Lacs d’Ayous, sur les traces de Néré

Au cœur du Parc national des Pyrénées, le lac Gentau est un miroir pour le Pic du Midi d'Ossau. / © Jack Brauer

Au bout de la haute vallée d’Ossau, les lacs d’Ayous dévoilent une nature au zénith. Arpentons le pays des derniers ours.

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Le flot estival des randonneurs laisse peu à peu place à une montagne sauvage. Les cloches du bétail se taisent. Les pentes se défleurissent au son des criquets les moins frileux. Le soleil est de moins en moins autorisé à pénétrer la vallée. Peu importe, là où nous allons, les trésors vivent hors saison.

Lacs d’Ayous : Au royaume d’un ours

L’odeur de résine sur le sentier forestier est remarquable. Nous pénétrons le domaine d’un être respectable. Néré, l’un des deux derniers ours des Pyrénées occidentales, arpente les sous-bois de cette vallée. Le moussu, ou pedescaou – va-nu-pieds en béarnais – n’est plus le bienvenu parmi les hommes. Il erre en quête d’un destin possible. Il côtoie le noble grand tétras, la chouette de Tengmalm et le pic à dos blanc.
Un peu plus haut, en sortant de la forêt, les yeux se lèvent presque naturellement vers le ciel. Le Pic du Midi d’Ossau, emblème du Béarn, alimente mythes et légendes du haut de ses 2884 mètres. Les deux dents du vieux volcan isolé représenteraient deux frères bergers, Jean et Pierre, pétrifiés à tout jamais par une sorcière. Le refuge n’est plus très loin, mais il faut encore enjamber un ruisseau, contourner une clairière, traverser les pelouses couvertes de tiges sèches d’iris des Pyrénées et de lis martagon pour longer enfin le premier des six lacs d’Ayous. La cabane domine le lac Gentau. A l’ouest, les falaises de grès rouge du Pic d’Ayous répondent au rose du ciel crépusculaire. Bientôt les cimes s’illumineront de milliers d’étoiles dont seuls les ciels purs ont le secret.

Aux portes de l’Espagne

Le lendemain, un rougequeue noir s’improvise réveil matin et les premières marmottes sonnent le rappel. La fraîcheur matinale raconte que l’été n’est plus, mais le ciel annonce une journée rayonnante. Les lacs d’Ayous sont le domaine des truites et des pêcheurs. L’empoissonnement de ces lacs de montagne remonte au XIXe siècle. Une dernière marche révèle le lac Bersau, perché quelques dizaines de mètres plus haut. Arrivé au col, on distingue les sommets espagnols tout proches. Il faut à présent basculer sur le lac Castérau. Un traquet motteux s’échappe devant les pas. Peut-être un migrateur. Le tichodrome, lui, est bien autochtone. Le sentier évolue en parallèle des méandres du Gave de Bious. Puis le ruisseau devient canyon et l’eau turquoise bouillonne dans de profonds chaudrons. Le cincle file à toute allure en suivant le courant. Le desman, ce curieux mammifère aquatique, habite-t-il jusque-là ?
En redescendant, dernier regard vers l’Ossau, un groupe d’isards se détache sur la crête. Comme un au revoir.

Eclairage par Christophe André

Lacs d’Ayous, au pays des ours

Christophe André

Christophe André

garde moniteur

  • 1970 Naissance à Saint-Renan (Finistère)
  • 1999 Agent à l'Office National des Forêts en vallée d'Aspe, dans les Pyrénées
  • 2006 Agent technique à l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage à Privas en Ardèche
  • 2009 Garde moniteur au Parc national des Pyrénées

« Pour être garde de Parc National, il faut être à l’écoute et avoir la curiosité de tout » , résume Christophe André. Suivre ce naturaliste passionné dans son royaume n’est pas chose facile. La montagne, il la côtoie toute l’année, dans toutes les conditions.
« Aujourd’hui nous allons chercher des traces de desman des Pyrénées », confie-t-il en sortant de son sac tout le matériel. Le petit mammifère aquatique et endémique est si discret qu’on ne sait pas combien il en vit dans la vallée, ni ce qu’ils deviennent quand tout est gelé. Traces et crottes dévoilent de précieux renseignements pour mieux connaître sa répartition.
Le desman des Pyrénées n’est pas le seul habitant remarquable des lieux.
« Imaginez qu’ici la loutre avoisine des terriers de marmottes ! » s’exclame le garde.
Un groupe de randonneurs l'interpelle.
« On a vu des traces d’ours ! » Le sang de Christophe André ne fait qu’un tour. Après quelques précisions, ce témoignage semble crédible. Il le conduit sur d’autres sentiers. Il doit alors redescendre le vallon avant de remonter sur une sente forestière escarpée. La moindre plaque de boue est inspectée et les arbres sont scrutés à la recherche de poils.
« C’est Néré ! »
s’exclame avec joie l’agent du parc en découvrant quelques empreintes dans l'argile.
Cet ours est presque seul dans l’ouest du massif. Le garde se met à genoux et détaille les traces. « Il est passé récemment et il a glissé. » Cinq pas de celui qui donne à la vallée son caractère magique, sauvage et authentique. Après une photo, il les efface dans l'espoir de voir s'il repassera plus tard.

