Tics mécaniques

Cincle plongeur / © Daniel Magnin

Le merle d’eau s’affaire le long des berges et dans la rivière. Gros plan de toilette en plongées sur un oiseau nerveux.

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Le cincle est bourré de tics. Un frénétique aux curieuses mimiques. Un nerveux qui hoche la queue, un pressé qui s’agite sans cesse. Monté sur ressorts, il plie les pattes, tourne la tête, s’essuie, d’un revers de paupière, une larme au coin de l’œil, pousse un trille en pointant le bec en l’air, puis se fige. Et recommence. Sur un autre caillou.
Il saute, il sursaute, il tressaute. Puis s’envole et se pose sur une branche basse, sur un rocher à fleur d’eau ou un perchoir tranquille. Il entame alors une minutieuse toilette. Une à une, de la pointe du bec, chaque barbule est raccrochée, chaque barbe est lissée méticuleusement, enduite de sébum, entre bâillements et étirements. Pour le cincle, scaphandrier d’eau douce, comme pour tous les oiseaux aquatiques, l’entretien du plumage est une question de vie ou de mort.

Plumard et perchoir

Quand la revue est terminée, le plongeur s’assoupit, sur une patte, la tête rentrée, et la paupière supérieure blanche tirée comme un volet de jeune mariée. Jusqu’à ce qu’à nouveau revienne pour l’instable le moment de passer à table. Du haut de son perchoir, il pique une tête pour inaugurer son beau plumage. Vous pouvez alors compter sur vos doigts, peut-être même ceux des deux mains, avant de le voir resurgir un peu plus loin, en amont ou en aval. Aussi sec qu’en entrant dans l’eau.
En d’autres occasions, campé à contre-courant, il s’immerge, à moitié ou en entier, à demi ou à l’envi. Il guette les petits cadeaux que charrie l’eau et les soumet, insatiable, à l’hospitalité de ses mandibules. Ou alors se décide à barboter comme un canard, sur quelques mètres, en piquant du bec les petites proies qu’il rencontre.
Le cincle est né dans l’eau. Le cincle est fait pour l’eau. Le cincle aime l’eau. Tantôt sautillant et trépidant, tantôt relâché et apaisé, le cincle est l’âme de l’eau, celle qui, comme dans un violon, fait vivre et chanter.

troglodyte mignon qui chante

© Jean-Paul Luthi

le chant de la vie

Comment se faire entendre quand la rivière jamais ne se tait ? Le babil aigu du cincle en dit long.

Si son plumage brun le rend difficile à voir, les manifestations sonores du cincle rattrapent le temps perdu en facilitant son repérage. Durant les mois d’été l’oiseau en mue préfère rester discret, mais il fait preuve le reste de l’année d’une belle exubérance. On peut dire qu’il sait se faire entendre.
Le mâle et la femelle sont aussi volubiles l’un que l’autre. Leur chant s’apparente étrangement, en moins sonore, à celui de leur voisin le troglodyte. C’est un assez long babil où s’entremêlent des notes grinçantes et d’autres susurrées, entrecoupées de trilles inachevés et de modulations aux tons éloignés qui s’intègrent harmonieusement au murmure du courant.
Le chant du cincle jaillit comme une source, gronde comme un torrent, dévale comme une cascade, se faufile comme une sourdine puis rebondit au milieu de son lit. C’est le chant de l’eau et de la vie.

Découvrez la suite du dossier sur le cincle plongeur.

Couverture de La Salamandre n°166

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 166
Février - Mars 2005
Article N° complet

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