Tapis à surprises

© Gilbert Hayoz

Pistes, givre, dunes, insectes, premières fleurs… La surface de la neige est tout sauf monotone : c’est un livre grand ouvert.

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Lendemain de neige dans la forêt. Les chemins que nous empruntons habituellement ont disparu. Les voici remplacés par les sentes des bêtes qu’on ne voit jamais, ces itinéraires odorants qu’on ne peut que deviner le reste de l’année.
Ici la voie du mulot qui trotte d’un terrier à l’autre, là trois bonds de l’écureuil entre deux sapins. En lisière le lièvre a longuement gratté la neige. Quant aux chevreuils, ils se sont enfoncés lourdement dans la descente. La forêt s’annonce riche de toutes les histoires de la dernière nuit.
La neige, c’est bien connu, nous invite à nous pencher sur les traces des bêtes. Mais ce n’est pas tout : sa surface soi-disant immaculée nous réserve quelques autres surprises…

Sculpter

Le vent, tout particulièrement en montagne, façonne et transporte la neige. C’est lui qui provoque l’accumulation de dangereuses corniches le long des crêtes. Sa force taille dans la masse neigeuse pour amasser un peu plus loin ce qu’il a rongé. On lui doit congères, dunes miniatures et motifs géométriques.

« Blanc Noël fait les Pâques vertes. » Jura

Animer

insecte sur la neige

© Sutter / NHPA / John Shaw

Surprise : des bestioles sombres se baladent à la surface de la neige. C’est tout un petit monde de moucherons, d’araignées, de collemboles et de mille-pattes capables de traverser la poudreuse de bas en haut pour profiter d’un rayon de soleil. Des antigels à base de sucres empêchent leur sang de se figer.

cristaux de neige

© Robert Bolognesi

Givrer

De grands cristaux se forment parfois à la surface de la neige lors de nuits froides et claires. C’est le givre étincelant, compagnon des combes froides et des versants nord.

« Noël au trèfle, Pâques dans la neige. » Fribourg

tussilage sur la neige

© Sutter / NHPA / PAAL HERMANSEN

Traverser

Protégé du froid sous la neige, le printemps a déjà commencé. Certaines plantes sont capables de pousser sous dix ou vingt centimètres de neige. Les réserves accumulées sous terre l’année précédente allongent leurs tiges et leurs feuilles, qui émergent bientôt à la surface. D’abord les précoces ellébores, puis les nivéoles, les tussilages et évidemment les bien nommées perce-neige.

traces de lièvre dans la neige

© Eric Dragesco

Tracer

Un lièvre a tassé la neige fraîche sous ses pattes. Le vent a emporté les cristaux légers qui se trouvaient tout autour, sculptant les empreintes en relief.

neige rose

© Sutter / Phone / François Gohier

Colorer

Avez-vous déjà vu en été des plaques de neige couleur rouge sang ? L’origine en est une algue microscopique qui se développe exclusivement dans ce milieu froid, acide et pauvre en nourriture. On trouve Chlamidomonas nivalis jusqu’en Antarctique. Sa coloration rouge vif est le moyen trouvé par l’algue pour se protéger contre les rayons UV.

Couverture de La Salamandre n°165

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 165
Décembre 2004 - Janvier 2005
Article N° complet

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