Séduire pour conclure

La danse nuptiale des grèbes huppés, comme un instant glamour sur le lac. / © Alessandro Staehli

La Salamandre publie Séduire comme une biche ou comment trouver le bon partenaire. Ce livre pétillant met en perspective les mille et une stratégies pour charmer dans la nature… et chez l’homme. Interview de l’un des deux auteurs.

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Jean-Baptiste de Panafieu, la séduction est-elle présente partout dans la nature ?

Oui, c’est un phénomène très général, même si certaines espèces se passent de charme, comme l’oursin qui lâche au hasard des courants marins ses spermatozoïdes et ses ovules (> Leçon N°7). Mâles et femelles n’ont pas toujours besoin de se rencontrer pour procréer… mais c’est quand même très souvent le cas. La séduction rapproche alors les deux sexes.

Les deux partenaires se choisissent-ils vraiment ?

Dans beaucoup de cas, la femelle passe en revue les mâles de son entourage et choisit celui qu’elle préfère. Ce mécanisme de la séduction est très important dans l’évolution des espèces.

Pourtant, à l’époque où Darwin a avancé sa théorie de l’évolution, l’idée que les choix exprimés par les femelles joue un rôle important dans la sélection naturelle paraissait invraisemblable.

© André Simon / Biosphoto

Votre livre parle aussi de la séduction chez les humains. En quoi homme et animal diffèrent-ils ?

Cette comparaison est vraiment la thématique de fond du livre. Il y a cette idée que nous sommes des animaux avec des comportements naturels souvent masqués par notre culture. Nous sommes très particuliers, mais il est intéressant de voir ce qu’il y a encore d’animal en nous et comment cela s’interpénètre avec notre éducation. Car on a souvent tendance à considérer comme culturels des éléments qui sont en fait de nature animale… et inversement !

Un chapitre est consacré à la conversation. La parole est-elle ce qui nous distingue le plus de l’animal ?

Si beaucoup d’animaux émettent des chants ou des sons, il n’y a rien dans le monde animal qui ressemble vraiment à la parole humaine. Mais je pense que la différence fondamentale se situe un peu ailleurs. La plupart des animaux suivent des règles strictes, génétiques ou sociales. Nous, nous avons le choix de dépasser notre propre nature. Nous pouvons choisir d’aller au-delà de ce qu’elle nous dicterait, bien plus, par exemple, que nos deux proches cousins, les chimpanzés et les bonobos.

Mais restons modestes, car tant de choses nous échappent dans le comportement de séduction des autres espèces. Ainsi, nous ne percevons pas ou peu les odeurs, les phéromones ou même certaines couleurs. Impossible pour nous par exemple, de distinguer le mâle et la femelle mésange bleue pourtant colorés différemment dans le spectre ultraviolet.

© Bartomeu Borrell / Biosphoto

Dans la préface de l’ouvrage, Boris Cyrulnik affirme que sans séduction, la reproduction ne serait qu’un rapport de force…

La séduction est un moyen d’éviter la prédation. Chez beaucoup d’animaux, le rapprochement est compliqué parce qu’ils n’ont pas l’habitude de se côtoyer. La plupart du temps, ils tendent à s’éviter ou à se traiter mutuellement comme des proies. Se charmer est un moyen de considérer l’autre comme faisant partie de son espèce et d’aller plus loin si affinités. La séduction permet de dépasser l’agressivité jusqu’au moment où la femelle accepte le rapprochement intime.

Séduire pour conclure - La Salamandre

© imageBroker / Kurt Moebus / Biosphoto

Quels moyens de séduire vous ont le plus surpris ?

Les stratégies lumineuses des lucioles ou des vers luisants. Ou encore tous les mâles qui offrent des proies en cadeau avec l’espoir de ne pas finir eux-mêmes dévorés par leur partenaire. Certaines étrennes sont présentées dans un emballage. Parfois, le paquet est vide. Le temps que la femelle s’en rende compte, le mâle aura déjà pu s’accoupler. Dans d’autres cas, les présents sont piégés pour écarter les autres prétendants. Comme chez les humains, il y a aussi des offrandes médiocres, car les animaux ont parfois tendance à penser que c’est le geste qui compte. Alors que bien souvent, c’est faux comme le révèle Jean-François Marmion, spécialiste en psychologie et coauteur de l’ouvrage.

Le physique prime-il toujours dans le choix final ?

Non. Chez certains oiseaux, la femelle est attentive aux comportements qui montrent l’attention qu’un mâle peut avoir pour les petits. D’autres femelles apprécient les présents alimentaires, car ils prouvent la capacité masculine à trouver de la nourriture. On connaît même des cas où la pondeuse adapte le nombre de ses œufs à la taille de l’offrande reçue, bonne indication des nourrissages à venir.

© Ardea / Giacomo Radi / Biosphoto

Dans le règne animal, la richesse peut-elle avoir une influence dans le choix du partenaire ?

La fortune, chez les animaux, se mesure souvent à la taille du territoire, autrement dit d’un garde-manger férocement défendu contre d’autres individus de la même espèce. Qui contrôle de vastes ressources est évidemment un bon parti.

Et enfin, le coup de foudre existe-t-il dans la nature ?

Difficile à dire. Mais, nous aimerions croire que les animaux puissent éprouver ce sentiment surprenant. Certains individus ont des préférences très affirmées envers l’un de leurs semblables et deviennent amis ou amants. Attachement durable ou feu de paille, l’avenir le dira.

© Avalon/Picture Nature / Alamy
© Michel Rauch / Biosphoto

Retrouvez l’interview complète de Jean-Baptiste de Panafieu ici.

Séduire comme une biche ou comment trouver le bon partenaire.
Jean-Baptiste de Panafieux, Jean-François Marmion. Préface de Boris Cyrulnik. 208 pages.
A commander sur notre boutique.

Principales sources bibliographiques pour le dossier:

  • Le Sex-appeal du crocodile et autres histoires bestiales | M. Giraud et G. Macagno | éd. Delachaux et Niestlé
  • De A à SEXE(S) | Livre d’exposition | A. Freitag | Musée de Zoologie de Lausanne | G. Macagno | éd. Ellipses
  • La guerre des sexes chez les animaux | T. Lodé | éd. Odile Jacob
  • Manuel universel d’éducation sexuelle | O. Judson | éd. du Seuil
Couverture de La Salamandre n°242

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 242
Octobre - Novembre 2017
Article N° complet

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