La cacophonie de la rainette – étape#57

© Jean-Philippe Paul

Signe que les températures nocturnes ont pris un grade, la mitraillette sonore de la rainette retentit de nouveau dans le jardin. Attention les oreilles !

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Alors que je sors sur la terrasse pour observer un papillon de nuit posé sur une vitre du salon, je sursaute au déclenchement des puissants kawakawkawakawak des rainettes vertes. Génial, elles sont revenues ! Ma mare du jardin a à peine un an d'existence et elle fait déjà partie de l'écosystème local de cet amphibien menacé. Je suis heureux et même un peu fier. Bon sang, ça prouve bien qu'on a tous entre les mains la possibilité de faire des petits gestes simples pour la biodiversité ! Il ne reste qu'une poignée d'individus dans la commune et les plus proches de cette espèce sont à plus de 20 kilomètres. Cette population isolée avait bien besoin d'un petit coup de pouce, ou plutôt de pioche. D'autant que la survie et la diversité génétique de cette petite grenouille grimpeuse dépendent d'un riche réseau de points d'eau modestes dépourvus de poissons.

Parmi les raisons de son déclin dramatique en France et en Suisse, les biologistes citent sans surprise la dégradation des habitats par les grandes cultures (de maïs notamment) et les carrières d'alluvions. La pollution par les pesticides n'est pas anodine non plus, cela va de soi. La rainette souffre aussi de l'introduction de prédateurs exotiques comme certains poissons et écrevisses dans les plans d'eau.

Plus insoutenable encore, notre rainette arboricole voit ses mares vitales comblées par des gens qui ne supporteraient plus ses vocalises détonnantes ! Difficile de nier que le chant nuptial de l'animal est assourdissant : 90 décibels à 50 cm, rendez-vous compte ! Difficile de nier également que ses mitrailleuses crépusculaires ne sont pas des plus mélodieuses... Et pourtant, tout est question de point de vue... ou plutôt de point d'écoute. Moi qui peste contre les parapentes à moteur (nouvelle mode qui se répand dans le ciel) et qui savoure chaque jour l'absence de carrefour ou d'aéroport au-delà du jardin, je m'endors avec joie au son tropical de ces précieuses rainettes.

  • cacophonie : du grec kakos (mauvais) et phone (voix)

Le 6 avril 2018 - étape#57

Souvenez-vous, l'été dernier on s'était réjoui d'une naissance chez les rainettes !

Suivez désormais chaque quinzaine ce voyage plein de surprises 100 % nature entre le jardin et le pas de la porte. Chaque fois, c'est une observation véritable, datée, localisée et illustrée dans ce carnet de route.

Retrouvez l'étape#56 L'assiette peut sauver l'alouette!

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