © Jean Chevallier
Couverture de La Salamandre n°230

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 230
Octobre - Novembre 2015
Article N° complet

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