Tombés du ciel

© Paul Miéville

Un peu d’eau, beaucoup d’air. Il faut peu de chose pour faire des flocons. Deux ingrédients tout simples dont le mariage délicat a lieu à haute altitude, dans un nuage.

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Dans le ciel, à cinq ou six mille mètres d’altitude, il fait froid, très froid : de -10 à -30 °C. On n’y voit goutte et pour cause : le nuage dans lequel nous sommes plongés est composé de milliards de gouttelettes minuscules qui flottent en suspension dans l’air. A pareille température, cette eau devrait geler, mais pour cela il lui faut une amorce, un petit rien qui déclenche le processus.
Que l’une de ces gouttes croise une infime poussière et aussitôt la rencontre fortuite provoque sa métamorphose en cristal de glace.

Cristallins

Ce passage brutal du liquide au solide marque la naissance d’une des plus belles structures géométriques que nous offre la nature. En gelant, les molécules d’eau ne vont pas s’assembler n’importe comment. Leur géométrie forme un minuscule hexagone, cœur du futur cristal. Et bientôt, de proche en proche, d’autres gouttelettes rejoignent la construction. Elles prolongent les bras du cristal toujours plus grand et qui en se construisant emprisonne toujours plus d’air. C’est le secret de sa légendaire légèreté.

N’allez pas imaginer une patiente construction au calme! Ce miracle cristallin a toujours lieu au cœur d’un nuage agité de courants contradictoires et parfois violents.
L’usine à neige ressemble à une machine à laver céleste qui brasserait son contenu en tous sens. Suivant sa température, suivant le degré d’agitation du moment, les cristaux nouveau-nés peuvent diverger fortement du modèle traditionnel. Par temps froid et calme, ce seront de belles étoiles régulières. Sinon les cristaux forment de simples disques hexagonaux, de vulgaires aiguilles ou même de petits amas si malmenés qu’ils en deviennent informes.

La chute

En grandissant, notre cristal prend du poids. Il tombe de plus en plus vite, forme un vrai flocon en s’agglomérant à d’autres cristaux qui précipitent sa chute. S’il fait suffisamment froid ce jour-là, des milliers de mètres plus bas, c’est de la neige qui tombera sur le sol. Dans le cas contraire, les flocons auront tout le temps de fondre en cours de route et nous serons gratifiés d’une belle pluie d’hiver.

« Entendre les mouettes est signe de neige prochaine. » Blonay (VD)

Isotherme zéro degré

© Paul Miéville

C’est la température au cœur du nuage qui influence la forme des cristaux. A -15 °C, ce sont de belles étoiles à six branches. Entre -10 et -5 °C, l’usine à neige produira de simples aiguilles.
Quant à la température au sol, elle est aussi d’une grande importance puisque c’est elle qui détermine si cette neige va fondre ou non en tombant. Voilà pourquoi la météo indique toujours précisément à quelle altitude se situe le degré zéro, limite entre neige et pluie. Une limite théorique : il continue souvent de neiger 200 à 300 mètres en dessous de cette fameuse « isotherme zéro degré»...

© Cédric Marendaz

Pluie, grêle ou neige ?

Les nuages naissent du choc entre deux fronts d’air froid et chaud, rencontre qui condense l’eau en de minuscules gouttelettes. Quand, au cœur d’un nimbo-stratus ou d’un cumulo-nimbus, celles-ci commencent à geler, elles forment des cristaux qui tombent en s’alourdissant. Suivant la température au sol, cela donnera de la neige ou de la pluie.
En cas d’orage, de forts courants ascendants font remonter tout en haut du nuage les flocons en formation. Ce va-et-vient les alourdit chaque fois d’une nouvelle couche de glace. Plus les vents sont violents, plus les grêlons seront lourds avant de se décider enfin à tomber…

Couverture de La Salamandre n°165

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 165
Décembre 2004 - Janvier 2005
Article N° complet

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