Une hermine pour voisine

Hermine. Vallée de la Tarentaise (Savoie), le 29 décembre 2016 à 11h12. / © Thomas Delahaye

Fada des jeux de lumière, le photographe Thomas Delahaye traque la magie de l’instant. Dans sa quête, il s’est épris d’une fée blanche comme neige.

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Au cœur du Parc national de la Vanoise, mon village se love dans une sorte de cul-de-sac. Ici, les chalets entourent un grand plateau où l’on fait les foins en été. Perdue à 1450 m d’altitude, cette bourgade compte tout de même 800 habitants. Des courageux gratifiés par trois ou quatre heures de soleil les jours d’hiver. Selon les points de vue, cette contrainte devient une aubaine pour explorer les contrastes naturels. Des ambiances matinales froides aux teintes embrasées du début d’après-midi, j’adore mon terrain de jeu.

En hiver, les campagnols creusent leurs labyrinthes de galeries souterraines et de nombreux monticules de terre surgissent dans les prairies. J’observe chaque jour le manège des dodus rongeurs et songe à l’hermine qui rêve de se les mettre sous la dent. Un matin de février, alors que je sors de chez moi, je dirige machinalement mon regard vers le pré. Miracle, une hermine. Je me pince la joue. Aïe ! Je suis bien réveillé. Elle est là où je l’ai toujours imaginée, habillée de son magnifique manteau immaculé. Seule la pointe de sa queue se pare d’un élégant plumeau noir. Emerveillé, je la regarde avancer, s’arrêter et se dresser sur ses pattes arrière avant de bondir tel un feu follet.

Elle est là où je l’ai toujours imaginée, habillée de son magnifique manteau immaculé.

Plutôt furtif, ce mustélidé est toutefois peu farouche : une fois repérée, l’hermine se laisse facilement observer, surtout lorsqu’elle s’est aventurée à deux pas des maisons. Surpris et ravi de l’arrivée de cette nouvelle voisine, j’épie son comportement et ses habitudes. Pendant mes observations, j’étudie aussi les angles potentiels de prise de vue et les cadrages afin de photographier l’animal de manière originale. Plutôt que d’exclure les éléments humains, je les intègre à mes compositions photographiques. Ce parti pris, impensable en pleine nature, est la règle sur cette prairie au milieu des chalets. A l’aide du diaphragme, je travaille la profondeur de champ pour retranscrire la relation homme-animal si harmonieuse dans mon hameau oublié. J’assume la présence d’un soupçon de grange en arrière-fond et accueille la silhouette d’une voiture dans mon cadrage.

Une fois repérée, l’hermine se laisse facilement observer.

Mon image favorite reste celle où ma voisine l’hermine regarde malicieusement dans ma direction. Au même moment, une étrange sphère lumineuse brille entre les herbes givrées. On dirait un coucher de soleil ou un lever de lune. En fait, c’est simplement un lampadaire de la piscine communale.

Conseils pour un ventre plat

Très souvent, le photographe amateur place l’animal au cœur de ses priorités et de son image. Double erreur ! Pour réussir un joli portrait, Thomas Delahaye prête d’abord attention à la lumière, au décor et au cadrage. Il privilégie les prises de vue au ras du sol et décentre volontairement son sujet. Le givre apporte une douceur épurée et froide aux images, alors que la rosée révélée par le soleil offre des aberrations optiques ou flares parfois très artistiques. Pour apprécier cette féerie, allongez-vous par terre avant de vous amuser avec les photons et les gouttes.

Thomas Delahaye

thomasdelahaye.fr

Prof de guitare et chercheur de cristaux, Thomas Delahaye redécouvre son amour d’enfance pour la nature. Depuis 2013, il la photographie avec obsession, toujours en quête de contrastes saisissants.

Prédateur et proie

Comme sa cousine la belette, l’hermine est longiligne. Cette morphologie lui permet de se faufiler dans les pierriers ou de poursuivre les campagnols dans leurs galeries. Si cette redoutable prédatrice chasse volontiers les micromammifères de nuit, elle est tout aussi active le jour, ce qui permet de bien l’observer. Menu et ne dépassant pas la trentaine de centimètres sans la queue, le mustélidé finit dans l’assiette d’autres prédateurs tels que le renard, la buse variable, l’aigle royal ou le hibou grand-duc.

Découvez d'autres images d'animaux aussi furtifs que l'hermine dans notre article invisibles.

Couverture de La Salamandre n°244

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 244
février - mars 2018
Article N° complet

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