Les Alpes, toute une histoire

Le cirque rocheux au fond du vallon de Nant / © Loïc Jeanbourquin

Au cœur des Préalpes vaudoises, le vallon de Nant livre plein d’indices sur l’évolution des montagnes. Balade au pied du Grand Muveran.

Avatar de Nathalie Jollien
- Mis à jour le
Article d'origine par

© Loïc Jeanbourquin

Avec ses imposantes parois rocheuses, le vallon de Nant impressionne. Ses pâturages verdoyants parsemés d’épicéas sont dominés par des massifs montagneux où la végétation peine à s’implanter. Rudes et abrupts, ces hauts murs de pierre racontent une riche histoire à qui sait les décrypter.
«En observant la roche, les angles des falaises, leurs couleurs, on peut comprendre comment ces reliefs se sont formés», explique Sébastien Lévy. Passionné de montagne, le géologue est un habitué du coin. Il nous emmène à la recherche d’indices témoignant de l’histoire des Alpes vaudoises.

© Loïc Jeanbourquin

Une relique glaciaire

En observant bien la géométrie de la vallée, l’œil affûté du scientifique s’amuse à imaginer ce à quoi elle devait ressembler, il y a de cela 2 millions d’années. «La vallée a une forme de U, ce qui trahit l’action passée d’un glacier», éclaire Sébastien Lévy. Aujourd’hui, il ne reste de cette langue de glace qu’un vestige sis au fin fond du vallon. «C’est le glacier des Martinets, détaille le spécialiste. Il s’est replié au pied de parois rocheuses de plusieurs centaines de mètres de haut, à l’ombre desquelles il peut subsister.» L’unique indicateur de sa présence est un torrent formé par les eaux de fonte, l’Avançon de Nant.
En cheminant sur le sentier longeant ce cours d’eau, on remarque en contrebas de gros blocs de pierre qui jonchent la plaine. Certains arborent une épineuse couronne. Ce sont des épicéas dont les racines épousent parfaitement les courbes du bloc. «Quand le glacier s’est retiré, la pression qui s’exerçait sur les parois de la vallée a disparu, libérant alors de grandes masses de pierres», avance le géologue.
Pour établir à quelle époque ont eu lieu ces éboulements, l’épicéa fournit une aide précieuse. Selon Sébastien Lévy, «en déterminant l’âge de l’arbre d’après ses anneaux de croissance, technique appelée dendrochronologie, on peut estimer l’ancienneté minimale de l’éboulement».

© Loïc Jeanbourquin

Les couleurs du temps

En levant la tête, on distingue une grande faille qui longe un pan rocheux. «A cet endroit, il devait y avoir un cours d’eau qui a érodé peu à peu la façade», devine notre guide. Çà et là, des zones se distinguent par une couleur plus claire, signe qu’elles ne sont exposées à l’air libre que depuis peu de temps. «L’oxydation n’a pas encore complètement assombri la couleur de la pierre, poursuit-il. Des blocs de roche ont dû s’en détacher récemment… à l’échelle géologique bien sûr.»
Au fond du vallon, la vue se dégage. Le tintement des cloches des vaches parvient à nos oreilles, là où un pâturage verdoyant dominé par un cirque rocheux invite à la contemplation. Les imposantes falaises sont marquées de gigantesques strates s’étirant à travers toute la chaîne de montagnes.

A l’extrême droite, on reconnaît la Petite Dent de Morcles grâce au S dessiné dans sa façade. Pour comprendre, il faut remonter à la formation des Alpes. «La roche est composée de plusieurs couches sédimentaires datant des différentes époques de l’histoire de la Terre, raconte Sébastien Lévy. Il y a plus de 50 millions d’années, lors de l’encastrement de la plaque européenne sous la plaque africaine, ce mille-feuille a été compressé.» Sur plusieurs kilomètres, l’ordre chronologique des couches sédimentaires est inversé. Considéré comme une référence à l’échelle mondiale, ce gigantesque pli couché, dit nappe de Morcles, est le témoin d’une intense histoire tectonique. Ce saut dans le temps laisse pensif. Autrefois théâtre de grands bouleversements, le lieu est maintenant empreint de quiétude et de sérénité. Drôle de renversement !

