Les fourmiliers

Article extrait du dossier L'appel des pics
Le pic vert déploie sa longue langue pour attraper les fourmis. / © Laurent Willenegger

A mille lieues des pics qui se nourrissent dans les arbres, voici trois terriens qui parcourent et creusent le sol à la recherche de fourmis.

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Pic vert

Sonore et coloré, voici pour commencer le plus célèbre des pics : le pic vert. N’allez pas chercher ce bel oiseau vert, jaune et rouge au plus profond des bois. Bien qu’il passe une partie de sa vie sur les troncs, le pic vert se nourrit dans l’herbe. Il s’y déplace par bonds et fouille la terre à la recherche de ses proies presque exclusives : les fourmis. Sa langue interminable peut être projetée jusqu’à 10 centimètres au-delà de la pointe du bec ! Cet organe préhensile, circulaire et gluant, s’insinue dans toutes les failles du sol, y compris les galeries de ses insectes préférés.

Autrefois, le pic vert magnifique fréquentait surtout les forêts riveraines. Avec leur raréfaction, il s’est rabattu sur les vergers et les bocages. Il aime ces paysages traditionnels, hélas à leur tour de plus en plus rares, où arbres et milieux ouverts sont étroitement imbriqués. Son éclat de rire joyeux y proclame le retour du printemps.
En hiver, pas galants pour un sou, les piverts mâles accaparent les meilleures ressources. Pour survivre, les femelles doivent par conséquent couvrir de plus grands territoires. On les dit monogames pour la vie. Cas unique dans la famille, ces terriens vont jusqu’à s’accoupler imprudemment sur le sol. Mais pour leur nid, ils creusent tout de même une cavité dans un bois tendre ou pourri. Sédentaires invétérés, ultra-spécialisés dans leur alimentation, ces oiseaux craignent comme la peste la neige. Un hiver rigoureux peut faire trépasser un tiers des effectifs.

Dessin de torcol fourmilier

Torcol fourmilier / © Laurent Willenegger

Torcol

Un pic avez-vous dit ? Le voici, ce drôle d’oiseau, perché sur une branche comme un merle, incapable de creuser le moindre trou, bec faible, queue molle et migrateur qui plus est ! En plus, l’étrange créature est capable de contorsionner sa tête dans tous les sens. Son allure évoque plus un reptile qu’un oiseau.

Et pourtant, le torcol fourmilier est un pic qui ne creuse pas. Qui chasse au sol. Qui, incapable de trouver des proies en hiver, fuit chaque année jusqu’en Afrique. Peut-être l’ancêtre de tous les pics lui ressemblait-il, se déplaçant à terre en sautillant, avant d’apprendre peu à peu à grimper aux troncs et à fracasser leurs écorces.

Pic paradoxal, fourmilier hors pair, le torcol présente un plumage remarquable. De loin, on le dirait terne. De près, c’est une extraordinaire marqueterie gris, noir, roux et blanc qui couvre son corps comme le manteau d’un hibou. Dès son retour en avril, son chant nasillard anime les vergers à haute tige, les haies et les bosquets… Ou plutôt animait. Car le torcol, comme la huppe ou d’autres espèces insectivores, est devenu une rareté. Nos paysages banalisés n’offrent plus assez de cavités et d’insectes pour loger et nourrir ces oiseaux spectaculaires.

Dessin de pic cendré

Pic cendré / © Laurent Willenegger

Pic cendré

De loin, on dirait un pic vert. Même allure, même teinte générale verte. Mais voilà que retentit en lisière une quinzaine de notes descendantes, ralenties sur la fin. Cette flûte n’appartient qu’au pic cendré. Si le timbre de son instrument nous paraît si triste, c’est qu’il signale bel et bien un oiseau menacé par un rapide déclin.

De près, aucune confusion n’est possible. Un peu plus petit, le pic cendré se distingue du pic vert par sa face grise rehaussée de fines moustaches noires. Lui aussi friand de fourmis, il est moins exclusif que son proche cousin. D’ailleurs, sa langue est plus courte. Son menu comporte de nombreux autres insectes, mouches, grillons, chenilles, mais aussi des baies et des fruits. Un peu plus forestier, il recherche à la fois de vieux feuillus vermoulus et des prairies riches en fourmis.

Face à la neige, le pic cendré s’en sort mieux que son cousin. Il agrandit son territoire en exploitant le bois mort. Si cela ne suffit pas, les mâles n’hésitent pas à expulser les femelles. Ombrageux entre eux, les pics le sont également d’une espèce à l’autre. Alors qu’une succession d’hivers rigoureux favorisera le pic cendré, des conditions plus clémentes peuvent suffire au vigoureux pic vert pour lui prendre la place. Le réchauffement du climat ne fait pas que des heureux, même si d’autres causes expliquent certainement la récente disparition de cet oiseau de tout l’ouest de la Suisse romande de même que de la Bretagne, d’une grande partie de l’ouest de la France ou de la Savoie.

Couverture de La Salamandre n°191

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 191
Avril - Mai 2009
Article N° complet

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