Paris sauvage

Deux jeunes faucons crécerelles au château de Vincennes. / © Laurent Geslin

Quand mégapole rime avec bestioles, c'est un Paris à mille lieues des clichés touristiques qui se dévoile. Une randonnée urbaine et atypique.

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Visiter la capitale en hiver, les jumelles autour du cou, une idée pas si saugrenue. Les passants vous jettent des regards interloqués ? Ils ne savent pas que leur ville abrite une faune insoupçonnée. Quelques lapins et fouines investissent le gazon et les trottoirs tandis que les pipistrelles trouvent refuge sous les tunnels. Mais ce sont surtout les oiseaux qui apprécient la vie en ville et virevoltent des buissons taillés aux murs de béton.

Lapin de Garenne en plein Paris, non loin de l'Arc de Triomphe / © Laurent Geslin

Notre-Dame des faucons

Début du safari urbain à la cathédrale Notre-Dame. Le monument le plus visité de Paris accueille chaque année quatre ou cinq couples de faucons crécerelles. En observant la façade depuis le square Jean XXIII, on découvre des cavités cubiques blanchies par des fientes. Ces trous de boulin servaient au Moyen Age à fixer les échafaudages. En mars, les rapaces y aménagent un nid pour cacher leurs œufs des rumeurs de la ville. Les yeux dans les arbres, c'est le geai des chênes qui traverse le square avec force cris rauques. Il paraît qu'à deux pas de Beaubourg, il a logé son nid dans le tilleul d'une cour d'immeuble.

Goélands haussmanniens

Au Jardin des Tuileries, les corneilles noires arpentent les pelouses en bombant la poitrine. On pourrait croire qu'elles ont toujours été parisiennes. Et pourtant, leur urbanisation est récente, elles se sont reproduites pour la première fois dans la capitale dans les années 1970. Même histoire pour les goélands argentés, adeptes des toits haussmanniens. C'est seulement en 1990 qu'ils ont commencé à nicher au Jardin des Plantes.

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Moineau occupant un nid d'hirondelle de fenêtre dissimilé sous l'Arc de Triomphe du Carrousel / © Fleur Daugey

Même les sculptures napoléoniennes attirent les futurs parents. A l'image de ces nids d'hirondelles de fenêtre dissimulés sous l'Arc de Triomphe du Carrousel. L'un des bas-reliefs féminins en porte un, lové contre sa nuque. Pour l'instant, le vieux logis est occupé par un moineau braillard, que les hirondelles tenteront de chasser à leur retour au printemps.

Flâner le long de la Seine réserve aussi des rencontres inattendues. Sur l'allée aux Cygnes, c'est le turquoise du martin-pêcheur et le jaune citron de la bergeronnette des ruisseaux qui filent subrepticement devant les yeux. On oublie alors le bruit et les pots d'échappement : elle n'est plus si grise, la grande ville.

Paris sauvage

Un pigeon colombin (à gauche) et un pigeon ramier (à droite) perchés sur des pots de cheminée. / © Jean-François Magne

L'autre pigeon

D'ordinaire forestier, le pigeon colombin apprécie les toits des bâtiments parisiens et les hautes branches des platanes. Les cavités de ces arbres massifs offrent des cachettes idéales pour élever les petits, même au bord des routes embouteillées.
Pour avoir une chance de l'observer, inutile de le chercher à terre au milieu des pigeons domestiques. Eux battent le pavé, tandis que les colombins se perchent très haut, sur les toits et les cheminées, en compagnie du pigeon ramier. Le colombin à l'œil noir est plus petit que le ramier à l'iris jaune. Ce dernier arbore une poitrine plus rose et possède une tache blanche sur le côté du cou.
Le jardin du Luxembourg abrite une densité remarquable de colombins. Ils ont également colonisé Lyon, mais sont rares à Lille, Strasbourg ou Toulouse. Et complètement absents de Marseille ou Montpellier.

Itinéraire

Vous pouvez accéder à la carte détaillée de la balade dans le PDF en bas de page.