© Loïc Jeanbourquin

Mouvement perpétuel

Lorsque l’on monte en direction du Trou à l’Ours, le grondement du torrent s’estompe peu à peu. Nous longeons maintenant le flanc abrupt de la montagne en direction de Pont-de-Nant. Autour de nous, la végétation a changé.
Les majestueux épicéas ont cédé la place à de frêles érables et noisetiers aux feuilles jaunies. Leur petite taille leur donne davantage l’air de buissons que de vénérables arbres. Pourquoi cette soudaine métamorphose? «Nous sommes dans un couloir d’avalanche, révèle le géologue. En hiver, les coulées de neige doivent être fréquentes.» Ce corridor ressemble à une cicatrice au milieu de la forêt environnante. Ici, les troncs sont courbés, marqués par le poids de l’or blanc.
Plus loin, un tronc à vif rappelle que la montagne n’est pas immuable. L’écorce a été lacérée par un récent éboulement. «Nous ne nous en rendons pas forcément compte, mais la géologie est en constante évolution, conclut Sébastien Lévy. Les Alpes continuent à grandir grâce à la tectonique des plaques, mais l’érosion leur fait perdre les quelques millimètres gagnés chaque année.» A terme, ces belles montagnes sont vouées à disparaître.

© Loïc Jeanbourquin
Chargement

Montez sur 30 m au-dessus du sentier pour avoir un beau point de vue sur le lac Léman.

Soyez à l’affût des écureuils qui évoluent sur les épicéas.

Guettez l’aigle royal et le grand corbeau qui volent le long des parois rocheuses propices à leur nidification.

Remarquez les épilobes à feuilles étroites qui colorent ce couloir d’avalanche.

Profitez de la vue imprenable sur le massif rocheux et le pli en forme de S sur la Petite Dent de Morcles.

A travers les âges dans le Vallon de Nant

Distance : 6,4 km

Dénivelé : +489 m

Durée : 2h30

  • (1) Depuis l’auberge du Pont-de-Nant, suivre le sentier qui remonte le vallon de Nant longeant parfois le torrent l’Avançon.
  • (2) Après un peu plus de 2 km, prendre à droite direction Cinglo par le Trou à l’Ours. Le sentier traverse le torrent par un petit pont pour monter ensuite sur le coteau via un sentier étroit et escarpé, sécurisé par des chaînes par endroits.
  • (3) Passer ensuite le Trou à l’Ours, et commencer la descente vers Cinglo et sa cabane forestière.
  • (4) Suivre la direction de Pont-de-Nant, par un chemin en pente raide à travers la forêt.
  • (5) Traverser un pont et remonter sur Pont-de-Nant en suivant la route goudronnée (attention aux voitures !).

Accès en transports publics

Une ligne de bus relie Bex aux Plans-sur-Bex. Depuis cet arrêt, il faut compter 30 minutes de marche jusqu’à l’Auberge du Pont-de-Nant.

Matériel & règles d’or

  • Cette randonnée de montagne, et spécialement le passage du Trou à l’Ours, demande une bonne condition physique.
  • C’est une réserve naturelle, en conséquence les chiens doivent être tenus en laisse, il est interdit de cueillir les plantes.

Manger & dormir

L’Auberge-restaurant du Pont-de-Nant

Compléments week-end

Jardin botanique La Thomasia
Créé en 1891, ce jardin alpin regroupe des plantes du monde entier. Suivez des sentiers serpentant à travers rocaille, étang et végétation.

Gorges de l’Avançon
Randonnée au départ de Frenières dans la forêt au frais. Idéal lorsque le soleil tape fort. Passage spectaculaire sur la passerelle suspendue au-dessus des gorges.

Saline de Bex
Voyagez en train et à pied au cœur des 50 km de galeries de cet immense labyrinthe souterrain.

Marmite glaciaire des Caillettes
Œuvre des ruisseaux sous-glaciaires, cette cavité dans la roche a des dimensions impressionnantes : 5 m de diamètre pour une hauteur de 8 m, ce qui en fait une des plus grandes d’Europe.

Bains de Lavey
Après l’effort, le réconfort ! Les sources thermales de Lavey varient les plaisirs: jacuzzis, piscines, saunas, espaces détente, buses de massage, etc. Le tout dans un décor de rêve.

Tour des Muverans
Au départ de Pont-de-Nant, un itinéraire de 50 km à parcourir sur 4 jours. Traversant 6 cols, jalonné d’une quinzaine de cabanes et restaurants.

En France, la vallée de la Clarée dans les Hautes-Alpes.

Couverture de La Salamandre n°247

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 247
août - septembre 2018
Article N° complet

Réagir