Toujours surprenant

© Karlheinz Baumann

Montagnards, nos myxomycètes  ? Certainement ! Visite aux habitants du dégel.

Avatar de Julien Perrot
- Mis à jour le
Article d'origine par
Toujours surprenant - La Salamandre

© Karlheinz Baumann

La saison préférée des myxomycètes montagnards est une entre-saison. Juste avant le printemps, ils s’épanouissent quand fond la neige. Rendez-vous en moyenne montagne en mars, en avril ou en mai suivant l’altitude. A la lisière d’une vieille plaque de neige en train de fondre au milieu d’un pâturage. Tout autour, juste avant que la verdure ne reprenne, macère un ourlet brun fait de terre détrempée, de vieille paille et de branches pourries. Il s’y concentre une intense activité bactérienne. Les myxomycètes en profitent. Et nous aussi.

Toujours surprenant - La Salamandre

© Karlheinz Baumann

Forêt d’antennes

Un instituteur vaudois, Charles Meylan, a décrit pour la première fois dès 1905 cette communauté d’amibes spécialisées dans la région de Ste-Croix. Les choses commencent sous la neige, dans l’épaisseur du film liquide qui imprègne la végétation en décomposition. Dans ce bouillon frigorifique s’épanouissent une multitude d’amibes et de plasmodes.
La métamorphose se déclenche quand la neige commence à fondre. Voilà que les plasmodes grimpent sur tous les supports à disposition pour y sécher, armée de minuscules antennes métallisées. Le front des myxomycètes en fructification suit le recul de la neige.
En plaine, la neige ne tient pas assez longtemps au goût de ces montagnards. Il leur faut en effet au minimum trois mois d’enneigement pour boucler leur cycle. Hélas, les conditions sont souvent trop rigoureuses pour eux en altitude : printemps hésitant, pluies et vents ravageurs. Beaucoup de myxomycètes nivicoles ont des fructifications particulièrement fragiles. Un jour de bise peut annihiler une génération. Qu’importe : les amibes et leurs milliards de spores grâce à leur nombre sont insubmersibles.

Toujours surprenant - La Salamandre

© Julien Perrot

1) en forêt

En automne et en hiver, inspectez minutieusement le bois mort quelques jours après une bonne pluie. En été ou quand il fait plus sec, concentrez vos recherches dans les feuilles mortes, le foin, la paille ou sous les ronciers et les tapis de pervenches qui retiennent l’humidité. Prenez votre temps et soyez attentif : les fructifications sont de très petite taille. Quand ils sont mûrs, ces bijoux miniatures se conservent facilement. N’hésitez pas à rapporter vos trouvailles à la maison pour les collectionner dans des boîtes d’allumettes. Quant aux plasmodes, vous aurez peut-être la chance d’en croiser un en pleine chasse…

Toujours surprenant - La Salamandre

© Julien Perrot

2) en montagne

La pluie et le vent sont les ennemis des fragiles myxomycètes nivicoles. Visez une journée de beau temps succédant à quelques jours sans vent ni précipitations. Cherchez les fructifications aux alentours des vieilles plaques de neige, notamment sur les branches de ronce ou d’églantier. De loin, les plus courantes ressemblent à de petits manchons gris ou blancs. Sous la loupe, c’est une autre histoire…

Toujours surprenant - La Salamandre

© Julien Perrot

3) à la maison

Nul ne sait quand les stars sortiront du bois… Rapportez à la maison quelques fragments d’écorce en partie décomposée ou même un gros morceau de bois mort qui traînait par terre. Déposez votre récolte dans une boîte, sur un buvard maintenu constamment humide et à température ambiante. Les résultats sont très aléatoires, mais vous aurez peut-être la chance d’assister à l’émergence de plusieurs plasmodes colorés, voire à leur métamorphose…

Couverture de La Salamandre n°171

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 171
Décembre 2005 - Janvier 2006
N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir