Tout est bon dans le puceron

La traite des pucerons fournit un miellat sucré très apprécié des fourmis. Celles-ci défendent vigoureusement leurs troupeaux contre les coccinelles. / © Gilbert Hayoz

Vous trouviez les coccinelles voraces ? Ce n’est rien face à leurs larves jamais rassasiées. Mais attention, car ces dernières peuvent à leur tour faire les frais d’autres appétits.

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Aveugles, affamées, assoiffées, les larves de coccinelles entament dès leurs premières heures un terrifiant festin. Leurs pattes ne servent qu’à se déplacer d’une victime à l’autre. Elles ne pensent qu’à manger. En trois semaines et trois changements de garde-robe (> Voir notre article Peau neuve), elles deviennent énormes. Leur silhouette de carnassier agile n’est plus qu’un souvenir : obèses et boudinées, elles ne s’arrêtent pas de manger pour autant.

Partout les pucerons se dégonflent comme des baudruches. Les feuilles sont couvertes de leurs cadavres creux. La colonie survivra-t-elle ? Au dernier acte de ce carnage, il est bien possible qu’ils y passent tous. Haricots, pois et rosiers peuvent crier victoire.

© Gilbert Hayoz

Vaches à traire

Mais parfois, d’autres convives passent à table. Les coccinelles ne sont pas seules à fréquenter les pucerons. Les fourmis raffolent de leur miellat sucré. Elles viennent de loin pour goûter à ce nectar en leur tapotant l’anus.

Vigilantes, les fourmis ne se contentent pas de traire leur bétail. Elles lui aménagent des abris et le transportent d’un endroit à l’autre quand la nourriture se raréfie. Surtout, elles protègent leurs troupeaux contre les coccinelles, crevant les œufs, harcelant les larves jusqu’à l’épuisement et chassant les adultes à coup de jets d’acide.

D’autres insectes convergent vers la colonie de pucerons. Eux viennent tout exprès pour les bêtes à bon Dieu. Equipées d’une interminable paille repliée sous le ventre, des punaises plantent leur stylet dans les larves ou les nymphes. Des mouches pondent leurs œufs dans leur corps. Il en sortira des asticots qui les feront mourir à petit feu… Enfin, il y a le pire ennemi des coccinelles : une fine guêpe noire d’allure anodine.

© Gilbert Hayoz

A l’agonie

Perilitus coccinellae s’attaque aux coccinelles adultes. Cette guêpe profite d’un défaut de la cuirasse, juste derrière la tête. Elle y injecte un œuf unique. Il en sortira une larve ainsi qu’une centaine de cellules sphériques. La larve grignote les réserves de graisse du coléoptère pendant que les cellules gonflent en pompant son sang.

Quand la malheureuse n’a plus de graisse, la larve parasite dévore les cellules nourricières. Rien ne transparaît à l’extérieur du terrible don de la coccinelle. Elle continue ses déambulations mais, finalement, au bout de trois semaines, elle s’arrête épuisée. Une grosse larve blanche se glisse alors hors de son ventre et tisse un cocon sous sa victime partiellement évidée, mais toujours vivante. Une nouvelle guêpe en sortira quelques jours plus tard.

Les coccinelles, décidément, ne sont pas les seules à avoir de l’appétit !

© Gilbert Hayoz

Retrouvez la totalité du dossier consacré aux coccinelles : Sur la piste des coccinelles.

Comme nous, les fourmis peuvent tomber malade. L’immunité sociale leur offre une défense collective contre les pathologies. Explications de Nathalie Stroeymeyt, biologiste à l’Université de Lausanne.

Couverture de La Salamandre n°173

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 173
Avril - Mai 2006
Article N° complet

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