Zoom avant sur le Bec d’Allier

La saison froide gomme les plages graveleuses et les bancs de sable de la Loire. Jusqu'au printemps (photo), la force des crues du fleuve peut être impressionnante. / © Frank Mulliez

L’hiver métamorphose les fleuves et les rivières. Rendez-vous à la confluence de la Loire et de l’Allier, où rien n’est plus comme en été.

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Vu du ciel grâce à Google Earth, le Bec d’Allier fascine. Sa sauvagerie crève l’écran. Nevers, chef-lieu de la Nièvre, est pourtant à deux pas et les cultures intensives dessinent un puzzle compliqué en toile de fond. Mais l’eau a le dessus. La rencontre de L’Allier et de la Loire forme ici un gigantesque Y dont la jambe s’effiloche en îles et sables mouvants. L’eau verte serpente entre des langues de cailloux blancs, creuse mille chemins, adoucit les angles et remodèle les courbes. Inlassablement.
Zoom avant et je survole les plages où nichent les gravelots, devine les berges que creusent les guêpiers, et me perd dans le dédale de la forêt alluviale.

Calme et puissance

Aujourd’hui, place au réel. Je suis là au bord de la Loire et n’y comprends plus rien. En hiver, la géographie du fleuve est d’une simplicité effarante. Les plages ont disparu. Des îlots ne dépasse qu’une maigre chevelure de branches ou d’herbes molles. La rivière est une immense masse mouvante, puissante et apaisante. Du sol remonte une odeur de vase qui colle aux chausses et aux narines. Les guêpiers sont encore en Afrique, mais d’autres cris me font lever les yeux: des grues cendrées s’interpellent de leur voix rauque, en tournant lentement dans les ascendances. Je donnerais cher pour être là-haut avec elles, bercée par le bruit du vent dans leurs ailes soyeuses.

Levée du bec d'Allier / © Aino Adriaens

Forêt liquide

Rive gauche, la levée de la Loire dresse un rempart entre nature et civilisation. Et ouvre un chemin facile. Une forêt inondée me sépare du fleuve. Les frênes et les acacias chargés de lichens jaunes se mirent avec aplomb dans le sous-bois liquide. Le pic noir se manifeste. Quelques mésanges à longue queue décoiffent les clématites. Je n’y tiens plus et me fraie un passage par les souches et les buttes pour rejoindre la Loire. Un trésor m’y attend, échoué sur le limon : une longue branche claire et luisante au soleil. Le castor l’a sans doute écorcée cette nuit. On y voit encore les marques de son appétit. En rentrant, je l’ai posée à côté de mon clavier, et j'ai refermé Google Earth. Je n'en avais plus besoin pour me trouver connectée au Bec d'Allier.

Des grues sur Mars

Depuis une dizaine d’années, le village de Mars-sur-Allier se couche et se réveille en hiver aux trompettes des grues cendrées. Située à une douzaine de kilomètres du Bec d’Allier, cette petite commune de la Nièvre est devenue une escale et un lieu d’hivernage privilégié pour ces grands échassiers. De novembre à mars, quelque 600 à 1000 grues se rassemblent chaque soir de part et d’autre de la rivière. Au petit matin, elles se déploient dans les pâturages, les champs et les bocages alentour, où elles se nourrissent de tubercules, racines, graines, jeunes pousses ou vers de terre.
Au printemps, les grues cendrées repartent vers les marécages boisés du nord de l’Europe, où elles se reproduisent. Elles cèdent alors la place à une quarantaine de cigognes qui apprécient également la tranquillité du Val d’Allier.

Grue cendrée / © Benoît Renevey

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

Bec d'Allier et pont-canal (à pied)

Gare de Saincaize > Bec d’Allier > la Presle > gare de Saincaize

durée: 2h30

  • Depuis la gare de Saincaize (1), rejoindre Gimouille par la route ou couper à travers champs (attention aux barbelés et aux taureaux !).
  • Longer par la droite le canal latéral de la Loire (2), et traverser le pont-canal qui enjambe l’Allier.
  • Au Guétin (3), tourner à droite puis, à la sortie du hameau, emprunter le chemin qui descend vers la rivière et rejoint le Bec d’Allier (4).
  • Suivre sur environ 2 km la levée de la Loire. Elle longe la forêt alluviale.
  • Tourner à gauche après avoir franchi un petit pont et rejoindre le canal au niveau du hameau de la Presle (5).
  • Emprunter le sentier qui remonte le canal (rive droite) et vous ramène à Gimouille.

