Si blanche, si froide

© Gilbert Hayoz

Sous nos semelles, la neige se fait tantôt lourde, tantôt légère, parfois glissante, parfois collante. Pourquoi est-elle de nature aussi changeante?

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Elle fond

Insaisissable, la neige est un défi de taille pour le peintre, le photographe ou l’écrivain, mais aussi pour les scientifiques. A peine tombée du ciel, elle commence déjà à se transformer. Légère, collante, cassante, croûtée, poudreuse, autant d’états différents qui donnent du fil à retordre aux physiciens. Comment voulez-vous étudier une substance qui fond dès que vous la touchez ?
La neige évolue continuellement sous l’effet de la température, mais aussi à cause du vent ou simplement sous son propre poids. Fragile, éphémère, la neige l’est dans sa nature même : chaque flocon est un alliage intime mais extrêmement instable de molécules d’eau à l’état solide, liquide et gazeux. Un cocktail en déséquilibre permanent qui finit toujours par fondre.

Elle pèse

Pour virevolter avec une telle légèreté dans l’air glacé, la neige ne doit pas peser lourd : un dixième d’eau et neuf dixièmes d’air. Comme poids plume, on fait difficilement mieux.
Pourtant, ceux qui ont dû un jour dégager la victime d’une avalanche savent combien cette même neige peut devenir lourde : pour permettre à un skieur pris sous une coulée de deux mètres d’épaisseur de respirer, il faut déblayer l’équivalent de 100 sacs de ciment. A ce poids-là, rien ne résiste. Ni hommes, ni arbres, ni maisons.

Elle glisse

La neige glisse, profitons-en! Les plus vieux skis du monde, deux longues planches de sapin avec des fixations en cuir, ont été retrouvés en Suède : ils auraient plus de 5’000 ans.
Les skieurs antiques seraient surpris de voir les récents développements de notre société de loisirs. Depuis 1970, la glisse sur neige avec une ou deux lattes high-tech est devenue une véritable industrie. On consomme la montagne en masse en vidant son porte-monnaie pour remonter la pente sans effort. L’or blanc a enrichi des régions entières en même temps qu’il les défigurait.

« Si la neige ne vient pas à la Saint-André, elle vient à Noël. Si elle ne vient pas à Noël, elle ne viendra pas. » Les Bois (JU)

Elle isole

Si les Inuits ne vivent plus dans des iglous depuis longtemps, certains animaux continuent obstinément à se réfugier dans des trous qu’ils creusent sous la neige. Evidemment, cette neige est froide, mais c’est aussi l’un des meilleurs isolants existant dans la nature. Ce duvet blanc est bien plus efficace que nos pulls les plus épais ou nos polaires les plus modernes. Même s’il fait -20 °C dehors, la température à l’intérieur d’un iglou ne descend en principe jamais en dessous de 0 °C. C’est déjà ça de gagné…
Le secret ? La neige fraîche est faite comme on l’a vu d’un dixième d’eau pour neuf dixièmes d’air piégé dans et entre ses cristaux. Autant de petites bulles isolantes contre le froid. Cette isolation thermique est aussi sonore. Voilà pourquoi la neige étouffe si bien tous les bruits dans un beau silence ouaté.

Elle mouille

Beaucoup d’air donc dans la neige, mais aussi de l’eau, bien sûr. Dans les Alpes, celle-ci forme chaque hiver un manteau blanc d’une masse gigantesque. Heureusement que toute cette eau est temporairement stockée sur les sommets : ce sont là des précipitations qui ne vont pas s’écouler d’un coup, ce qui provoquerait des crues catastrophiques. La neige fondra progressivement et sera peu à peu redistribuée aux rivières tout au long du printemps.

Elle crisse

Parfois la neige silencieuse fait du bruit. Marchez dans une belle poudreuse fraîche, pas trop mouillée, et les cristaux disposés au hasard les uns contre les autres vont s’écraser sous vos semelles : c’est leur rupture et leur réarrangement qui produisent ce crissement délicieux, fond sonore de nos plus beaux hivers.

Elle éblouit

Le blanc est l’addition de toutes les couleurs. La neige a cette teinte lumineuse précisément parce qu’elle réfléchit toute la lumière visible que lui envoie le soleil.
Plus la neige est fraîche, plus ses cristaux sont fins, plus elle renvoie de lumière et plus elle est éblouissante. S’aventurer en hiver en montagne sans lunettes de soleil peut provoquer une ophtalmie des neiges : ces lésions douloureuses de la cornée mènent dans certains cas à une cécité temporaire. La neige réfléchit également les UV. Raison de plus pour ménager nos mirettes…

Couverture de La Salamandre n°165

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 165
Décembre 2004 - Janvier 2005
Article N° complet

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