Le sureau, ils adorent !

Article extrait du dossier Les pouvoirs du sureau
Ombelle de fleurs de sureau / © Laurent Willenegger

Certaines sont faciles à voir, d’autres d’une infinie discrétion. Voici quelques petites bêtes résistantes au poison qui dévorent l’arbre imprégné de sambunigrine. A vos loupes et… lampes de poche !

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Les tiges qui portent les ombelles sont souvent recouvertes d’un manchon de pucerons. Ils sont bien différents de leurs cousins verts qui déforment les rosiers ou des cendrés cachés dans les feuilles de chou. Ces pucerons noirs rayés de blanc sont typiques du sureau. Ils ont passé l’hiver dans un œuf posé sur ses racines et prolifèrent maintenant sur ses tiges.

Colonie de pucerons sur une tige de sureau / © Laurent Willenegger

A ce stade, on devrait plutôt parler au féminin : ces légions grouillantes et collantes sont des puceronnes qui se reproduisent par parthénogénèse, c’est-à-dire sans l’intervention d’un mâle. Quand tout va bien, l’insecte devient adulte en 7 jours et engendre quotidiennement 5 filles durant un mois. Pas de temps à perdre ! Alors qu’elle n’est encore qu’un embryon dans le ventre de sa mère, la puceronne en devenir conçoit déjà des descendantes dans son abdomen !

La colonie, dès lors, se surpeuple. On voit naître des femelles pourvues d’ailes qui prennent le large pour fonder des colonies sur diverses plantes herbacées. L’automne, une seconde génération ailée retourne au sureau pour donner enfin naissance à des mâles et des femelles. Et là, les pucerons s’unissent, pour la seule et unique fois de leur cycle, avec un partenaire de sexe opposé. Puis les femelles fécondées déposent des œufs au pied de l’arbre.
Agglutinés sur les tiges, les insectes mous et collants sucent donc en masse la sève de l’arbuste. La sambunigrine ne leur pose aucun problème digestif. Au contraire, ils ont réussi à tirer profit de ce poison : ils l’emmagasinent et deviennent à leur tour toxiques pour leurs ennemis. La coccinelle à 7 points les digère très mal. Sa cousine à 2 points est en revanche plus résistante. Sur elle non plus, la substance toxique n’a pas d’effet.

Chenille brindille

Phalène du sureau / © Laurent Willenegger

Papillon et chenille de la phalène du sureau s’activent la nuit tombée. Pour surprendre la seconde en plein délit de gourmandise sur les feuilles, mieux vaut avoir les yeux en face des trous. La larve a exactement les mêmes couleurs qu’une brindille de l’arbuste. En plein jour, elle se raidit et reste immobile, invisible pour les prédateurs. Multipliez vos chances en visitant les aubépines, les lierres et les troènes. La chenille s’y nourrit également. En juin, de la nymphose éclora un joli papillon blanc crème (ci-dessus).

Mauvais thrips

Thrips / © Laurent Willenegger

De votre côté, peut-être avez-vous déjà fait la grimace en constatant que de minuscules bestioles noires flottaient dans votre verre de sirop de sureau. Vous pourrez dès aujourd’hui les nommer : ce sont les thrips du sureau. Ces insectes de 1 à 2 mm déchiquettent les cellules végétales pour se nourrir de leur contenu. Par temps orageux, ils activent tous ensemble leurs ailes plumeuses et forment des nuages noirs qui s’envolent des fleurs.

Qui a cassé les fleurs ?

Des ombelles pendouillent dans le sureau. Sectionnées à la base, elles ont perdu leur panache et se fanent. Qui donc a bien pu commettre cet acte ? Un insecte ? Peu probable. Un oiseau ? Encore moins. C’est le muscardin, rongeur rouquin qui se nourrit volontiers de fleurs. Perché au milieu de ces boules généreuses, le gourmand a eu les yeux plus gros que le ventre. On l’imagine, tenant dans ses pattes une grappe blanche, y plonger le museau comme dans une barbe à papa.
Si vous avez observé des fleurs coupées de la sorte, revenez la nuit avec une lampe de poche recouverte d’un filtre ou d’un plastique rouge. Et patience ! Car le muscardin n’aime pas la lumière, et encore moins le bruit.

Muscardin face à une appétissante fleur de sureau. / © Laurent Willenegger
Couverture de La Salamandre n°193

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 193
Août - Septembre 2009
Article N° complet

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