L’atterrissage des migrateurs à Genève

Les Teppes de Verbois et le Moulin Vert sont un îlot de biodiversité et de paix non loin de l'agitation qui règne en ville de Genève. / © Nicolas Sauthier

Huit kilomètres carrés : les Teppes de Verbois et le Moulin de Vert offrent aux migrateurs printaniers un improbable refuge à quelques battements d’ailes de Genève.

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Décollages. A intervalles réguliers, les avions quittent Cointrin, trouant de leurs moteurs la quiétude du bocage genevois, au sol encore glacé. Un étage au-dessous, dans un ciel bleu métal de mois de mars, les premiers migrateurs en sont, eux, à l'atterrissage après un hiver dans le Sud. Ont-ils dès lors trouvé une terre d'accueil ? Entre le delta de l'Allondon, les Teppes de Verbois et le Moulin de Vert, c'est carrément un havre en plein cœur d'une réserve naturelle à la richesse reconnue internationalement.

L'atterrissage des migrateurs à Genève

Milan noir et corneille / © Pao Liou

Frégates des airs, les milans noirs sont parmi les plus précoces à regagner les rives du Rhône et ses hauts chênes rouvres. On les entend avant de les voir : leur chant très doux, tremblé, résonne au-dessus de l’onde. Puis on les découvre en vol. Nonchalants, ils planent en ellipses, avant de fondre en vrille, parfois en spirale, sur une proie. Un poisson mort ou mal en point fera l’affaire. Ou encore un serpent, une grenouille, un poussin de canard… voire le barbecue du dimanche midi. Si si, c'est du vécu ! Il faut profiter de leur présence au printemps, car dès juillet, une fois les petits hâtivement formés au vol, c’est déjà un nouveau départ pour l’Afrique.

S’ils dominent le cours du Rhône, perchés sur leurs tours de contrôle, ces rapaces ne sont toutefois pas seuls : dans les Teppes du Biolay, les chants des migrateurs se multiplient. Ici les trilles brefs et secs du bruant zizi, là les fameux « tsip-tsap » du pouillot véloce ou les mélodies inspirées de la fauvette à tête noire. Sur les quatre étangs des Teppes de Verbois, aménagés il y a dix ans, c’est un véritable hub. En partance, nettes rousses, sarcelles d’hiver, harles bièvres vont bientôt croiser les sarcelles d'été, grèbes castagneux et blongios nains dans le chassé-croisé de ces caravelles bigarrées.

L'atterrissage des migrateurs à Genève

Couleuvre verte et jaune / © Nicolas Sauthier

De l'autre côté du Rhône, le Moulin de Vert se réveille également, à l'image de ces étonnants bombyles, une sorte de mouches butineuses à longue trompe, au vol stationnaire. Cistudes, couleuvres verte et jaune et vipères prennent ostensiblement le soleil au détour des saules, juchées sur des tas de branches mortes. Au-dessus d'elles, sans se soucier des bruyantes carcasses d'acier qui vrombissent dans le ciel, un milan noir aux ailes immensément écartées surfe silencieusement les ascendants. En aristocratique maître des lieux.

Vaseuse au réveil

La cistude est la seule tortue indigène de Suisse. Elle est hélas menacée dans une grande partie de l'Europe. Le Moulin de Vert abrite la plus grande population reproductrice du pays. Il s'agit de tortues hybrides comprenant des souches de diverses origines, conséquence de lâchers non autorisés, et de tortues issues d'élevages contrôlés.

D'octobre à mars, tapie au fond de la vase, chaque cistude respire l'oxygène de l'eau qui passe au travers de ses muqueuses. Mais il n'est pas rare de pouvoir l'observer qui remonte à la surface dès fin février si le temps est clément. On peut aussi l'apercevoir, couchée sur des troncs émergés, goûtant au dégel.

La tortue bourbeuse – son autre nom – aime les eaux douces au courant faible et à la riche végétation aquatique. Des prairies sèches ou des milieux ouverts non inondables lui sont indispensables pour incuber ses œufs. Le Moulin de Vert est un cinq étoiles pour elle.

Le récit du vrai retour des cistudes en Suisse.

