Le reflet des Templiers

Il y a encore 100 ans, les tilleuls cordata de cette forêt de feuillus étaient utilisés pour tresser des cordages pour la Marine nationale. / © Danièle Boone

En pleine forêt d’Orient, rendez-vous sur les anciennes terres des Templiers. Au menu : futaies centenaires, étangs médiévaux et trésors d'automne.

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Les premières bourrasques ont jeté les feuilles sur le chemin, fourrure humide et fauve sur laquelle on pose les pieds avec délice. Dans cette région de Champagne-Ardenne, la forêt flamboie des braises de la bruyère, du vert des fougères, du bronze des chênes et du miel blond des tilleuls. Bienvenue à la forêt du Temple ! Un nom qui évoque un passé lointain. Au Moyen Age, elle appartenait aux Templiers, cet ordre religieux et militaire fondé officiellement à Troyes en 1129. Et si la forêt voisine est baptisée d’Orient, c’est pour rappeler que ces moines soldats faisaient le lien entre l’Occident et l’actuel Proche-Orient, organisant et protégeant les convois de pèlerins vers Jérusalem.

© Danièle Boone

Etangs sulfureux

En creusant quelque 300 étangs au milieu de la forêt, le chevaliers chrétiens ont façonné le paysage à jamais, avant que Philippe le Bel ne décapite l'Ordre au XIVe siècle. Il espérait, dit-on, s’emparer de son fabuleux trésor. Mais celui-ci a disparu. Certains prétendent qu’il serait enfoui sous un étang du côté de la Loge-aux-Chèvres...

Vieilles souches de saules abattus dans la forêt d'Orient / © Danièle Boone

Armée de vieilles souches

A l’automne, les lacs sont à marée basse. Dans la brume du petit matin, éclairées par une étrange lumière, les souches d'anciens saules abattus émergent du lac d’Orient comme une armée d’étranges fantômes. Il suffit que le soleil triomphe et l'on découvre le vrai trésor des lieux : les ors des feuillages et cette nature qui s’offre à nous dans son ultime splendeur avant le dépouillement hivernal.

Geai des chênes / © Danièle Boone

Lacs, étangs, forêts se chevauchent avec leur faune spécifique. L’éclair bleu saphir d’un geai traverse le chemin. Un merle farfouine en quête d’invertébrés dans un froissement bruyant de feuilles. Une troupe d’oies cendrées broute au bord du lac du Temple et là-bas, tout au loin, du côté de la presqu’île de Charlieu, se devinent les grues cendrées. On tourne la tête au coup de trompette sonore d’une foulque ; elle disparaît à travers les roseaux qui bordent la queue de retenue de la Fontaine aux oiseaux, une réserve d’eau à niveau constant.

Oies cendrées / © Danièle Boone

Sarcelles d’hiver, fuligules milouins et morillons s’ébattent au milieu des châtaignes d’eau, vestiges des cultures moyenâgeuses qui auréolent encore de pourpre certains étangs. Parfois passe un balbuzard pêcheur ou le majestueux pygargue à queue blanche, autant d'offrandes précieuses de ce temple de la nature. Des minutes magiques dérobées à l’étoffe du temps, à conserver dans son propre coffre à trésors.

Clathre d’Archer, un champignon à l'odeur de viande pourrie / © Danièle Boone

Etoile de terre

Quelle est cette magnifique étoile rouge, posée au pied des feuillus ou d'arbres fraîchement coupés, comme une lointaine cousine marine sur un fond rocheux ? Posez le nez dessus et, si vous en avez l'audace, humez ce délicat fumet de viande pourrie. Pouah ! Les mouches, elles, raffolent du clathre d’Archer, et c'est bien pour cela que ce champignon a choisi la pestilence pour stratagème. En échange de la nourriture fournie, celles-ci jouent les taxis en transportant les spores sur leurs pattes et lui assurent sa dissémination.
Cela fonctionne plutôt bien d'ailleurs. Et pas qu'avec les diptères, puisque cet « alien » mycologue serait tout droit arrivé d’Australie grâce à la laine de moutons importés. Ses spores pourraient avoir débarqué vers 1920 dans les Vosges et dans le Nord. Depuis, le clathre s’est répandu un peu partout à l’est, au nord et dans le centre de la France. Et continue encore aujourd'hui à gagner du terrain.

