Visite chez les experts

Pour mieux comprendre ce qu’il se passe au jardin, rendez-vous au CABI. Ce centre de recherche est spécialisé en espèces invasives. Entretien avec sa directrice, Hariet Hinz.

Avatar de Jean-Philippe Paul

Article d'origine par

Hariet Hinz, quelle est la mission du CABI en Suisse ?

Le CABI a été fondé en 1910 en Angleterre. L’antenne suisse est née en 1948. Nous avons d’abord travaillé sur les plantes envahissantes d’Amérique avant de nous diversifier. Nous étudions de plus en plus les insectes d’origine asiatique par exemple.

La vie ne connaît pas les frontières et elle a toujours voyagé. Alors pourquoi parler d’espèces invasives ?

Le phénomène des déplacements d’espèces a aujourd’hui une origine essentiellement anthropique. Les échanges de personnes et de marchandises sur la planète sont tellement intenses que la circulation d’espèces a atteint un rythme sans précédent dans l’histoire. Comme pour le changement climatique, le problème réside dans sa rapidité. Bien sûr, parmi 100 plantes ou insectes importés dans un nouveau lieu, seulement dix parviennent à s’implanter durablement. Et sur ces dix, une seule pose un problème. Mais cela peut être grave pour la biodiversité locale, l’agriculture ou la santé humaine.

Peut-on réellement enrayer le problème tant que les avions volent et que les bateaux naviguent ?

Il y a des jours où la tâche me semble en effet démesurée. Mais notre travail de scientifique est d’abord de suivre ce qui se passe par un monitoring, et ensuite de trouver des solutions pour les cas préoccupants.

Quel genre de solutions ?

Nous privilégions les remèdes biologiques. Nous cherchons les ennemis naturels des espèces allochtones dans leur zone géographique d’origine. Par exemple un parasitoïde contre un insecte, ou un insecte contre une plante.

Cela revient à introduire de nouvelles espèces. Quel paradoxe !

Cette méthode est très contrôlée. Il faut parfois plus de 15 ans d’études et de tests pour autoriser sa mise en œuvre. En un siècle, 468 organismes ont été utilisés contre 175 plantes envahissantes dans 70 pays. Et ça marche! Les bénéfices sont 100 fois supérieurs aux coûts. Seuls deux de ces agents ont causé un impact collatéral. Nous estimons que cette voie est préférable à la lutte chimique.

que peut-on faire à l’échelle très locale du jardin ?

Consommer local, planter des végétaux autochtones et laisser pousser des herbes folles pour que la biodiversité indigène s’exprime. En fait, il faut inverser le rôle du jardin. De l’îlot d’exotisme qu’il est devenu de nos jours, il faut en refaire un refuge pour la faune et la flore indigènes, dans un environnement qui se banalise malheureusement.

Retrouvez l'intégralité du dossier "le jardin fait son cinéma".

La suite de cet article avec notre articles sur les envahisseurs.

Plus de détails sur l'invasion de la coccinelle asiatique dans notre article Bio par nature ?

Couverture de La Salamandre n°244

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 244
février - mars 2018
Article N° complet

Réagir