Je t’aime à mourir

Article extrait du dossier Fourmi land
L'amour donne des ailes ! Souvent prises pour une espèce à part entière, les fourmis ailées sont en réalité les mâles et les reines des fourmis qui vivent autour de nous. Les voir voler indique qu'ils sont en période de reproduction. / © Dominique Mertens

Les histoires d'amour des fourmis finissent mal. Toujours. Enfin, surtout pour les mâles...

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La chaleur estivale éveille les sens... c'est un euphémisme chez les fourmis des bois ! Entre mi-juin et mi-juillet, le beau temps déclenche une frénésie sexuelle chez les reines et les mâles nés au printemps. La responsabilité qui pèse sur leurs épaules est d'importance. Car les ouvrières ne vivront pas plus de deux hivers. Pour se maintenir, la super-colonie doit donc remplacer ses 200 millions d'individus tous les deux ans ! L'avenir de la cité repose sur les prouesses sexuelles de ses mâles. Incapables de se nourrir seuls et totalement oisifs au sein de la fourmilière, ils n'ont pas droit à l'erreur quand vient l'heure de copuler.

Foire aux célibataires

Aujourd'hui, une journée ensoleillée s'annonce. Les sexués viennent se réchauffer à la surface du dôme. Pressés, les mâles sont les premiers à sortir, entre 11 et 15 h. Quand le mercure atteint 17°C, c'est l'envol. Les femelles se font attendre, il leur faut un degré de plus pour s'élancer à leur tour. Durant une à deux semaines, ils sont des milliers, mâles et femelles, à faire connaissance hors de la forêt, sur une prairie rase. Les femelles se posent sur une feuille et diffusent leur parfum envoûtant. Cette phéromone sexuelle ensorcelle les mâles en goguette qui volent au-dessus des herbes en groupes de 10 à 50 individus.

Le parfum qui rend fou

Une fois posé, c'est chacun pour soi. L'amoureux cherche sa promise à l'odeur, à l'aide de ses antennes. Plus il s'approche d'elle, plus son comportement devient frénétique. Il court en tout sens et ne sait plus où donner des antennes. Finalement, il saisit sa partenaire, s'agrippe et introduit ses pièces copulatoires orange vif à l'extrémité de l'abdomen de sa partenaire. Après une minute d'étreinte, les amants se séparent. S'il en a encore la force, le mâle tentera sa chance avec une autre. A moins que sa compagne ne lui fasse le coup de la mante religieuse et le découpe en deux. De toute façon, ces bêtes de sexe à six pattes mourront dans les deux ou trois jours, de faim ou dans le bec d'une hirondelle.

Petits crimes entre reines

Après l'accouplement, la future reine arrache ses ailes devenues inutiles à l'aide de ses pattes. Inséminée une seule fois, sa spermathèque conservera la semence durant toute sa vie. Deux options, risquées toutes deux, s'offrent maintenant à elle : se faire accepter dans une fourmilière existante ou fonder une nouvelle colonie.

Etonnamment, le retour au bercail est le choix le plus périlleux. Car les phéromones sexuelles et celles utilisées pour donner l'alarme présentent une composition très proche. Alors, quand la reine essaie de rentrer dans une fourmilière de la super-colonie, les ouvrières peuvent la prendre pour une étrangère et l'exécuter immédiatement. Toutefois, s'il reste de jeunes sexués au nid, la confusion des odeurs n'a pas lieu et l'entrée est permise.

L'autre méthode, appelée parasitisme social temporaire, consiste à s'introduire dans un nid de fourmis du genre Serviformica . Celles-ci ressemblent à de petites fourmis des bois qui vivent dans le sol ou sous les pierres. L'intruse tue la reine et donne des contacts antennaires apaisants aux ouvrières pour les amadouer. Elle se frotte aussi au couvain pour prendre son odeur, et éviter de se faire attaquer. Le trône change de souveraine ! Soit la supercherie est découverte et la tricheuse mise à mort, soit la ruse fonctionne et les Serviformica , bernées, s'occuperont de la nouvelle reine et bientôt de son couvain. A la mort des hôtes, il ne reste plus que des ouvrières Formica paralugubris dans le nid, qui prennent en main la vie de la fourmilière. Fourmicity compte désormais une nouvelle famille.

Couverture de La Salamandre n°206

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 206
Octobre - Novembre 2011
Article N° complet

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