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Square Jean XXIII > allée des cygnes

Durée: 3h30

  • Depuis le M° Cité, se diriger vers le square Jean XXIII situé à l'arrière de la cathédrale Notre-Dame (1).
  • Rejoindre l'esplanade à l'avant du monument et prendre la rue de la Cité sur la droite (2), traverser la Seine sur le pont Notre-Dame puis longer le fleuve jusqu'au pont du Carrousel.
  • Prendre à droite en direction du Louvre et passer sous l'Arc de Triomphe du Carrousel (3).
  • Traverser le Jardin des Tuileries. A la sortie, gagner le bord de la Seine sur la gauche (4) et poursuivre jusqu'au pont d'Iéna (5).
  • L'enjamber pour rejoindre les étangs de la Tour Eiffel (6).
  • Retraverser le pont puis suivre la Seine jusqu'au pont de Bir-Hakeim (7).
  • Franchir ce pont jusqu'à mi-distance et s'engager sur l'allée des Cygnes par un escalier (8).

Buttes-Chaumont

Durée:1h30

  • Depuis le M° Buttes-Chaumont, entrer dans le parc par la porte Fessart (1).
  • Au premier croisement, prendre l'avenue Jacques de Liniers sur la droite, puis, au carrefour de la Colonne (2), suivre la direction du pont des Suicidés qui mène sur l'île au centre de l'étang.
  • Suivre le chemin jusqu'au temple de Vesta (3) et ressortir au Pavillon du lac (4).
  • A gauche, emprunter l'avenue Alphand jusqu'à la sortie porte Secrétan (5).

Accès en train

Horaires et réservations : voyages-sncf.com

Transports publics (bus, métro et tram) : ratp.fr

Hébergement

France Lodge propose des appartements et deux formules de chambres d'hôte. Les hébergements sont de bonne qualité, à prix doux. Une bonne occasion de rencontrer des Parisiens. Des logements certifiés écoresponsables sont même disponibles mais très demandés.

Restauration BIO

Tugalik, 4, rue Toullier, M° Cluny - La Sorbonne, +33(0) 1 43 54 41 49, à proximité du départ de la première balade.

Eda, 62, rue des Entrepreneurs, M° Charles Michels, +33(0) 1 78 11 12 64, à proximité de l'arrivée de la première balade.

Le Mercato, 36, rue Vivienne, M° Bourse, +33(0) 1 40 26 66 66. Cuisine italienne.

Bergeronnette des ruisseaux à côté d'une canette / © Laurent Geslin

Tuyaux gourmands

Toraya, 10, rue St-Florentin, 75001 Paris, M° Concorde, +33(0) 1 42 60 13 00. Salon de thé japonais situé non loin de la place de la Concorde.

Les Cinq Saveurs d'Anada Délicieux restaurant bio et végétarien. Une carte variée, des produits sains et des saveurs à découvrir. +33(0) 1 43 29 58 54, M° Cardinal Lemoine.

Astuce

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Eclairage par Frédéric Malher

Paris sauvage

Frédéric Malher

Frédéric Malher est professeur de Sciences de la vie et de la terre dans un collège du Blanc-Mesnil (93). Initié à l'ornithologie dès l'enfance par un grand-père naturaliste, il a découvert une passion qui ne l'a plus quitté. Le vice-président du Centre Ornithologique Ile-de-France (CORIF), fou d'écologie urbaine, nous dévoile ses coins favoris.

A) Le parc des Buttes-Chaumont « Ce parc typiquement haussmannien abrite de nombreux oiseaux forestiers. En hiver, on peut y observer le tarin des aulnes et le grosbec casse-noyaux. Lors des migrations, l'alouette des champs et le pipit farlouse s'y arrêtent. Le pic mar y a même fait deux apparitions récemment.» M° Buttes-Chaumont

B) Le parc Montsouris « Situé au sud de Paris, le parc Montsouris accueille des fouines, observées de nuit dans les rues avoisinantes. Dès février, la perruche à collier, échappée de captivité, y construit son nid. L'épervier d’Europe l'imite plus tard dans la saison, de mai à juillet. » M° Porte d'Orléans

C) Le Père-Lachaise « Le célèbre cimetière donne le gîte à la chouette hulotte, qui s'est déjà reproduite à cet endroit. Le Père Lachaise est aussi un haut lieu de migration de passage, notamment pour le gobemouche noir en août-septembre. » M° Père-Lachaise

D) Le lac des Minimes du bois de Vincennes « Les oiseaux d'eau sont à l'honneur sur le lac des Minimes du bois de Vincennes. Fuligules milouins, grèbes huppés et grands cormorans profitent de cette pièce d'eau providentielle. La forêt recèle aussi de nombreux trésors, la présence du pic noir notamment .» M° Porte Dorée

Couverture de La Salamandre n°202

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 202
Février - Mars 2011
Article N° complet

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