Secrets de survie

Les petites bêtes et les algues qui peuplent les vasques des rochers doivent souvent attendre pendant plus de 8 heures le retour de la mer. / © Aino Adriaens

Vivre au bord de la mer n’a rien d’une sinécure. Les plantes et les animaux des rochers déploient mille trucs et astuces pour s’accrocher à la vie !

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Une balade dans les rochers à marée basse transporte aux origines de la vie terrestre. C’est en effet aux portes de la mer, dans les fissures et les modestes cuvettes remplies d’eau salée, qu’ont surgi les créatures qui se sont, les premières, aventurées sur la terre ferme. Beaucoup d’entre elles hésitent encore entre terre, air et mer : elles contribuent à la richesse grouillante de l’estran, cette terre des extrêmes.

Balane à marée haute / © Christophe Courteau
Secrets de survie en bord de mer - La Salamandre

Balane à marée basse / © Christophe Courteau

Fermer les écoutilles

A marée basse, la balane rentre ses tentacules. Ce crustacé conique fixé aux rochers supporte des températures supérieures à 40 °C. Pour survivre, les balanes ferment hermétiquement leurs plaques articulées. Quand on se promène, on peut entendre le bruit des bulles d’air qui éclatent en s’échappant de ces cuirasses.

Dans l’eau

Chaque jour, quand la mer se retire, la résistance s’organise. Crabes, poissons et crevettes se réfugient au mieux dans une mare profonde, au pire dans une fissure ou une flaque dangereusement exposée aux prédateurs. Quand le soleil cogne, la température et la salinité prennent l’ascenseur au fil de l’évaporation. Dans certaines cuvettes, on a mesuré une concentration en sel de 45 g par litre d’eau, soit 20 % de plus que la normale. Et la pluie n’arrange rien : en entraînant une chute brutale de la salinité, l’afflux d’eau douce provoque un choc difficile à supporter pour les organismes marins.

Patelle à marée haute / © Christophe Courteau
Secrets de survie en bord de mer - La Salamandre

Patelle à marée basse / © Christophe Courteau

L’amarrage

Quand la mer se retire, la patelle cesse de brouter la surface des rochers et regagne dare-dare son domicile : une petite dépression dans la roche, creusée avec sa langue râpeuse, qui épouse exactement le rebord de sa coquille. Collé au roc comme une ventouse, le mollusque garde sous son chapeau juste assez d’eau pour respirer.

L'algue pelvétie caniculée à marée haute / © Christophe Courteau
Secrets de survie en bord de mer - La Salamandre

L'algue pelvétie caniculée à marée basse / © Christophe Courteau

A cale sèche

Même si elles deviennent sèches et cassantes en perdant jusqu’à 70 % de leur eau, certaines algues de l’estran peuvent résister à plus de 8 heures d’ensoleillement. L’enduit gluant qui les recouvre limite les pertes en eau. La pelvétie caniculée s’est si bien adaptée aux marées qu’elle a besoin pour se développer de ces alternances de sécheresse et d’humidité. De jour, la présence d’algues dans les flaques offre une protection efficace contre l’insolation et les oiseaux pêcheurs, mais elle peut s’avérer mortelle au cours de la nuit. En consommant l’oxygène et en libérant du gaz carbonique, les algues rendent en effet la cuvette totalement irrespirable !

Dans l’air

Quand la mer se retire, les êtres peu mobiles n’ont d’autre choix que de rester hors de l’eau. C’est le cas des algues et des balanes, mais aussi de certaines anémones de mer et de nombreux mollusques. Leur salut ? Conserver à tout prix un souvenir humide de la mer ! Les algues y parviennent en gardant un minimum d’eau sous leur mucus. Les bigorneaux et les troques emprisonnent quelques gouttes dans leur coquille, avant de la fermer hermétiquement avec un opercule.

Si la canicule est un fléau l’été, l’hiver aussi peut être très rude. Mais là encore, les bêtes de l’estran ne se laissent pas démonter ! Les moules par exemple sont dotées d’un antigel qui empêche que des cristaux de glace se forment à l’intérieur de leurs cellules.

Anémone rouge à marée haute / © Christophe Courteau
Secrets de survie en bord de mer - La Salamandre

Anémone rouge à marée basse / © Christian König

Sous-marin

Dans l’eau, l’anémone rouge ressemble à une fleur extraordinaire, mais qu’on ne s’y trompe pas : ses tentacules-pétales sont des aiguillons venimeux prêts à paralyser les crevettes de passage. A sec, rien de tout cela : la bête replie son arsenal chimique et devient une masse gluante et prostrée, totalement inoffensive.

Crabe vert à marée haute / © Christophe Courteau
Secrets de survie en bord de mer - La Salamandre

Crabe vert à marée basse / © Christian König

Cuirassé

Crustacé agressif, le crabe vert survit tout en haut de l’estran. Pour échapper aux prédateurs et à la sécheresse, il se cache sous les algues ou dans les fissures. C’est l’eau retenue dans la cavité abritant ses branchies qui lui permet de respirer à marée basse.

Dents de la mer

La vie reprend son cours dès que l’onde marine remonte. Les algues déshydratées se métamorphosent à vue d’œil, redevenant souples et luisantes. Le peuple des rochers sort de sa torpeur, boit, broute, respire, copule ou part en chasse. Tout en essayant d’échapper aux hordes de poissons et autres créatures affamées que la mer ramène dans son sillage.

Blennie à marée haute / © Christophe Courteau
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Blennie à marée basse / © Aino Adriaens

Amphibie

En inspectant les fentes des rochers, vous découvrirez peut-être un poisson aux yeux globuleux qui vous regarde ! Il s’agit sans doute d’une blennie, aussi appelée “baveuse”, car sa peau est enduite d’un mucus très visqueux qui lui permet de rester à sec à marée basse. Sa cavité branchiale est également renforcée pour éviter les pertes d’eau.

Admirez la vie des rochers à marée basse avec les dessins de Sylvain Leparoux dans notre article.

Retrouvez la totalité du dossier consacré à la mer : Vacances à la mer

Couverture de La Salamandre n°175

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 175
Août - Septembre 2006
Article N° complet

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