Pour les cyclistes - env. 50 km

Nevers > Mars-sur-Allier > Apremont-sur-Allier > Bec d'Allier

durée: 3h00

  • Depuis la gare de Nevers (1), rejoindre la voie verte qui débute près de la piscine de la Jonction (2), située le long du canal, et l’emprunter jusqu’à Gimouille (3).
  • Prendre la direction de Saincaize par la D134, et continuer jusqu’à Mars-sur-Allier (4).
  • Observer les grues cendrées, puis poursuivre vers le sud sur environ 7 km avant de traverser le fleuve.
  • A Mornay-sur-Allier (5), suivre à droite la D45 jusqu’à Apremont-sur-Allier (6).
  • Rejoindre le Guétin (7) et faire un crochet jusqu’au Bec d’Allier avant de regagner par le pont-canal la voie d'eau qui ramène à Nevers.

Accès en transports publics

Train jusqu’à Nevers ou Saincaize (trafic régulier car ligne Lyon-Nantes). Horaires sur ter-sncf.com/bourgogne

Location possible de vélos électriques à la gare de Nevers, +33 (0)3 86 90 90 70.

Hébergement et tuyaux gourmands

Office de tourisme de Nevers: +33 (0)3 86 68 46 00

Chambres d'hôte « La Maison d’hôte du Bec d’Allier ». Christophe Page propose deux chambres à Marzy, loue des vélos et assure le transport depuis et jusqu’à la gare de Nevers.
+33 (0)3 86 57 98 76

Gîte à la ferme « Les Indrins ». Marie-Claire et Marc de la Brière, Marzy. +33 (0)3 86 59 22 71

Pizzeria Enzo, Le Guétin. Un endroit sympathique ouvert toute l'année. +33 (0)2 48 80 40 20

Les règles d’or

  • Prévoir de bons souliers, les sentiers peuvent être boueux.
  • Ne pas tenter de s’approcher des grues cendrées: elles sont très farouches.
  • En été, ne pas s’aventurer à pied ou à vélo sur les gravières et les îles de l’Allier et de la Loire, afin d‘éviter de déranger les oiseaux nicheurs et de détériorer ces milieux fragiles.

Eclairage par Christophe Page

Chrisophe Page

Chrisophe Page

Christophe Page est un enfant du pays. Né à Nevers, il rôde au bord de la Loire depuis qu’il sait marcher et s’en est épris une canne à pêche à la main. Guide naturaliste professionnel, il transmet sa passion depuis dix ans aux écoliers et aux touristes qui s’attardent dans la région. Dès la belle saison, il les emmène pêcher à trousse-culotte, pister les castors, observer les guêpiers et bivouaquer au chant de la chouette sur les plages du fleuve sauvage.

A) Le sentier du Passeur « Aménagé par le WWF et le Conseil général de la Nièvre, ce sentier longe l’Allier jusqu’à sa confluence avec la Loire. Il aboutit à un observatoire d’où l’on peut découvrir la forêt alluviale et, en été, les oiseaux caractéristiques des bancs de gravier, comme les sternes et les gravelots. Onze bornes pédagogiques jalonnent le parcours. Il faut compter 1 h 30 aller-retour. » nievre-tourisme.com

B) Le village du Bec d’Allier « C’est un village typique des bords de Loire avec un port de débarquement et des maisons de mariniers. On peut encore y voir des anneaux d’amarrage, des ancres et des marques de crues, comme autant de témoins du passé du fleuve. »

C) Le sentier des Cigognes « Mars-sur-Allier n'attire pas seulement les grues cendrées hivernantes. En été, des dizaines de cigognes nichent dans les parages et se laissent observer le long du sentier des Cigognes, une boucle de 3 km qui débute à proximité de l’église romane Saint-Julien. Au passage, ne manquez pas d'admirer les fantastiques décors sculptés de cet édifice du XIIe siècle. »

D) Le village d’Apremont-sur-Allier « Situé au bord de l’Allier, Apremont possède de magnifiques demeures moyenâgeuses. Il est d'ailleurs classé parmi les plus beaux villages de France. J’aime particulièrement m’y rendre en hiver, car il y a peu de monde en cette saison. L’ambiance y est paisible et sympathique. »

Couverture de La Salamandre n°207

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 207
Décembre 2011 - Janvier 2012
Article N° complet

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