Acacias et baobabs

"Le Sahara se transforme en une forêt clairsemée d'acacias." / © Jérôme Gremaud

Carnet de route - Le désert serait-il sans limites ? Finalement, peu avant le fleuve Sénégal, herbes et buissons viennent à bout des dunes. Pour le bien des hommes comme des oiseaux.

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Sixième étape d'un voyage en suivant les oiseaux migrateurs - La Salamandre carte

Sixième étape à vélo entre Iwik et Rosso.

Au sud de Nouakchott, Mauritanie

13 janvier

Passé Nouakchott et ses faubourgs encombrés de déchets, les premiers villages sont à moitié engloutis par l’avancée du désert. Puis voici enfin des buissons, puis des arbres et des herbes qui annoncent le Sahel.

Lever de soleil sur les acacias et cris flûtés au réveil. A quelques mètres de mon sac de couchage, deux pouillots de Bonelli sautillent dans les branches basses. Ils en inspectent minutieusement les moindres recoins à la recherche de petits insectes. Ce sont les premiers oiseaux que je vois à avoir franchi comme moi le Sahara. Je pense immédiatement aux flancs de la Dent-de-Broc et des autres montagnes gruériennes où ils nichent aussi. Une épaisse couche de neige doit recouvrir là-bas hêtres et rochers…

Le silence du désert s’anime du bêlement de quelques chèvres, de palabres en maure ou de rires de gamins perdus dans l’immensité. Le Sahara se transforme en une forêt clairsemée d’acacias, aux épines longues comme un doigt. Aux tentes et dromadaires des nomades succèdent des villages en pisé. Aux alentours pâturent des vaches. Après les Maures, le peuple des Peuls.

Guêpier nain / © Jérôme Gremaud

Premier jour dans le Sahel et premier contact avec les migrateurs au-delà du Sahara: des huppes traversent la route, une fauvette passerinette alarme dans un buisson, des bergeronnettes grises et printanières vagabondent avec les chèvres. Un peu plus loin, à proximité des méandres du fleuve Sénégal, voici un groupe de cigognes noires. Les mêmes que j’ai vues migrer entre Alpes et Jura à Fort-l’Ecluse ? Ou alors celles que j’ai vues survoler les Pyrénées ?

Ce soir, cri d’un pouillot véloce. Vous vous imaginiez, vous, que le pouillot qui niche dans votre jardin a passé l’hiver sur un baobab ?

La suite du carnet de route ici.

Pouillot fitis / © Jérôme Gremaud

Un milliard de pouillots

Oiseaux discrets, les pouillots écument les arbres et les buissons à la recherche d’insectes. On distingue quatre espèces reconnaissables le plus facilement à leurs chants. Cascade flûtée et mélancolique pour le pouillot fitis adepte des buissons ; long trille en crescendo du pouillot siffleur amateur de hautes futaies ; trille plus court et pincé du pouillot de Bonelli sur les coteaux secs. Et enfin « tsip-tsap-tsip-tsap-tsip-tsap » du pouillot véloce qui anime presque toutes les forêts de feuillus.

Le véloce - de beaucoup le plus répandu chez nous - est aussi celui qui migre le moins loin: il s’arrête généralement sur les bords de la Méditerranée. En revanche, Bonelli, siffleur et fitis traversent le Sahara jusqu’au Sahel. Leurs ailes plus fines et plus longues que celles du pouillot véloce facilitent cet incroyable voyage accompli nuit après nuit.

Parmi la multitude des migrateurs qui franchissent chaque année le Sahara - environ cinq milliards d’oiseaux -, les pouillots fitis sont de loin les plus nombreux. Environ un milliard d’individus originaires d’une vaste zone allant de l’Irlande ou de l’Espagne jusqu’au fin fond de la Sibérie accomplissent chaque année cet exploit.

Retrouvez tous les articles du dossier sur la migration : Voyager avec les oiseaux.

Couverture de La Salamandre n°182

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 182
Octobre - Novembre 2007
Article N° complet

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