Au Moulin de Vert, les cistudes profitent des premiers rayons de soleil pour se chauffer sur les troncs émergés au pied des roselières. / © Laurent Willenegger

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

En plein cœur des réserves

Teppes de Verbois > Moulin de Vert

Durée: 2h30

Dénivelé: 170 m de descente, 170 m de montée

  • Quitter la gare de La Plaine, traverser la ligne CFF et gagner le delta de l’Allondon en traversant la route après le sous-voie (attention à la circulation) (1).
  • Cette embouchure a une grande valeur paysagère et biologique. Ses galets offrent une belle escale aux petits échassiers (2).
  • A l’entrée des Teppes de Verbois, trois étangs se succèdent (3) ainsi que des friches et des zones graveleuses, où les orchidées sont légion (4).
  • Après avoir traversé le barrage, en plein cœur du Moulin de Vert, scruter les eaux des étangs pour dénicher les cistudes (5). Remonter vers Cartigny puis Avully et rejoindre La Plaine.
  • Les relents doucereux de l'usine Firmenich (parfums et arômes) exciteront sans doute vos narines lors de votre traversée du Rhône (6).

Prolongations

Plan d'eau de Verbois > Aire-la-Ville

Durée: 1h30

Dénivelé: 80 m de montée, 100 m de descente

  • Au barrage de Verbois, traverser la route et suivre l'étang sur le flanc gauche (7).
  • Longer le sentier, puis les rails. Le bois du Châtelet (8) abrite de nombreux nids de milans noirs.
  • Depuis Peney-Dessous, revenir par Aire-la-Ville et rejoindre l'itinéraire principal (9).

Accès en transports publics

Par le train depuis Genève Cornavin. cff.ch

Hébergement et tuyaux gourmands

Office de tourisme du canton de Genève. +41(0) 22 909 70 00

Chambres d’hôte « La ferme Pittet », à Russin. Confortable et prix corrects. Produits de la ferme. Petit déjeuner offert aux abonnés de La Salamandre. +41(0) 79 479 85 38

Le Vignoble doré, à Russin. Cuisine française à prix abordables. Sélection de vins locaux. +41(0) 22 754 11 13,

Café du Levant, Aire-la-Ville. Carte courte et simple mais inventive, menus attrayants. Cépages locaux bien représentés. Réserver. +41(0) 22 757 71 50,

Café de Peney, à Satigny. L'adresse « bistronomique » du célèbre chef de Châteauvieux, Ph. Chevrier. Réservation impérative. +41(0) 22 753 17 55

Les règles d’or

  • Respecter les recommandations d'usage des confortables observatoires installés au bord des étangs.
  • Ne pas titiller les reptiles, notamment les serpents, avec des bâtons.
  • Rester sur les chemins, tenir les chiens en laisse.

Eclairage par Bernard Lugrin

L'atterrissage des migrateurs à Genève

Bernard Lugrin

Bernard Lugrin est le chargé en Environnement de la commune de Bernex (GE), un poste taillé sur mesure dans le tissu de sa vocation. Architecte de formation, tombé dans l'ornithologie à 15 ans, il est un des auteurs de l' Atlas des oiseaux nicheurs du canton de Genève . Une somme construite en six ans, datant de 2003 et écoulée à plus de 4000 exemplaires. Il nous guide dans un territoire qu'il connaît comme sa poche.

A) Le Signal de Bernex « De ce point de vue exceptionnel, on contemple l'ensemble du canton, aux quatre points cardinaux. Un sentier découverte de 5 km conduit aux tables d’orientation, remarquablement élaborées et abordant chacune une thématique propre. »

B) La Fondation Hainard « Il est préférable de téléphoner auparavant pour s’assurer que Pierre ou Marie, les enfants de Robert Hainard, seront là pour vous accueillir, en famille comme en groupe. La maison et l’atelier de cet immense artiste naturaliste et philosophe sont restés comme il les a laissés ce jour de décembre 1999 où il s’en est allé en pleine tempête Lothar .» +41(0) 22 757 11 16 (de 9h à 12h)

C) L'Allemogne « Il s’agit plus d’un filet d’eau que d’une rivière à proprement parler. L’Allemogne prend sa source à Thoiry, en France, et se jette dans l’Allondon. En suivant son cours, on se plonge hors du temps au détour de coins magiques. Le cincle plongeur y niche. »

D) Le vallon du Courtille « Depuis Dardagny et ses vignes en plateau, on descend un vallon oublié. Avec un peu de chance, on apercevra loriots, pies-grièches écorcheurs et terriers de renards et de blaireaux en traversant pinède et prairies fleuries. Impossible de croire que l’on se trouve à deux kilomètres de Genève .»

Couverture de La Salamandre n°202

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 202
Février - Mars 2011
Article N° complet

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