Un petit air d’Afrique

Les racines des aulnes s’ancrent comme des échasses dans l’eau trouble. / © Aino Adriaens

On ne sort pas indemne du Bois de Chênes de Genolier. Car, ici, le temps se noie dans le reflet des arbres sur l’eau rousse et se perd sur les sentes des bêtes noires.

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Je suis déjà venue ici. C’était l’été, il y a au moins sept ans. J’étais en compagnie du cinéaste animalier Samuel Monachon. Une chaleur moite enveloppait les étangs et les marais du Bois de Chênes. Je me souviens comme d’hier de l’odeur profonde qui s’échappait des roseaux et de la tension de nos sens à l’affût des bêtes noires. Samuel connaissait tous les sangliers du coin. Eux devaient connaître sa caméra et la savoir inoffensive. Furtivement, ils se sont montrés avant la nuit tombée. Ce fut pour moi un moment exceptionnel, privilège du Bois de Chênes.

Dès le mois de mars, les mares sont tapissées d’œufs et de têtards de grenouilles rousses. / © Aino Adriaens

Mangrove

Aujourd’hui, il fait très froid. La bise souffle sans pitié mais la magie opère dès l’apparition du lac Vert. Ce n’est là qu’enchevêtrement de troncs couchés et de saules courbés vers la lumière. On se croirait dans une mangrove, la chaleur et l’océan en moins. Entre les racines entremêlées des arbres amphibies, point de crocodile ni de boa constrictor, mais des dizaines de grenouilles rousses qui s’époumonent. Je me concentre sur leurs ronronnements amoureux et parviens presque à oublier les avions de Cointrin tout proche qui défilent au-dessus de la réserve intégrale. Ici le bruit des moteurs n’a pas lieu d’être. Depuis 1961, le lac et les bois environnants évoluent comme bon leur semble, sans bûcherons ni tronçonneuses.

Les scilles et l’ail des ours se plaisent au bord des ruisseaux. / © Aino Adriaens

Ce que disent les sorciers

De grosses têtes de paille se mirent dans l’eau brune. J’imagine dans les touffes de carex un conciliabule de sorciers africains, discutant de la température de l’eau, du grincement des arbres ou du printemps qui arrive. Les tapotements d’un grimpereau sur une écorce me ramènent à la réalité et je poursuis mon chemin entre chênes tortueux, étangs sombres et ruisseaux pressés. Le relief est imprévisible. Je monte, je descends, je tourne. J’hésite et me perds avec délice dans ce mouchoir de poche brodé de scilles, de primevères et d’hépatiques.

Bêtes noires

Promesses de papillons et de belles orchidées, des pelouses séchardes entourent la ferme du Bois de Chênes. Mais l’eau ici n’est jamais loin. Très vite, les prairies cèdent la place aux saules têtards et aux roselières qui oscillent dans le vent. C’est là-bas, j’en suis sûre, que se cachent les sangliers. Ils sortiront à la nuit noire.

Balade au bois de Chênes de Genolier

La ferme du Bois de Chênes date du XVIIe siècle. Elle est occupée par le responsable de la réserve naturelle. / © Aino Adriaens

Paradis en sursis

La Réserve naturelle du Bois de Chênes de Genolier couvre une surface de 120 hectares, dont 38 classés en réserve intégrale. Modelé par la dernière glaciation, son paysage offre une alternance de creux et de bosses, de monts et de vaux. On trouve ici pas moins de huit types de forêt, allant de la chênaie sèche à l’aulnaie noire inondée. Les espèces rares sont nombreuses. Hélas, ce joyau naturel est menacé de toute part par l’urbanisation : extension des constructions autour du site du Bois de Chênes, projets de route et d’exploitation de nappes phréatiques. En 1961, la commune de Genolier, propriétaire du bois, a confié sa gestion à l’Etat de Vaud dans un but de conservation de la nature. En 2011, le statut foncier de la réserve sera revu. Les naturalistes craignent pour son avenir. Par son immense travail de sensibilisation, l’Association pour le Bois de Chênes de Genolier (ABCG) espère peser dans la balance pour préserver ce lieu magique.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

Balade - parcours rouge

Halte de Bassins > bassins> Bois de Chênes > Genolier

Durée: 2 h 30

  • Depuis la halte CFF de Bassins (1), descendre dans la Combe de Begnins et longer le ruisseau jusqu’au carrefour de La Cézille.
  • Rejoindre le sentier pédestre en face (2) puis pénétrer dans la réserve.
  • Tourner à droite après une parcelle privée flanquée d’un cabanon (3).
  • Au bout d’env. 100 m, prendre à droite le chemin qui descend vers les marécages du lac Vert.
  • Poursuivre entre forêt inondée, étangs et prairies jusqu’à la ferme du Bois de Chênes (4).
  • Passé ce bâtiment, tourner à gauche puis à droite et contourner la Baigne-aux-Chevaux et les bois par le sud.
  • Rejoindre la route de Genolier (5), la longer vers le sud puis la traverser pour rejoindre Genolier et sa gare (6).
  • Retour en train ou en bus à Bassins.

Prolongation - parcours orange

Ferme du bois de chênes > La Crosette > Lac Léman , via le sentier des Toblerones

+ 1 h

  • Depuis la ferme (4), rejoindre la Crosette et traverser le ruisseau de la Serine (7).
  • Longer sa rive gauche et rejoindre le lac Léman et Prangins par le sentier des Toblerones (ligne fortifiée de la Promenthouse).

Accès en train, en bus

Train jusqu’à Nyon, puis bus ou train jusqu’à Genolier ou Bassins sur la ligne Nyon/Saint-Cergue. Horaires au +41 (0)900 300 300 ou sur cff.ch

L’idée week-end

Situé à mi-chemin entre le lac Léman et le Jura, le Bois de Chênes et ses environs constituent un point de départ idéal pour de multiples randonnées. Prévoir un jour supplémentaire pour se balader en direction du Jura depuis Bassins ou Saint-Cergue (La Dôle, Parc jurassien vaudois).

Hébergement possible à Bassins ou à Saint-Cergue.

A quelle saison?

Le Bois de Chênes est accessible en toutes saisons. Il faudra attendre juin pour admirer la floraison des pelouses et le ballet des papilllons.

Couverture de La Salamandre n°196

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 196
Février - Mars 2010
Article N° complet

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