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

Dans la Forêt du Temple

Sur les terres des moines chevaliers

durée: 2h30

  • Depuis le parking de la route forestière du Temple, prendre à gauche en direction de la Fontaine aux oiseaux.
  • (1) Laisser la route forestière des Ventes Chalettes sur la gauche.
  • (2) Abandonner sur la droite le chemin forestier de l’Amiral.
  • (3) Après avoir longé l’étang de Frouasse, prendre à droite la route de Charlieu.
  • (4) Au stop, tourner à droite sur le chemin du Temple. La route est goudronnée sur 500 mètres. Elle ramène au rond-point du départ.

Au bord des étangs

Une boucle au départ de la Loge-aux-Chèvres

durée: 1h00

  • Prendre sur la droite le chemin à la sortie du hameau en direction de La Villeneuve-au-Chêne.
  • (5) Depuis les étangs, rebroussez chemin et (6) prendre le premier chemin à gauche.
  • (7) Tournez à droite sur la D28, une petite route très peu fréquentée qui ramène à la Loge-aux-Chèvres.

Accès en transports publics

En train jusqu’à Troyes, où l’on peut louer un vélo. Depuis là, 27 km jusqu’à la Maison du Parc entièrement sur pistes cyclables. Autre possibilité : train régional (qui accepte les bicyclettes) de Troyes jusqu’à Vendreuvre-sur-Barse (8 km).

Renseignements : sncf.fr ou +33 (0)8 36 35 35 35.

Hébergement et tuyaux gourmands

Office de Tourisme des grands lacs de la forêt d’Orient, +33 (0)3 25 43 38 88

La Bulle de Vert, gîte d’étape très agréable à la Loge-aux-Chèvres. Délicieux repas bio proposé sur réservation. Nombreux parcours de randonnées au départ du village. +33 (0)3 25 41 35 92

Le Marinka, à Mesnil-Saint-Père. Bonne cuisine sans chichi à déguster face au lac d’Orient. On peut aussi simplement y prendre un verre pour profiter de la vue.
+33 (0)3 25 41 28 11

Le vieux pressoir, dans le vieux village de Mesnil-Saint-Père. Gastronomique, un peu cher mais sacrément bon ! +33 (0)3 25 41 27 16

Les règles d’or

  • Attention aux tiques, fréquentes en forêt encore à cette saison. Bien s’examiner le soir au retour de l'excursion.
  • Ne cueillez les champignons que si vous êtes sûr de les reconnaître et de pouvoir les cuisiner le soir même. Sinon, contentez-vous de les admirer.
  • Rester sur les chemins. Ils ont été conçus pour observer sans déranger.

Eclairage par Thierry Tournebize

Thierry Tournebize

Thierry Tournebize, directeur adjoint du Parc naturel régional de la Forêt d’Orient et conservateur de la Réserve nationale, a découvert la grande forêt de feuillus à son arrivée en 1997. Ce Vendéen titulaire d’un DEA d’éco-éthologie s’est laissé ensorceler. L’émerveillement intact de ce passionné de terrain est communicatif.

A) Observatoire écologique « Situé en bordure du lac du Temple, à dix mètres de la Réserve nationale, il a été construit par un artisan fustier du coin, tout en rondins de sapins de Douglas locaux débardés avec des chevaux de trait. Une réussite écologique et un super poste d’observation qui se déguste après une petite demi-heure de marche. »

B) Le coteau de Dosches « C’est un site de lecture de paysage idéal, le point de passage entre champagne humide et champagne crayeuse. Le village de Dosches, niché au creux du coteau, a beaucoup de charme avec ses maisons à pan sde bois et son moulin à vent traditionnel. On y fabrique de la farine bio. De la colline qui le domine, la vue sur la forêt et les lacs est superbe. »

C) Pelouse d'orchidées « Située sur les coteaux de la vallée de l’Aube, cette grande pelouse sèche est très dépaysante. Environ 150 espèces de plantes, dont une dizaine d’orchidées, y ont été répertoriées. Il s'agit de l’ancienne pâture communale de Brienne-la-Vieille. Jusqu’au début du XXe siècle, le pâtre emmenait les guerlettes (brebis) au plou (pré-pelouse). »

D) La Loge-aux-Chèvres « Le nom de ce petit village de 80 habitants, plein de charme, n’a rien à voir avec les caprins. La chèvre, c’était le trépied des bûcherons. Au XIIe siècle, la clairière a été conquise sur la forêt d’Orient, alors possession des Templiers. C’est toujours une prairie pâturée. La pie-grièche grise hiverne et le chat sauvage rôde à cet endroit. »

Couverture de La Salamandre n°206

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 206
Octobre - Novembre 2011
Article N° complet

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