Printemps fourmillant

Article extrait du dossier Fourmi land
Chez les fourmis, le sexe est déterminé par la fécondation ou non de l'œuf. Fécondé, il deviendra une reine ou une ouvrière. Non fécondé, il donnera naissance à un mâle. Le destin d'un œuf dépend de l'état du stock de spermatozoïdes emmagasiné et conservé par la reine lors de son seul et unique accouplement. Quand il n'y en a plus, ce sont des mâles qui viennent au monde. / © Dominique Mertens

Après six mois d'un sommeil sans rêves, les premiers rayons redonnent vie à la cité endormie. Aussitôt réveillées, les ouvrières reprennent leurs travaux de fourmis.

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La neige recouvre encore les pâturages boisés. Pourtant, les cités pyramides sont déjà débarrassées de leur coque glacée. Leur orientation générale au sud-est et la teinte foncée du manteau d'aiguilles ont accéléré la fonte. Puis, peu à peu, les rayons de mars font émerger les fourmis de leur sommeil. Les plus âgées ont passé l'hiver au-dessus des reines et de leurs jeunes sœurs. Ce sont elles qui se réveillent les premières.

Sitôt dégourdies, ces sentinelles descendent dans les couches profondes pour secouer l'ensemble de la colonie. Leur présence et l'énergie dégagée par leurs mouvements suffisent à élever la température et à tirer toute la maisonnée de sa torpeur. Le signal du réveil printanier est donné, mais il faudra de deux à quatre semaines pour réveiller toute la ville. Les fourmis sortent alors du nid pour prendre un bain de soleil. La surface du dôme se couvre de milliers d'ouvrières et de reines qui forment une couche épaisse de plusieurs centimètres ! C'est le meilleur moment pour observer les souveraines : elles sont plus grosses que leurs filles et dotées d'un abdomen luisant.

Naissance des princesses

Une fois revigorées par leur passage au solarium, les reines regagnent le nid où les attend une tâche essentielle : donner la vie. Elles pondent des œufs destinés à devenir les futures reines et les futurs mâles de la super-colonie. Ces individus naissent ailés. On les dit « sexués » car, contrairement aux ouvrières stériles, ils sont capables de se reproduire.

Les œufs qui donneront des sexués sont plus gros et dotés de meilleures réserves que ceux qui produiront des ouvrières. Le régime princier servi par des nourrices spécialisées accentuera la différence. Ces nounous d'élite appelées replètes sont de jeunes ouvrières qui se sont gavées à l'automne pour emmagasiner des réserves de graisse et les conserver tout l'hiver dans leurs flancs. Ce sont elles qui nourrissent les premières larves de reines et de mâles par leurs glandes labiales, par une sorte de bouche-à-bouche.

Climatisation à tous les étages

Pendant ce temps, d'autres ouvrières s'occupent de remettre l'immeuble en état. De nouvelles brindilles et aiguilles sont collectées à l'extérieur pour boucher les trous béants causés par les pics. Les prédateurs ne viendront plus s'attaquer au nid au printemps, sous peine de subir des jets d'acide formique. Il faut aussi remettre la clim écologique en marche. Situés dans des forêts clairsemées, les dômes profitent à la fois du soleil et de l'ombre.

Le matin, des orifices sont créés sur la surface du dôme en déplaçant les aiguilles. Cela permet au soleil matinal de chauffer les couches supérieures du nid à une température de 12 à 15°C. En plein après-midi, les ouvertures sont refermées pour éviter la surchauffe. Les ouvrières du service intérieur passent leur temps à déplacer les matériaux du nid comme un grand jeu de mikado. Les œufs et les larves sont déposés dans des espaces dont les aiguilles ont été retirées. Il faudra 45 jours aux ouvrières pour se développer et émerger, 55 jours aux sexués. En été, quand ces derniers seront fin prêts, ils devront quitter la sécurité de la fourmilière pour accomplir la mission de leur vie.

Couverture de La Salamandre n°206

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 206
Octobre - Novembre 2011
Article N° complet

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