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

distance: 15,7 km
dénivelé: 790 m durée: 6h3

Sur deux jours (avec nuit en refuge ou sous tente) pour ceux qui veulent prendre le temps ou sur un jour pour les plus sportifs.

Jour 1

  • Départ station Bious-Oumettes (1), suivre la route jusqu’au barrage de Bious-Artigues.
  • (2) Parking du barrage, suivre la piste sur 2 km jusqu’à une barrière située vers un petit pont.
  • (3) Ne pas passer le pont, tourner à droite en suivant le GR 10 (balisé rouge et blanc) en forêt.
  • (4) Peu après le premier lac (Roumassot), suivre le GR le long de la cascade.
  • (5) Refuge (nuit sur place ou en tente). Le Pic d’Ossau se reflète dans le lac Gentau. De là, départ possible vers le Pic d’Ayous (2288 m) par le col du même nom.

Jour 2

  • (6) Monter au lac Bersau, point culminant du circuit. Descendre vers le lac Castéreau et le contourner par la droite. Plus haut se cache le lac Paradis.
  • (7) Cabanes de la Hosse puis petit canyon. La piste pastorale conduit jusqu’au (3).
  • Retour par le chemin du départ.

Accès en transports publics

Depuis Pau, place Verdun : prendre bus ligne 806 en direction d'Eaux-Bonnes Gourette. Changement à Laruns station Maison des 5 Sens, direction Col du Pourtalet avec la ligne 806bis jusqu’à Bious-Oumettes, départ de l’escapade.

Durée 1h50. Coût 4€, transports64.fr

Manger & dormir

Refuge des lacs d’Ayous +33 559 05 37 00

Auberge de la Perchade. +33 559 82 66 89, gite-ossau.com

Matériel & règles d'or

  • Rester sur l’itinéraire balisé.
  • Ne pas boire l’eau des ruisseaux.
  • Gardez vos distances avec les troupeaux et les chiens de berger.
  • Des vipères aspics traversent régulièrement les sentiers.
  • Réglementation

Ailleurs dans la région…

Lacs d’Ayous, au pays des ours

Pau et son château / © Philippe Legay

A) Pau capitale du Béarn Pau bénéficie d’une situation privilégiée au pied des Pyrénées, à une heure de l’océan et à deux pas de l’Espagne. Ville d’histoire et de culture, le château d'Henri IV est l’effigie de la ville. Le boulevard menant au palais Beaumont offre une vue imprenable sur la chaîne des Pyrénées au sud.

B) Calvaire du Boilä à Sainte-Colome Depuis ce site à l’entrée de la vallée d’Ossau le spectacle des oiseaux migrateurs en route pour le sud est exceptionnel de fin juillet à octobre. Au croisement des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, le village est réputé pour son église et les ruines d’un ancien château.

C) Falaise aux vautours Le plateau du Bénou est incontournable dans la vallée d’Ossau. Au cœur d’un paysage pastoral, on déambule au milieu des chevaux, ânes, vaches et moutons. Idéal pour une balade familiale. Le Musée de la falaise aux vautours vous propose d’entrer dans l’intimité des grands rapaces à l’aide de caméras qui filment les nids.

D) Petit train d’Artouste L’un des plus hauts trains d’Europe pour accéder à moindre effort à la haute montagne. Des randonnées sont possibles depuis le terminus au pied du lac d’Artouste. Les marmottes qui attendent le passage du train raviront les petits et les grands.

E) Col du Pourtalet Ce col frontière marque les changements de paysages et de végétation vers l'Espagne. En mai-juin, un garde veille en permanence sur une station de Sabot de Vénus, une orchidée remarquable.

Couverture de La Salamandre n°230

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 230
Octobre - Novembre 2015
Article N° complet

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