Dur, dur d’être un oisillon

Article extrait du dossier Mésange mi-démon
Poussin de mésange charbonnière fraîchement sorti de sa coquille. / © Denis Clavreul

Le monde appartient à ceux qui nichent tôt. Quand le rougegorge hésite encore à démarrer la construction de son nid, celui des mésanges charbonnières est déjà plein à craquer.

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Il n’y a pas une seconde à perdre. Les bourgeons pointent à peine mais les éclosions sont imminentes. En cette saison précoce, une seule journée de neige peut compromettre toute la couvée. Pourtant, audacieuse, la mésange tente sa chance. Car les petits qui naissent le plus tôt sont ceux qui survivent le mieux par la suite. La femelle s’active seule à la construction du nid. Elle prépare un tapis de mousse au fond du trou d’arbre ou du nichoir. Puis confectionne une coupe de plumes, duvets et poils d’animaux.
Ce nid accueillera 6 à 15 œufs. Tant que tous ne sont pas pondus, l’oiselle recouvre les premiers avec de la mousse. Une fois la ponte terminée, elle se met à couver, ravitaillée par le mâle. Jour après jour, il dépose des proies dans son bec comme il le fera avec les petits. La femelle ne quitte le nid que quelques minutes quotidiennement pour se dégourdir les ailes. Patience : les nouveau-nés montreront bientôt le bout de leur bec.

Moi d’abord !

Après deux semaines de couvaison, les coquilles craquent les unes après les autres et délivrent des oisillons nus et aveugles. Deux jours après la naissance, les plumes ont déjà commencé à pousser. A cinq jours, les petits ouvrent les yeux. Dix à treize jours plus tard, ils seront fin prêts à quitter le nid. Mais avant de s’envoler vers l’inconnu, il faut jouer des coudes. Car ce sont les plus gros qui auront le plus de chances de survie une fois à l’extérieur.

« Au-delà de la grâce des postures lors de l’échange de proie, j’ai remarqué avec quelle discrétion le mâle s’approche du nichoir au travers des buissons situés autour du nid. » / © Denis Clavreul

Les deux parents nourrissent leur nichée du lever au coucher du soleil. Quand ils apportent des proies, ils se postent souvent à la même place dans le nid. Alors les oisillons se chamaillent sans cesse pour être au bon endroit au bon moment et recevoir leur chenille en premier. Les plus costauds prennent souvent le dessus. Mais pas toujours... Sombre, agité et chaud : bienvenue au nid. Les becs jaunes revendiquent leur pitance à grands cris. Leurs plumes n’ont pas encore poussé mais leur caractère de charbonnière est déjà bien trempé. Ici bouillonne l’alchimie qui prépare le grand saut. Entre la patience d’une mère et la fureur de vivre de ses petits.

Mésange charbonnière en train de couver ses oeufs. / © Denis Clavreul

Pourquoi pas des œufs blancs ?

La mésange charbonnière pond des œufs blancs mouchetés de brun-roux. Or, en général, les œufs des oiseaux cavernicoles sont blancs. A l’abri, ils n’ont pas besoin d’une tenue de camouflage. Ce sont plutôt les oiseaux qui nichent dans les branches ou dans les buissons qui pondent des œufs tachetés, moins visibles aux yeux des prédateurs. On connaît peu les lointains ancêtres des passereaux car il est rare que leurs petits os se fossilisent. Mais on peut imaginer que les mésanges ancestrales pondaient à l’air libre des œufs tachetés et que cette particularité a subsisté au cours du temps.

Naissances chez les mésanges, déjà !

Petite tête de mésange charbonnière émergeant d'un nichoir. / © Denis Clavreul

Boîte ou brique ?

Les mésanges charbonnières font couramment leur nid dans les nichoirs de nos jardins et dans les trous des arbres. Mais toutes sortes de cavités peuvent faire l’affaire. Il arrive parfois qu’une boîte aux lettres, une brique creuse ou un tuyau accueillent une nichée. Plus curieux encore : en Ecosse, un visiteur d’une réserve naturelle a un jour alerté la direction lorsqu’il a vu une mésange sortir d’une poubelle à mégots. La boîte, interdite aux cigarettes, est devenue une attraction locale.

Couverture de La Salamandre n°196

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 196
Février - Mars 2010
Article N° complet

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